Publicité »
Récit

« L’opportunité d’une vie » : dans l’atelier du tapissier qui a conçu les fauteuils du Pape Léon XIV

Le Pape Léon XIV s'est assis sur deux fauteuils papales, l'un placé à Sainte-dévote, l'autre au stade Louis-II © Benjamin Godart pour Monaco Tribune
Le Pape Léon XIV s'est assis sur deux fauteuils papales, l'un placé à Sainte-dévote, l'autre au stade Louis-II © Benjamin Godart pour Monaco Tribune

Sangles tendues, manchettes et coutures à la main : derrière les fauteuils et prie-Dieu utilisés par le Pape et la Famille Princière à Monaco se cache un travail d’artisanat local. Reportage.

Deux semaines avant la visite papale en Principauté, dans l’atelier Funfrock de la rue Plati, une radio égrène les musiques. Pascal Funfrock ne l’entend plus. Penché sur un prie-Dieu retourné, le tapissier d’ameublement monégasque tend une sangle de fibre naturelle, puis fixe le tout au pistolet à air comprimé. Geste précis, cadence soutenue. À ses côtés, Léa Guzman, sa collaboratrice, coud soigneusement les six ressorts qui constitueront l’assise d’un autre prie-Dieu.

Le Palais Princier leur a confié une commande hors norme : la rénovation de dix prie-Dieu, la confection de deux fauteuils sur mesure pour le Pape Léon XIV et de six chaises de style Louis XVI destinées au Prince Albert II, à la Princesse Charlène, à la Princesse Caroline, à la Princesse Stéphanie et aux Jumeaux Princiers Jacques et Gabriella. En bref, « l’opportunité d’une vie », lâche Pascal Funfrock.

La Famille Princière a pris place sur des fauteuils flambants neufs conçus pour l’occasion

Un travail réalisé sur-mesure

« Pour les deux fauteuils du souverain pontife, les dimensions et la hauteur d’assise ont été transmises par le Vatican », explique-t-il rempli de fierté. Le façonnage des boiseries, réalisé en France, a été sculpté à la main. Au total, trois corps de métier ont œuvré de concert : ébéniste et doreur d’abord, tous les deux labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), et enfin tapissier d’ameublement. Les fauteuils et les chaises ont été confectionnés dans les ateliers alsaciens de la maison Funfrock en moins d’un mois, tandis que la rénovation des prie-Dieu et les finitions se sont déroulées à Monaco. Un travail minutieux six jours sur sept.

Publicité »

Des heures de confection à la main

Chaque prie-Dieu a été entièrement dégarni « jusqu’à deux heures par pièce », avant d’être rénové selon les règles de la tapisserie traditionnelle. Le sanglage d’abord, en fibres naturelles croisées en quadrillage. Viennent ensuite les ressorts, cousus sous une toile forte pour éviter qu’ils ne bougent. Puis le rembourrage : du crin végétal de noix de coco, « deux à trois kilos de cette matière, glissée sous les ficelles à la main puis égalisée », détaille Pascal.

L’étape la plus délicate reste le piquage, qui donne au siège sa forme définitive. « C’est la couture qui vient sculpter le fauteuil. » L’artisan enchaîne les points à l’aide d’une longue aiguille à double pointe — « l’outil le plus dangereux qu’on ait », sourit Léa qui nous explique que le geste se fait à l’aveugle. En touche finale, une couche de crin de cheval vient gommer les aspérités avant qu’une toile et un tissu bordeaux recouvrent le tout.

La disposition des fauteuils s’est déroulée deux jours avant l’arrivée du Pape

Pour les deux sièges immaculés du Pape, même procédé, si ce n’est qu’il a fallu compter davantage de coutures et entre 20 et 25 heures de travail par pièce, sans la dorure et la sculpture. « C’est un fauteuil somptueux », s’est exclamé l’Abbé Dominique Arz une fois le premier installé à l’Église Sainte-Dévote – le deuxième pour la messe au Stade Louis-II. Se recueillant silencieusement dans l’église deux jours avant l’arrivée du Pape, un homme regarde les derniers préparatifs avec émotion : symbole de l’importance de l’évènement en Principauté. Une fois le fauteuil papale découvert, des larmes se sont mises à perler au coin de ses yeux.

Publicité »

Photos : Benjamin Godart pour Monaco Tribune