Apprendre à renoncer : la compétence de vie dont on parle trop peu
Dans une société qui glorifie la persévérance, renoncer est souvent perçu comme un échec. Dans cette tribune, Laurence Shukor, coach de vie nous explique que savoir lâcher une direction peut être l’une des décisions les plus lucides que nous prenions.
La persévérance, valeur suprême de notre époque
Nous vivons dans une culture qui valorise la persévérance presque au-dessus de tout. Il faut tenir bon, ne jamais abandonner, aller au bout de ses objectifs. Les récits de réussite célèbrent ceux qui ont persisté malgré les obstacles.
Mais cette vision héroïque de la persévérance a un angle mort : elle laisse peu de place à une autre compétence essentielle, plus discrète, mais tout aussi déterminante dans une vie adulte, la capacité à renoncer. Renoncer reste souvent associé à l’échec, à la faiblesse ou à l’abandon. Pourtant, dans de nombreuses situations, continuer coûte que coûte peut être bien plus coûteux que s’arrêter.
La confusion entre renoncer et échouer
Dans les parcours personnels comme professionnels, certaines décisions demandent une lucidité particulière : reconnaître qu’un projet n’a plus de sens, qu’une direction ne correspond plus, ou qu’une ambition appartient à une version passée de soi-même.
Le problème n’est pas la persévérance en elle-même. Le problème apparaît lorsque persévérer devient une manière d’éviter une décision plus difficile : celle de reconnaître que quelque chose doit changer.Renoncer n’est pas toujours perdre. C’est parfois accepter que la réalité a évolué et que nous aussi.

Le coût invisible de l’acharnement
S’accrocher trop longtemps à une direction peut avoir un coût considérable : énergie, temps, attention, parfois même santé mentale. Mais ce coût est souvent invisible, car il s’accumule lentement.
La difficulté vient du fait que renoncer implique aussi une forme de deuil. Renoncer à une idée, à une trajectoire ou à une ambition signifie accepter la perte des possibilités qui y étaient attachées.
L’entrepreneur et auteur Seth Godin résume cette réalité avec une formule particulièrement juste : « Les gagnants abandonnent tout le temps. Ils abandonnent simplement les bonnes choses au bon moment. » Autrement dit, la réussite ne tient pas seulement à la persévérance, mais aussi à la capacité de discerner ce qui mérite encore notre énergie et ce qui ne la mérite plus.
Le courage discret du discernement
Renoncer n’est pas une défaite. C’est parfois l’expression la plus claire du discernement. Cela demande du courage : reconnaître que l’on s’est trompé de direction, accepter de changer de trajectoire, ou simplement admettre que certaines ambitions ne nous correspondent plus.
Dans les transitions de vie, cette lucidité devient souvent un point de bascule. En libérant l’énergie immobilisée dans un projet qui ne fonctionne plus, elle permet de rouvrir d’autres possibilités.
Choisir, c’est aussi renoncer
Une vie pleinement vécue n’est pas une vie où tout est possible. C’est une vie où certaines directions sont assumées, précisément parce que d’autres ont été abandonnées.
Renoncer ne signifie pas renoncer à soi. Cela signifie parfois cesser de poursuivre ce qui ne nous ressemble plus. Et paradoxalement, c’est souvent à ce moment-là que l’espace s’ouvre pour ce qui compte vraiment.
Laurence Shukor, est une coach certifiée, spécialisée sur les problématiques de transitions personnelles et professionnelles.









