La Médiathèque Caroline met en avant la littérature ado avec une sélection qui traverse les générations
Ce mois de mars, la Médiathèque Caroline met à l’honneur la littérature adolescente et jeunesse à travers une exposition, des rencontres d’auteurs et une sélection d’ouvrages présentée par l’équipe.
Depuis début mars, et jusqu’au 31 du mois, la Médiathèque Caroline propose une exposition consacrée à la littérature ado et jeunesse dans son auditorium (entrée libre et gratuite). Au programme : l’histoire de ce pan de la littérature, ses romans phares, et les coulisses de la fabrication d’un livre. Des auteurs ont été reçus tout au long du mois, parmi lesquels Christelle Dabos et Vanyda, venues évoquer l’adaptation en bande dessinée du premier tome de La Passe-miroir. Le dernier rendez-vous, ce vendredi 20 mars, accueillera Tom Lévêque et Susie Morgenstern pour une rencontre-dédicace autour de leur livre coécrit, En quête d’un grand peut-être, l’un des ouvrages phares de la sélection de mars.
« La littérature ado est un vivier assez important en termes de transmédia. Elle est adaptée tant au cinéma qu’en séries qu’en BD. C’est quelque chose qui est assez poreux et vivant comme littérature », souligne Diane de la médiathèque.
Le roman graphique « d’Or et d’Oreillers »
Diane ouvre la sélection avec ce coup de cœur qui revisite la princesse au petit pois sous un angle résolument contemporain. Une famille noble, un jeune héritier en quête d’épouse, et un test mystérieux que les prétendantes doivent passer, sans que l’on sache lequel. « C’est une revisite de ce conte, mais en explorant la sensualité, les non-dits », décrit-elle. « On retrouve aussi le côté du passage à l’âge adulte, une certaine perte de l’innocence, la découverte du corps. »

La bande dessinée est recommandée à partir de 13-14 ans, mais convient tout aussi bien aux adultes. « C’est vraiment délicieux à lire, avec un regard un petit peu décalé sur ces vieux contes. Et c’est aussi assez féminin d’une certaine façon, dans la revisite de ses contes, avec l’émancipation d’une jeune fille ». Le roman dont est tirée cette BD vaut également le détour, précise Diane, les deux formats offrant une entrée différente, complémentaire, dans le même récit.

Le roman « Nous les menteurs » de E. Lockhart
Roman d’E. Lockhart paru en 2014 et devenu depuis un best-seller mondial, Nous les menteurs est présenté par Dominique comme un livre destiné aux jeunes adultes. « On est vraiment dans un drame familial. C’est un livre qui a une narration mystérieuse, très fragmentée, avec du suspense », résume-t-elle.

L’héroïne, Cadence, est une adolescente issue d’une famille fortunée qui passe chaque été sur une île privée au large de Cape Cod, aux États-Unis. « Une famille où ils sont tous très beaux, très riches, très sportifs, intelligents. On est vraiment dans un univers un peu à part. Mais qui dit privilège, dit que personne n’a le droit à l’échec. » Un événement grave survient, Cadence perd la mémoire. Deux ans plus tard, elle revient sur l’île pour comprendre ce qui s’est passé : « Elle arrive dans une atmosphère pleine de secrets, de tensions familiales, de non-dits. » L’autrice elle-même décrit son projet comme une sorte de Roi Lear tchekovien centré sur des dynamiques familiales compliquées, trois sœurs en rivalité, un patriarche en deuil.
Dominique insiste sur le twist final : « Il y a vraiment un twist final incroyable dans le roman », tandis que l’adaptation en série est jugée moins percutante sur ce point. Un roman à ne pas commencer trop tard dans la soirée.
La série « À la croisée des mondes » (His dark Materials)
Trilogie de l’auteur britannique Philip Pullman, publiée entre 1995 et 2000, À la croisée des mondes est présentée par Anaïs comme « un classique de la littérature adolescente ». L’histoire suit deux adolescents entraînés dans une aventure à travers des mondes parallèles, sur fond de pouvoirs religieux, politiques, et de quête de vérité. « Ce qui la rend particulièrement intéressante, c’est que ce n’est pas uniquement un univers de fantaisie. Cette série traite l’adolescence avec une réelle ambition. Les personnages principaux ne sont pas juste des adolescents un peu mignons, sympathique. Ça va parler de liberté, de conscience, de doute et surtout d’émancipation », détaille-t-elle.

