Publicité »
Reportage

Le Pape Léon XIV à Monaco : les images d’une journée historique pour le Rocher

Le Pape Léon XIV s'est rendu en Principauté samedi 28 mars, une visite inédite et historique pour Monaco © Benjamin Godart pour Monaco Tribune
Le Pape Léon XIV s'est rendu en Principauté samedi 28 mars, une visite inédite et historique pour Monaco © Benjamin Godart pour Monaco Tribune

Ce samedi 28 mars, la Principauté a vécu un moment sans précédent dans son histoire contemporaine. De la Place du Palais au Stade Louis-II, le souverain pontife a traversé Monaco sous les acclamations, lors d’une visite apostolique dense en symboles et en émotions.

Il est à peine 8 heures et déjà la Place du Palais refuse du monde. Derrière les barrières métalliques, des familles monégasques côtoient des groupes scolaires venus en nombres et des enfants juchés sur les épaules de leurs parents. Les téléphones sont brandis, les drapeaux monégasques et pontificaux se croisent au-dessus des têtes. L’air est frais, l’ambiance à la fête.

Peu après neuf heures le premier coup de canon claque depuis le Fort Antoine. Puis un deuxième, un troisième… Vingt et un au total, tirés par les Carabiniers du Prince. Le Pape Léon XIV vient de fouler le sol monégasque, accueilli par le Prince Albert II et la Princesse Charlène. Depuis l’héliport, il rallie le Rocher pour rejoindre le Palais Princier. Sur l’esplanade de la cour d’honneur, deux sections de carabiniers, une section de pompiers et l’orchestre des Carabiniers du Prince se figent pour les honneurs militaires. La Marche pontificale résonne entre les façades ocre du Rocher, suivie de l’hymne monégasque. Un murmure parcourt la foule face aux écrans géants.

Après l’entretien bilatéral et l’échange de cadeaux — parmi lesquels une monstrance en bois sculpté doré du XVIIIe siècle et un ouvrage réunissant les actes des aïeux monégasques du souverain pontife —, le Prince Albert II apparaît au balcon, la Princesse Charlène et le Pape Léon XIV à ses côtés. Les vivas fusent tandis que le Souverain s’apprête à prendre la parole.

Publicité »

« C’est par fidélité au pape que les premiers seigneurs Grimaldi quittaient Gênes, pour s’installer sur ce rocher », a-t-il rappelé faisant référence au passé historique de la Principauté au XIIIe siècle, avant de rappeler les combats communs aux deux États, la paix, la protection de la planète. Le souverain pontife, lui, s’adresse à la foule en français et frappe par une formule qui arrache des sourires dans l’assistance : « Dans la Bible, comme vous le savez, ce sont les petits qui font l’histoire ! » Il décrit Monaco comme un « microcosme » où vivre représente « pour certains un privilège et pour chacun un appel spécifique à s’interroger sur sa propre place dans le monde. Aux yeux de Dieu, rien ne doit être reçu en vain ! ».

Dans la foule, Éric Battaglia, Monégasque, musicien rock et haltérophile, ne cache pas sa fierté. « Son message fédérateur et sa venue ici sont historiques. Cinq siècles qu’il n’y avait pas eu un pape en Principauté, nous glisse-t-il. Il faut aussi dire qu’il est américain et que le Prince Albert II a lui aussi du sang américain de par sa mère, la Princesse Grace. »

En Papamobile, entre ferveur et coup d’éclat

Peu avant onze heures, la Papamobile s’ébranle en direction de la cathédrale. Le véhicule avance au pas, le Pape debout, saluant la foule massée le long du parcours. Les acclamations roulent d’un bout à l’autre des ruelles étroites.

Publicité »

À l’approche de la cathédrale, deux militantes de PETA, une association française dédiée à établir et protéger les droits des animaux, se jettent devant le cortège et s’agenouillent, brandissant des pancartes implorant le souverain pontife de condamner la corrida. La Papamobile s’immobilise quelques instants. Les forces de l’ordre interviennent rapidement et éloignent les deux femmes sous les regards médusés des spectateurs. L’incident, vite résorbé, laisse place à un léger flottement avant que les applaudissements ne reprennent de plus belle.

À la cathédrale, la liturgie des Heures est célébrée dans un recueillement profond, en présence de l’archevêque Dominique-Marie David. À la sortie de l’édifice, le journaliste et écrivain Stéphane Bern, rayonnant, nous confie son sentiment : « Je suis ravi d’être là ! C’est un évènement exceptionnel et historique pour Monaco que la visite de ce Pape souriant et accessible. »

Le Saint-Père rejoint ensuite l’église Sainte-Dévote, où il rencontre les catéchumènes et les jeunes de la Principauté. C’est sur le trajet, lors d’un long bain de foule en Papamobile, que les scènes les plus spontanées de la journée se produisent. Des parents tendent leurs nourrissons par-dessus les rambardes pour recevoir une bénédiction. Le Pape s’arrête, sourit, pose la main sur le front d’un bébé. Des larmes coulent à quelques rangées de là.

Au Stade Louis-II, la communion d’un peuple

Le soleil a tourné au-dessus de Fontvieille et un léger vent balaie les tribunes du Stade Louis-II lorsque, à 15 heures, le souverain pontife fait son entrée. Assis dans une voiturette de golf, le Pape Léon XIV serpente lentement sur la pelouse, s’approchant des gradins bondés. L’ovation enfle, se prolonge, ne retombe plus.

La messe pontificale, célébrée en français en ce samedi de la cinquième semaine de carême, rassemble plusieurs milliers de fidèles. Le Couple Princier, les Jumeaux Princiers, les Princesses Caroline et Stéphanie sont installés sur le côté de l’estrade, dans leurs fauteuils et face à des prie-Dieu flambant neufs, confectionnés spécialement pour l’occasion par l’atelier Funfrock, un artisan monégasque.

Lorsque le Pape prend place sur l’estrade dressée au centre de la pelouse, une odeur d’encens se répand dans l’enceinte, portée par les bourrasques de vent. Dans les tribunes comme dans le parterre, la communion est enfin distribuée collectivement, dans une ferveur pieuse saisissante pour un stade habitué aux rugissements des soirs de match.

Après la célébration, le Pape Léon XIV prend le temps d’une dernière rencontre avec des bénéficiaires d’associations ecclésiales et laïques, au cœur même du stade. Puis, vers 17h30, le Couple Princier raccompagne le Saint-Père à l’héliport. L’hélicoptère s’élève au-dessus du Rocher, emportant avec lui la trace d’une journée dont Monaco se souviendra longtemps.

Photos : Benjamin Godart pour Monaco Tribune