Le 13 janvier 2020, Franck Riester, Ministre de la Culture, et Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères, ont annoncé dans un communiqué la candidature officielle de Nice au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Au-delà de la célébration d’une histoire du développement de la ville tourné vers l’attractivité des visiteurs, cette possible consécration s’inscrit dans un moment où de nombreuses critiques émergent à l’encontre du tourisme de masse et de ses conséquences sur l’environnement.

Qu’un seul dossier par an

Après un long processus initié en 2014, avec la création d’une mission en charge de la candidature de la cité azuréenne, le gouvernement français a finalement validé celle-ci pour l’inscription au Patrimoine de l’Humanité. Un privilège à ne pas bouder, puisque chaque Etat signataire de la convention à l’origine de la Liste du patrimoine ne peut présenter qu’un seul dossier par an. Celui de la ville de Nice sera soumis à l’UNESCO en juillet 2021.

« Le dossier de Nice, que nous avons décidé de défendre cette année, est profondément original. Il s’agit de reconnaître la valeur patrimoniale d’un type d’urbanisme inédit : cosmopolite et orienté vers les loisirs. Ce qui s’est joué à Nice à partir de la fin du XVIIIe siècle, c’est l’invention d’une part importante de notre modernité », écrit Franck Riester dans le communiqué.

Une candidature atypique 

L’objet de la candidature est pour le moins atypique, car il met à l’honneur le « tourisme de riviera » et la manière dont son développement a profondément modifié le visage urbain de Nice.

Plus concrètement, le périmètre du bien est constitué de 566 hectares qui ont évolué de 1760 à aujourd’hui. Cet espace comprend différents attributs comme l’usage urbain fait sur un site particulier, la végétalisation ou encore le patrimoine architectural lié aux fonctions d’accueil et d’hébergement touristique.

Grâce notamment à ses villas ou ses immeubles d’agrément colorés et ornementés, Nice a nourri l’émergence d’un tourisme bien particulier, ancré dans un environnement doux et ensoleillé encore mis en avant de nos jours lorsque l’on évoque la Côte d’Azur.

Afin de convaincre l’Unesco, la ville ne doit pas seulement se dévoiler comme une destination « carte postale », mais prouver sa richesse culturelle ainsi que la « coexistence de l’être humain et de la terre », selon les termes du Comité du Patrimoine Mondial.

Les voix dissidentes

Paradoxalement, depuis plusieurs mois, certaines voix s’élèvent contre l’affluence touristique. « Le tourisme fait vivre beaucoup de niçois mais l’économie niçoise dépend trop du tourisme. Au lieu de diversifier les moteurs d’attractivité et de développement économique, nous sombrons encore davantage dans une mono-activité touristique dangereuse », écrit, par exemple, David Nakache, Président de l’association « Tous citoyens ! » sur son blog de Médiapart.

Le projet d’extension de l’aéroport de Nice qui voudrait accueillir 18 millions de passagers par an d’ici 2022 fait, lui aussi, couler beaucoup d’encre. Pari ambitieux pour la 1ère ville touristique de France après Paris, avec environ 5 millions de visiteurs par an et 40% de la population active travaillant dans le domaine du tourisme.

En parallèle, trois associations de défense de l’environnement ont déposé un recours le cinq février dernier devant le tribunal administratif, contre le dit projet d’extension.

« En réalité, c’est un très grand projet qui n’a qu’un objectif: provoquer la hausse du nombre de passagers de 56% d’ici 2030. On est déjà en sur-tourisme et ils veulent autant de touristes toute l’année que pendant l’été, une aberration ! », s’est exprimé à l’AFP Thierry Bitouzé, qui anime le Collectif citoyen 06.

Les enjeux du tourisme de masse

Nul ne remet en question la richesse architecturale de Nice, ni son attrait indéniable auprès des vacanciers, puisqu’une partie de son histoire s’est bâtie autour de l’accueil des touristes et leur satisfaction de se trouver dans un endroit où il fait bon vivre. Mais, aujourd’hui, les enjeux climatiques et sociaux nous invitent à réfléchir à ce qu’implique un tourisme trop dense tout au long de l’année.

À l’heure où les jeunes et moins jeunes marchent pour le climat, où de grands projets urbains sont programmés, où l’offre de mobilité change et se modernise, cette candidature honorable doit aussi servir la réflexion de chacun.

L’inscription de Nice au Patrimoine Mondial générerait un important prestige, et permettrait de sensibiliser le public aux enjeux de la conservation de l’environnement urbain et naturel local. Dans ce cas de figure, une Commission Locale du bien devrait être créée et présidée par le Préfet. Il reviendrait à L’Etat d’établir des rapports réguliers à l’UNESCO afin d’évaluer l’état des biens inscrits.

Par Robin Poncelet