Dès samedi soir, Eric Ciotti devrait être élu président de la puissante Fédération Les Républicains des Alpes-Maritimes. Avant peut-être de briguer la mairie de Nice, face à son ancien mentor, Christian Estrosi. A droite, on s’inquiète des conséquences de cette guerre picrocholine entre les deux anciens alliés.

La crise qui secoue les Républicains dans les Alpes-Maritimes va-t-elle se prolonger en doute sur la légitimité du nouveau patron de la Fédération ? C’est l’enjeux à court terme de l’élection du 13 octobre dont l’unique candidat s’appelle Eric Ciotti. Le score du député des Alpes-Maritimes et le taux de participation en diront un peu plus sur la profondeur du fossé qui sépare ses partisans de ceux de son prédécesseur, maire de Nice et président du conseil départemental, Christian Estrosi. Ce dernier, patron des militants pendant des années, a prudemment jeté l’éponge. Epilogue provisoire à la guerre des mots et des images que se livre ces deux poids lourds de la droite en Côte d’Azur depuis des mois.

Estrosi-Ciotti : frères ennemis

Une longue histoire commune relie pourtant Christian Estrosi et Eric Ciotti. Le premier a 63 ans, 10 de plus que le second, son ancien protégé. L’aîné a marié son cadet après l’avoir embauché comme assistant parlementaire. Ils furent longtemps très proches, partageant la même vision d’une droite sécuritaire, ferme sur ses convictions. Mais les frictions d’égos entre le maître, qui entend conserver ses prérogatives locales, et l’élève, qui veut prendre son indépendance, vont lentement fissurer la vieille amitié. La fracture politique divisant la droite française depuis la victoire d’Emmanuel Macron va l’achever.

Pendant la présidentielle, Estrosi a en effet reçu le candidat d’En marche ! dans son bureau de président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA). Un geste peu apprécié d’Eric Ciotti, alors directeur de campagne de François Fillon. Et quand, lors des législatives de juin, le maire de Nice s’affiche ostensiblement avec les candidats du mouvement présidentiel, la pilule ne passe vraiment pas chez son ancien protégé. « On ne peut pas être dedans et dehors », tempête celui qui sera finalement facilement réélu député des Alpes-Maritimes. Mais le mal est fait. Pour lui, outre la « trahison personnelle », cette crise est l’aboutissement d’une opposition « entre ceux qui se sont ralliés intellectuellement au macronisme et ceux qui veulent restaurer une droite forte ».

Nice en ligne de mire ?

Dès lors, les relations sont définitivement rompues. Le premier renouvelle volontiers les signes d’ouverture envers le chef de l’État, prône le dépassement du clivage gauche/droite et dénonce les ambiguïtés de sa famille politique vis-à-vis du Front national. Le second multiplie les déclarations droitières et fustige la « dérive » de son ancien mentor depuis sa victoire aux régionales de 2015 avec le renfort des voix de gauche. L’édile clame son désintérêt pour la carrière ministérielle et revendique sa passion pour sa ville ? Ciotti raille ceux qui « ont trahi pour des postes qu’ils n’ont pas eus »…

L’élection assurée d’Eric Ciotti à la présidence de la fédération pourrait inciter les deux belligérants à enterrer la hache de guerre. Mais rien n’est moins sûr. De l’avis de tous les observateurs, elle ne sera sans doute qu’une escarmouche avant la bataille finale : l’élection municipale de 2020, à Nice.

Ciotti a déjà lancé les hostilités. Dès que l’occasion se présente, il brocarde le bilan d’Estrosi à la tête de la ville, lui reprochant notamment les augmentations d’impôts votées récemment par la métropole Nice-Côte-d’Azur. Estrosi se défend comme il peut, invoquant les grands principes. Mais la dynamique penche du côté de son adversaire, même si leur brouille contamine toute la vie politique locale. Chez les militants, chacun est sommé de choisir son camp. Au conseil général, où la droite est largement majoritaire, élus « estrosistes » et « ciottistes » se déchirent, rivalisant d’ingéniosité pour se mettre des bâtons dans les roues… Les deux hommes prendront-ils le risque de s’affronter directement dans deux ans, au risque de faire imploser leur parti dans le département ?

Le Rassemblement national en embuscade

Pour une droite française malmenée par le départ des ralliés à Emmanuel Macron, la scission des centristes et le malaise des libéraux, la perspective n’est guère rassurante. D’abord parce que la fédération LR des Alpes-Maritimes, avec ses 7000 adhérents, est la troisième de France derrière celles de Paris et des Hauts-de-Seine. Ensuite parce que la ville de Nice, la cinquième de France, est un de ses principaux bastions. Mais si la gauche y est quasiment inexistante, la donne n’est pas la même concernant le Rassemblement national, ex Front national, très implanté dans la région. Un duel fratricide entre Républicains pourrait lui rapporter des points. Et peut-être même lui offrir les clés de l’hôtel de ville. Un séisme politique pour la capitale de la Côte d’Azur. Et un camouflet pour les frères ennemis des Alpes-Maritimes.