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Portrait

Julian Ciais : du tatami à l’ashram, l’homme qui transforme l’anxiété en art de vivre

Julian Ciais
Aujourd'hui, Julian Ciais travaille à l'intersection de trois disciplines © Julian Ciais

Dans notre série consacrée aux thérapeutes du bien-être de la Côte d’Azur, Monaco Tribune est allé à la rencontre de Julian Ciais, professeur de yoga, praticien de breathwork et sonothérapeute niçois, dont le parcours hors normes – du sport de haut niveau aux cascades sur scène, en passant par les ashrams indiens – a façonné une approche profondément humaine du soin intérieur.

Il y a des destins qui ne se rangent dans aucune case. Celui de Julian Ciais en est l’illustration parfaite. À 36 ans, ce Niçois au regard lumineux et à la voix posée incarne quelque chose d’assez rare sur la Côte d’Azur : un homme qui a tout expérimenté – le sport de haut niveau, les plateaux de cinéma, les acrobaties sur scène – pour finalement choisir la voie la plus exigeante de toutes, celle de la transmission.

De l’athlète au comédien : une enfance en mouvement

Julian grandit dans le sillage d’un père cycliste compétiteur, qui lui transmet très tôt l’école du dépassement. Dès quatre ans et demi, il pratique la natation et les arts martiaux. Mais derrière l’enfant sportif se cache déjà un esprit en ébullition perpétuelle. « Je me posais des questions que je pense très peu d’enfants se posent », confie-t-il. « Quand est-ce que le monde va se terminer ? Qu’est-ce qui va se passer après ? Je me regardais en me demandant qui j’étais. »

À 11 ans, il fait ses premiers pas au cinéma. Comédien, puis cascadeur pendant quatre ans – sur des spectacles Marvel chez Disney et sur différents tournages – il encaisse les blessures physiques avec la même intensité qu’il porte ses questions intérieures. « Rentrer dans des cases spécifiques, ça, je n’ai jamais su faire », dit-il avec un sourire. C’est peut-être là, dans cet écart entre le monde attendu et celui qu’il pressent, que tout a commencé.

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Los Angeles, le yoga et la Bhagavad-Gita

C’est lors d’un stage d’acting qu’il découvre le yoga pour la première fois, à 26 ans. L’effet est immédiat, presque foudroyant. « Quand j’ai pris les postures, j’ai senti comme si quelque chose qui tournait très vite se posait un peu. » Il n’en connaît alors que trois ou cinq, mais les pratique des heures durant chez lui, chaque soir, sans chercher de tutoriel. Une obsession tranquille.

Los Angeles devient un second ancrage. C’est là qu’un moine Hare Krishna, au bout d’une rue piétonne de Santa Monica, lui tend un unique livre : la Bhagavad-Gita. Il commence à le lire à Los Angeles, avant de rentrer à Paris. « J’habitais dans un 9 mètres carrés. J’ai tenu trois jours. L’appel d’une quête spirituelle et initiatique était trop présent. » Il prend un billet pour l’Inde.

L’Inde comme fracture fondatrice

L’ashram qu’il rejoint est immense – un millier de personnes, à peine cinq Occidentaux. La tradition y est bhakti, empreinte de dévotion pure. Pour un enfant de la culture occidentale de la performance, le choc est total. « J’ai traversé des états d’anxiété extrême. Je ne savais plus. Je me suis senti totalement perdu comme jamais dans ma vie. » Mais c’est précisément dans cet effondrement qu’il trouve la clarté. « Maintenant, je comprends que c’était nécessaire pour faire émerger cette partie de moi destinée à la transmission. »

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De retour en France, Julian tourne définitivement le dos au milieu du cinéma. Non par renoncement, mais par révélation.

La triple voix du soin : yoga, souffle et sons

Aujourd’hui, Julian Ciais travaille à l’intersection de trois disciplines. Professeur de hatha yoga, il enseigne dans des studios de Nice où ses cours accueillent régulièrement d’autres enseignants venus se perfectionner. Formé à la respiration holotropique bien avant que le breathwork ne devienne tendance, il propose des séances centrées sur la gestion du stress et du système nerveux. Il est également sonothérapeute – bols tibétains, gongs – créant des espaces où le mental peut enfin suspendre son flux incessant. « Moi, tellement j’ai expérimenté le monkey mind démesurément, c’est comme s’il avait fallu que je trouve des manières de le mettre en pause. »

Sa clientèle privée, qui s’étend jusqu’à Monaco, le consulte pour des raisons aussi diverses que les ajustements posturaux avancés, la gestion de l’anxiété chronique ou la préparation mentale à la compétition. Car Julian vise désormais un terrain qu’il connaît de l’intérieur : l’accompagnement des sportifs de haut niveau. Des combattants MMA, des triathlètes, des athlètes d’endurance commencent à frapper à sa porte. « Je voulais connecter les dots. Tout rassembler. »

Nice comme choix, pas comme hasard

Pourquoi rester sur la Côte d’Azur, lui qui vibre davantage à Bali, en Californie ou en Thaïlande ? « Nice, c’est mes racines. C’est le souvenir de mon grand-père, de ma mère, de mon père. C’est comme si je ne voulais pas laisser tomber cet endroit. » Dans une région plus connue pour ses casinos que ses ashrams, Julian Ciais perçoit une urgence discrète : « Transmettre certaines valeurs de cœur, de compassion, justement dans un endroit où il y en aurait peut-être besoin. »

Un programme pour ceux qui n’en peuvent plus

Pour ceux qui se reconnaissent dans cette quête de silence intérieur, Julian a développé un programme dédié à la gestion du stress et de l’anxiété, combinant yoga, breathwork et sonothérapie. Une réponse concrète et structurée à ce que lui-même a traversé – et apprivoisé. Le programme est disponible sur juliansyoga.com.

Son prochain horizon ? Une chaîne YouTube, des retraites régulières, une communauté bâtie patiemment autour de ceux qui cherchent à mieux habiter leur corps et leur souffle. Pour Julian Ciais, la vraie performance n’a jamais été celle que l’on donne en scène – elle se joue, en silence, dans l’espace entre deux respirations.