La série télévisée, jugée fidèle aux livres, est également recommandée. Diane ajoute qu’il s’agit d’une œuvre à niveaux de lecture multiples : « On va avoir un regard différent selon l’âge avec ce qu’on découvre, un peu comme le Petit Prince. Toute la partie politique ou en lien avec la religion, on va avoir des façons de le recevoir très différentes. C’est une œuvre qui est, pour le coup, très intelligente. » Elle peut se lire et se regarder en famille. « C’est une œuvre qui montre que la littérature adolescente peut être populaire, spectaculaire, mais aussi exigeante et importante », conclut Anaïs.
La saga fantastique : « La Passe-Miroir » de Vanyda et Christelle Dabos
Classique de la littérature adolescente française, La Passe-miroir de Christelle Dabos connaît une nouvelle vie en bande dessinée, adaptée par la dessinatrice Vanyda. Le premier tome, qui ouvre la saga en quatre volumes, suit Ophélie, une jeune fille discrète qui cache derrière ses lunettes de myope deux dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Lorsqu’on la fiance à Thorn, un homme du puissant clan des Dragons, elle doit tout quitter pour le suivre à la Citacielle, une capitale flottante perchée au Pôle. Sans le savoir, elle devient le jouet d’un complot mortel.


La Médiathèque a eu la chance de recevoir Christelle Dabos et Vanyda en mars pour évoquer ce passage d’un format à l’autre, un travail d’adaptation qui soulève des questions propres à la littérature ado et à son rapport au transmédia. Un roman-monde devenu bande dessinée : deux façons d’entrer dans un même univers, deux expériences de lecture distinctes et complémentaires.
Le guide de littérature ado : « En quête d’un grand peut-être »
Le titre de ce guide coécrit par Tom Lévêque et Susie Morgenstern est emprunté à John Green, dont le roman Qui es-tu Alaska ? s’ouvre sur une citation de Rabelais : « Je pars en quête d’un Grand Peut-Être. » C’est précisément ce vertige-là — celui de l’adolescence, ce moment où tout reste encore possible, que les deux auteurs ont choisi de mettre au cœur de leur ouvrage. Paru fin 2025, il s’impose déjà comme une référence sur le sujet.
« Ils se sont questionnés sur l’histoire de la littérature ado. À partir de quand utilise-t-on ce terme, à partir de quand des collections dans des maisons d’édition commencent à vraiment porter des textes dédiés à ce public, quels ont été les ‘boums’ qui ont fait qu’il y a eu un vrai effet de littérature ado et que c’est devenu plus visible », résume Diane. Le livre propose également des listes d’incontournables à découvrir, des réflexions thématiques sur la famille, la diversité ou encore la révolution, et des portraits du genre comme celui de Christelle Dabos.

Pour aérer le propos, dix nouvelles inédites signées par des auteurs reconnus, parmi lesquels Timothée de Fombelle, Marie Desplechin ou Anne-Laure Bondoux, sont glissées au fil des pages. L’ouvrage est conçu pour être feuilleté : « C’est un ouvrage qui se picore, on n’est pas obligé de tout lire », précise Diane. Autant dire qu’il s’adresse aussi bien aux lecteurs passionnés qu’aux parents, enseignants ou bibliothécaires en quête de repères dans ce territoire littéraire.
Tom Lévêque, qui est également à l’origine de l’exposition présentée ce mois-ci à l’auditorium de la Médiathèque, sera présent ce vendredi 20 mars aux côtés de Susie Morgenstern pour une rencontre suivie d’une séance de dédicaces, une occasion rare d’échanger directement avec ceux qui ont pris le temps de cartographier cette littérature trop souvent reléguée au second plan.









