Promenade à Mareterra : une Italienne condamnée pour avoir agressé une passante
Une femme de 32 ans a comparu mardi 6 janvier devant le tribunal correctionnel de Monaco pour avoir bousculé, frappé et craché au visage d’une passante qui tentait simplement de la dépasser sur le boulevard Louis II.
C’était la rentrée du tribunal correctionnel de Monaco ce mardi. Parmi les affaires examinées, une altercation survenue dans le récent quartier de Mareterra. Francesca, ressortissante italienne née le 29 août 1992, comparaissait pour des violences volontaires commises le 3 mars 2025 aux alentours de 21 heures. Au fil de l’audience, on apprend qu’elle jouissait d’une certaine notoriété en Italie, ayant participé à des émissions de téléréalité.
Le soir des faits, la prévenue promène son petit chien lorsqu’une femme, que nous appellerons Madame T, marche derrière elle et tente de la dépasser. Au moment où la passante arrive à hauteur du chien, l’accusée s’arrête brusquement, se retourne, la bouscule violemment, lui porte des coups puis lui crache au visage. Madame T, sidérée, recule. Un agent de sécurité, présent à quelques mètres, assiste à toute la scène, également captée par les caméras de vidéosurveillance.
Une version contredite par les images
À la barre, la prévenue livre une tout autre version des faits : « Comme tous les soirs, je me promenais avec mon chien. J’ai senti cette présence qui venait de derrière. Je me suis déplacée pour laisser passer la personne. Mon chien est parti dans la direction opposée », explique-t-elle. Le tribunal l’interrompt : « Ce n’est absolument pas ce qu’il s’est passé. »
Face au déni persistant de l’accusée, le tribunal décide de diffuser les images de vidéosurveillance devant l’ensemble de la salle. On y voit clairement la prévenue frapper et cracher sur Madame T, qui tentait simplement de passer.
Le président rappelle les déclarations faites en garde à vue : « Quand on vous montre les images, vous dites que tout le monde ment, que vous êtes la victime, que la dame a frappé votre chien ». L’accusée tente alors de se justifier : « J’ai juste voulu la repousser. Ça a été une expérience horrible, j’ai eu peur. C’était en pleine nuit, en hiver, personne n’est venu m’aider. J’ai eu une réaction démesurée, mais j’ai eu peur pour la vie de mon chien et la mienne. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un vienne me toucher l’épaule ». « Je ne vois pas où elle vous touche l’épaule et elle ne touche pas le chien », rétorque le tribunal.
« L’extrême mauvaise foi de la prévenue »
L’avocat de la partie civile prend la parole. Sa cliente, retenue à l’étranger, n’a pu assister à l’audience. « Madame T a eu une attitude extrêmement passive. Elle a été choquée par cette avalanche de violences. C’est la première fois qu’elle vit un tel épisode à Monaco. Heureusement, nous n’avons pas l’habitude de cela en Principauté. »
Il dénonce « l’extrême mauvaise foi » de la prévenue : « Quand elle est interrogée par les forces de police, elle aurait pu dire ‘je suis désolée, j’ai honte de mon comportement’. Pas du tout. Elle affirme être la victime. Huit mois après ces faits violents, dans une lettre, elle fait état d’un ‘malheureux incident’ et promet de réparer les dégradations du manteau. Elle ne l’a jamais fait ». Le caban Dior de la victime a été abîmé au moment des faits avec deux boutons en moins. Jugé irréparable par la maison de couture, le vêtement est estimé à 4 300 euros. L’avocat réclame cette somme ainsi que 4 000 euros pour préjudice moral et physique, soit un total de 8 300 euros.
La procureure requiert quatre mois de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende et trois ans d’interdiction de paraître à Monaco. Elle décrit « un déchaînement de haine contre une femme qui voulait juste marcher sur le trottoir et la dépasser. Dans quel monde vit-on ? Depuis quand adopte-t-on ce comportement ? Elle reçoit des coups et un crachat au visage. Son discours aujourd’hui est lunaire. »
« Ces faits sont isolés »
L’avocat de la défense tente alors d’expliquer le comportement de sa cliente : « Elle est assez connue en Italie. Elle a subi des conséquences néfastes du fait de ses émissions de télé-réalité. Elle s’est retrouvée dans un tumulte de haine, elle a connu des personnes qui l’ont poursuivie dans la rue. Cela lui provoque des angoisses ». Il produit un certificat médical datant de 2019 attestant de troubles anxieux et de crises de panique : « Elle avait besoin d’être soutenue. C’est dans ces conditions qu’elle a adopté son petit chien. C’est son meilleur ami, elle se sent investie d’une mission de protection. Elle a perdu un proche, ce qui l’a affectée. Au début de l’année 2025, le chien a subi une attaque d’un autre chien à Monaco, ce qui a démultiplié son instinct de protection. »
Concernant le manteau, l’avocat conteste : « On nous sollicite le remboursement intégral du manteau alors que l’on parle de boutons arrachés. Je ne pense pas que la veste soit fendue en deux. Elle s’engage à payer les réparations ». Enfin, il plaide pour une peine clémente : « Elle n’est pas une personne violente. Elle n’a pas de casier judiciaire. Ces faits sont isolés et n’auront pas vocation à se reproduire. »
À la barre, la prévenue prend une dernière fois la parole : « Je voulais m’excuser auprès de la Principauté et de cette dame. Je ne voudrais pas que ça se reproduise. Moi aussi, je me suis sentie très mal. Je suis disposée à la rencontrer pour prononcer mes excuses. Je ne ferai plus jamais ça de ma vie. »
Après délibération, le tribunal la reconnaît coupable. Elle est condamnée à deux mois de prison avec sursis, 2 500 euros d’amende et trois ans d’interdiction de séjour à Monaco. Au titre des intérêts civils, elle devra verser 7 300 euros à la victime.











