À quelques mois des Jeux Olympiques de Tokyo, Hugo Micallef (-69 kg) s’est confiée pour Monaco Tribune. Son rêve olympique, l’actualité du moment, son parcours, ses ambitions, le jeune boxeur monégasque fait le point.

Alors qu’il était à Londres pour disputer le Tournoi de Qualification Olympique, Hugo Micallef a dû se résoudre à rentrer en Principauté plus tôt que prévu. Suite à la suspension du TQO causée par la pandémie du coronavirus, le boxeur monégasque est désormais confiné chez lui. Une situation délicate à gérer pour celui qui a l’habitude de s’entraîner depuis son plus jeune âge dans les coursives du stade Louis II, tout au long de l’année, quand il n’est pas en Azerbaïdjan avec l’équipe nationale. Mais à vingt-deux ans et avec un récent bachelor en management du luxe en poche, Hugo Micallef n’entend pas abandonner son rêve olympique pour autant. Entretien.

Hugo, vous vous apprêtiez à faire vos retrouvailles avec Pat McCormack en huitièmes de finale du TQO de Londres, mais le tournoi a finalement été annulé. Comprenez-vous cette décision ?

D’un point de vue sanitaire, c’était la meilleure décision à prendre. Je suis déçu car je m’apprêtais à défier Pat McCormack, contre qui je m’étais incliné lors des derniers Jeux Européens de Minsk, alors que j’étais blessé. C’est le meilleur boxeur au monde de ma catégorie. Je me sentais prêt à la battre. Mais l’actualité du moment en a décidé autrement.

Les Jeux Olympiques justement. Qu’est-ce qu’ils représentent pour vous ?

Les Jeux Olympiques, c’est l’objectif d’une vie. Depuis que j’ai l’âge de neuf ans, je m’entraîne pour l’échéance olympique. J’ai toujours suivi la boxe olympique depuis mon plus jeune âge. Je regardais surtout les boxeurs américains, comme Floyd Mayweather, qui a remporté la médaille de bronze lors des JO d’Atlanta, en 1996. Je regardais Rau’shee Warren aussi. Ces boxeurs-là me faisaient rêver.

Si vous deviez définir votre boxe, comment la décririez-vous ?

Je dirais que ma boxe est technique, intelligente. J’essaye de prendre le moins de coups possibles et d’être le plus dominant sur l’ensemble du combat.

Comment se déroule votre préparation jusqu’ici ?

J’ai fait trois camps d’entraînement. Le premier en novembre dernier, en Azerbaïdjan, pendant trois semaines. Je suis ensuite parti en Thaïlande pendant trois semaines et j’ai fini par la Turquie, où je me suis rendu dans la montagne, pour améliorer mon oxygénation. Je me suis entraîné très dur, avec beaucoup de sparring-partners, tout en travaillant le fond, avec des courses en plein air dans les hauteurs. J’ai une préparation optimale, certainement la meilleure de ma vie.

Mais on imagine que cette préparation va être complètement bouleversée à présent…

Effectivement, pendant quelques temps, la préparation va être compliquée. Mais je pense que c’est pareil pour tout le monde en Europe. Je vais essayer de me maintenir en forme dans la mesure du possible en espérant reprendre l’entraînement rapidement. Ma salle est actuellement fermée. Chez moi, j’ai très peu de matériels. Juste de quoi garder la forme musculairement. Mais ce n’est pas suffisant.

Et mentalement ?

Je me prépare depuis des années aux Jeux Olympiques. J’ai cet objectif dans un coin de ma tête depuis de longs mois, donc forcément, au fil du temps, je me sens prêt. J’ai la chance d’avoir une confiance en moi importante qui fait que je reste focalisé sur mon objectif. Mais je suis conscient de la difficulté de cet objectif olympique. Je n’ai pas de psychologue attitré. Mentalement, je me régule tout seul.

Même si la qualification pour Tokyo n’est pas encore assurée, quels seraient vos objectifs au Japon ?

(Sans hésiter) La médaille d’or ! Je ne pars pas dans une autre optique que celle de décrocher l’or à Tokyo. Je dois me fixer cet objectif. Je sais que j’en suis capable, alors forcément, j’y crois.

Croyez-vous en la tenue des Jeux Olympiques ou pensez-vous qu’un report serait plus approprié au vu de la situation actuelle ?

Moi j’y crois. Je pense que le temps va faire son effet et que d’ici là, la pandémie aura fortement régressé. En tout cas je l’espère. Nous, les athlètes, serons tous sur le même pied d’égalité. Personnellement, c’est une saison que j’aborde de la meilleure des manières. Je me sens vraiment prêt et j’aimerais vraiment que les Jeux Olympiques de Tokyo soient maintenus à la date initiale.

La concurrence dans votre catégorie rend la tâche encore plus dure. 

Je suis dans une catégorie (les -69 kg, poids super-welters) rude, avec de nombreux prétendants à la médaille. J’ai été classé cinquième au classement des boxeurs européens lors des derniers Jeux Européens de Minsk (Biélorussie). Mais il y a aussi d’excellents boxeurs dans le monde entier. Je pense notamment aux Cubains. J’ai conscience que j’aurai à faire à des adversaires compliqués en face de moi. Mais dans la boxe, le combat n’est jamais joué d’avance. Peu importe qui tu as en face de toi sur le ring.

Qu’est-ce que cela représente pour vous de porter haut les couleurs de Monaco à l’international ?

Monaco, ça représente énormément pour moi. Je suis né ici, j’ai grandi ici. C’est un immense honneur pour moi de pouvoir représenter mon pays dans une compétition comme les Jeux Olympiques. J’ai déjà eu la chance de faire raisonner l’hymne monégasque plusieurs fois à l’international, dans d’autres compétitions. Quand j’entends l’hymne, c’est une grande fierté pour moi.

Comment êtes-vous tombé dans la boxe ?

Mon père était boxeur. Petit, je m’inspirais beaucoup de lui. Et cela me donnait envie de faire pareil. Je me souviens d’une fois où nous étions à Valberg (une station de sports d’hiver de l’arrière-pays monégasque). Il y avait la journée du sport et j’ai demandé à mes parents si je pouvais essayer s’il y avait un ring. On ne pensait vraiment pas qu’il y en aurait un. D’ordinaire, c’est plutôt le handball ou le basket-ball qui sont mis en avant. Et pourtant, il y avait bien un ring. Ce jour-là, pour mon premier combat, mon père s’est aperçu que j’avais parfaitement bien retenu tout ce qu’il m’avait appris plus jeune dans ma chambre. C’est pour cela qu’il a décidé de m’inscrire à Monaco dès que l’on est rentré.

Plus qu’une passion, on imagine que la boxe a une place à part dans votre vie… 

La boxe est vitale pour moi. C’est ma vie, je ne pense qu’à ça. Quand j’allais à l’école je ne pensais qu’à la boxe. La nuit et pendant mes devoirs aussi (sourire).

Quels sont vos ambitions dans le futur ?

Mon rêve est de passer professionnel après les Jeux Olympiques de Tokyo pour devenir champion du monde. C’est le plus grand objectif de ma carrière.