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Interview

« On ne modernise pas une banque privée sans casser quelques habitudes » – Entretien avec Olivier Pagès, COO de CMB Monaco

Olivier Pagès, Chief Operating Officer CMB Monaco

CMB Monaco vient de bousculer son infrastructure technologique. Avant d’en parler, qui êtes-vous exactement, et pourquoi devrait-on vous connaître ?

CMB Monaco est une banque privée internationale, ancrée en Principauté depuis plusieurs décennies, aujourd’hui adossée au groupe Mediobanca. Nous gérons les patrimoines de familles à travers plusieurs générations – ce ne sont pas des clients qui comparent les frais de courtage, ce sont des clients qui vous confient la complexité de leur vie : des structures multi-juridictionnelles, des transmissions, des enjeux fiscaux croisés. Ce qui nous distingue, concrètement, c’est qu’avec une équipe de 270 personnes, un client peut appeler son banquier et avoir une réponse dans l’heure. Essayez de faire ça à Londres ou à Zurich.

« Transformation digitale » – l’expression est devenue un cliché. Pourquoi y investir massivement quand votre métier repose sur la relation humaine ?

Justement parce que notre métier repose sur la relation humaine. Un banquier privé qui passe trois heures par jour à rapprocher des données manuellement, c’est trois heures qu’il ne passe pas avec ses clients. La technologie n’est pas là pour remplacer la relation, elle est là pour lui rendre du temps. Et nos clients l’exigent : la nouvelle génération d’investisseurs (héritiers, entrepreneurs du numérique…) n’accepte plus de recevoir un relevé de portefeuille par courrier alors qu’elle suit ses actifs en temps réel sur son téléphone.

Le vrai risque, ce n’est pas d’investir dans la technologie, c’est de ne pas le faire. Une banque privée qui reste sur des outils des années 2000 ne perdra pas ses clients demain. Elle les perd déjà aujourd’hui, silencieusement, au profit d’acteurs plus rapides.

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Concrètement, vous avez remplacé votre cœur bancaire. C’est un pari risqué pour une banque en activité. Qu’est-ce que cela a changé ?

Risqué, oui, et nécessaire. Nous avons migré notre cœur bancaire vers Avaloq et intégré BlackRock Aladdin pour la gestion de portefeuille et le risk management. C’est un chantier massif, et je serais malhonnête si je disais que tout est parfait du jour au lendemain, stabiliser une plateforme de cette envergure prend du temps, et nous y travaillons activement. Mais la direction est là : nos banquiers commencent à prendre en main leur nouvel outil de travail, les habitudes changent, les taches s’automatisent progressivement, et nos clients accèdent à une nouvelle application mobile qui va encore s’étoffer dans les mois à venir.

CMB Monaco est la première banque en Europe à avoir choisi cette combinaison Avaloq-BlackRock Aladdin. Le déploiement est en cours, nous avançons par paliers, mais le socle est posé et la trajectoire est claire.

L’intelligence artificielle est partout dans les discours bancaires. Chez vous, c’est du concret ou de la communication ?

Du concret, mais en construction. Nous déployons progressivement l’IA avec BlackRock pour transformer des rapports d’analyse denses en synthèses ciblées que le banquier peut exploiter rapidement. L’objectif à terme : détecter des signaux faibles dans les portefeuilles, tels qu’une surexposition sectorielle, un risque de contrepartie émergent. Mais le banquier reste aux commandes. L’IA ne remplace pas le jugement humain, elle lui donne de meilleures munitions. Le client veut parler à quelqu’un qui le connaît, pas à un chatbot. Notre conviction : dans la banque privée, l’IA la plus puissante du monde ne remplacera jamais la poignée de main qui scelle une décision patrimoniale à plusieurs centaines de millions.

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Monaco est souvent perçue comme une place de niche. C’est un handicap ou un avantage ?

C’est un avantage compétitif massif, à condition de savoir l’exploiter. Monaco offre ce qu’aucune grande place ne peut offrir : la proximité. En vingt minutes, vous pouvez voir votre banquier, votre avocat, votre family officer et déjeuner avec un partenaire d’investissement. La stabilité politique et juridique de la Principauté n’est pas un argument publicitaire, c’est une réalité que nos clients, parfois confrontés à l’instabilité dans leur pays d’origine, valorisent concrètement.

Notre ambition est claire : être la banque de référence de la Place, avec des capacités technologiques et une offre d’investissement dignes des plus grands acteurs mondiaux, mais avec l’agilité d’une maison qui connaît chaque client par son prénom.

Si on se projette à cinq ans, à quoi ressemble CMB Monaco ?

À une banque que les clients recommandent sans qu’on le leur demande. Une banque où le meilleur talent bancaire de la Place veut travailler parce que les outils sont à la hauteur de l’ambition. Une banque qui a su se réinventer sans renier ce qu’elle est : exigeante, fiable, proche de ses clients. Nous ne construisons pas « la banque de demain », l’expression est galvaudée. Nous construisons la banque que nos clients attendent aujourd’hui, et qui n’existait pas hier.