Consommer « sans alcool » à Monaco : une pratique qui fait son chemin
Vins désalcoolisés, bières à 0 %, gin sans alcool… À Monaco, les boissons sans alcool font leur apparition dans les caves, bars et restaurants. Souvent disponibles sur demande, elles répondent à une clientèle de plus en plus diverse.
Porté par des changements de modes de vie, des convictions religieuses, des raisons de santé ou simplement l’envie de profiter d’une soirée sans les effets de l’alcool, le marché des boissons sans alcool connaît un essor notable. Des initiatives comme le Dry January ont largement contribué à normaliser cette pratique et à faire évoluer le regard sur ces alternatives. À Monaco, le phénomène s’installe discrètement, mais sûrement, souvent sur demande plutôt qu’affiché en vitrine.
Plusieurs adresses de la Principauté ont déjà franchi le pas. Chez Robuchon Monaco, c’est la marque French Bloom, une alternative pétillante et sans alcool, qui figure à la carte de tous les restaurants de l’établissement. Au Wine Palace Monte-Carlo, les amateurs de spiritueux peuvent se tourner vers un gin tonic sans alcool, élaboré comme un vrai cocktail. La Brasserie de Monaco, elle, propose une bière sans alcool sur sa carte. Et Monte-Carlo Beer, la brasserie locale, a lancé sa propre bière sans alcool, ancrée dans l’identité monégasque. L’offre demeure encore timide, mais elle témoigne d’une prise de conscience progressive des professionnels de la restauration et des commerces monégasques, qui s’adaptent aux attentes d’une clientèle internationale de plus en plus diverse dans ses habitudes et ses convictions.
La question de la sécurité routière n’est pas étrangère à cette demande. La Principauté, confrontée à plusieurs accidents mortels liés à l’alcool au volant, a autorisé des contrôles d’alcoolémie plus fréquents sur ses routes. Une mesure qui incite de nombreux conducteurs à opter pour une alternative sans alcool lors de leurs sorties, sans renoncer au plaisir de tenir un verre.
Les vins sans alcool intègrent les caves classiques
Du côté des caves, le tableau est contrasté. Certaines n’ont pas encore franchi le pas, d’autres ont déjà structuré une offre complète. C’est le cas de Caves et Gourmandises, établissement monégasque dirigé depuis 26 ans par Franco Tibs. Il y a deux ans, le caviste a intégré une gamme de vins sans alcool sous la marque Nooh. Le nom n’est pas anodin : « OH est la molécule de l’alcool, donc No OH, sans alcool », explique-t-il.

Ce choix est venu d’une demande réelle et grandissante. « On a eu des demandes de personnes de confession musulmane, puis petit à petit, des clients qui veulent faire la fête sans problème de conduite, ou qui ne peuvent tout simplement pas boire pour des raisons de santé. On cherche toujours à répondre aux demandes de notre clientèle. Proposer des vins sans alcool, c’est un plus pour toutes ces personnes », explique Franco Tibs. La cave dispose aujourd’hui d’un espace entièrement dédié à cette offre : « On ne peut pas tout mélanger, c’est une question d’éthique. Il faut un espace dédié ». La gamme comprend des blancs, des rosés et des effervescents issus de cépages de Côte de Provence, à partir de 20-25 euros la bouteille. Le rouge n’est pas encore au catalogue : « Il faut initier les gens avec quelque chose de facile à boire ». Le caviste va même plus loin : pour lui, le vin sans alcool constitue une alternative bien préférable aux boissons sucrées industrielles : « Si je dois conseiller un jeune, je préférerais qu’il boive du vin sans alcool plutôt qu’un Coca-Cola ou une boisson gazeuse sucrée. »
Comment fabrique-t-on une boisson sans alcool ?
Contrairement aux idées reçues, le vin sans alcool est un vrai vin, élaboré à partir des mêmes cépages et du même processus de vinification. La différence intervient en bout de chaîne, lors de la désalcoolisation : le vin est soumis à une évaporation douce entre 30 et 40 degrés maximum, une température volontairement basse pour préserver les arômes et les caractéristiques du raisin. « C’est surprenant. Notre mémoire enregistre ce que l’on a bu dans le passé, et aujourd’hui c’est tout nouveau. On n’a pas l’habitude de boire sans alcool. Mais c’est plaisant de faire l’expérience », confie Franco Tibs. Pour la bière, des procédés similaires, fermentation maîtrisée ou distillation sous vide, permettent de produire des références de plus en plus bluffantes. Quant aux spiritueux sans alcool, comme les alternatives au gin que l’on voit apparaître sur les cartes des bars, ils reposent sur des distillats de plantes et de botaniques soigneusement sélectionnés pour reproduire les profils aromatiques des alcools traditionnels, sans aucune fermentation alcoolique.
À Monaco, le profil du consommateur se dessine peu à peu : plutôt entre 30 et 40 ans, curieux, soucieux de sa santé et de sa conduite. Franco Tibs pense aussi à ceux qui ne peuvent tout simplement pas boire : femmes enceintes, personnes sous traitement médical, ou encore jeunes qui préfèrent éviter les effets de l’alcool. Pour convaincre les sceptiques, le caviste a une recommandation simple : déguster à l’aveugle, sans connaître ni le prix, ni la couleur, ni la provenance. « C’est là que vous allez mieux apprécier et vous rendre compte si vous aimez ou pas ». Franco Tibs reste lucide sur les limites du phénomène : « Ça ne remplacera jamais la place du vin. Dans une cave, l’offre sans alcool ne sera jamais aussi importante que les vins classiques ». Pour autant, il n’exclut pas d’élargir sa sélection à de nouvelles gammes de qualité, voire d’intégrer un jour du rouge sans alcool. À Monaco, cette demande dépasse le simple effet de mode et semble, doucement, trouver sa place.











