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Récit

Arrêté par la police avec plus de 10 000 euros non déclarés, il finit en prison pour soupçons de blanchiment

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L'homme a éveillé les soupçons à cause d'une affaire de trafic de stupéfiants dans laquelle il est impliqué dans la cité phocéenne - © Direction de la Communication / Stéphane Danna, Manuel Vitali

Cet addict aux jeux affirme avoir gagné la somme au casino, alors que son nom apparaît dans une grosse affaire de trafic de stupéfiants à Marseille.

« Que se serait-il passé si cet homme avait dit aux policiers, lorsqu’il a été interpelé, qu’il n’avait rien à déclarer ? » Pour l’avocat de la défense, c’est l’honnêteté de son client qui l’a conduit devant le tribunal correctionnel de Monaco ce lundi 17 avril dernier. Jugé selon la procédure de flagrant délit, les faits se sont produits quelques jours auparavant, le 27 mars.

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Vers minuit, à l’entrée ouest de la Principauté, la police monégasque intercepte une Mercedes immatriculée en France. À la question récurrente : « avez-vous quelque chose à déclarer ? », le conducteur répond spontanément par l’affirmative, et présente aux agents les 11 000 euros dont il disposait. « Je comptais établir une déclaration, j’ignorais qu’elle devait être faite avant d’entrer sur le territoire », tente de justifier le Beausoleillois qui s’apprêtait à jouer la somme sur les tapis verts du Casino de Monte-Carlo.

Un passage au casino Ruhl de Nice

Si cet ancien réceptionniste au Marriott de Cap d’Ail explique avoir remporté cette somme dans un fameux casino de Nice situé Promenade des Anglais, les autorités vont sérieusement remettre en cause ses dires lorsqu’elles vont apprendre qu’il est impliqué dans une affaire de trafic de stupéfiants en France. Placé en garde à vue, le trentenaire sera entendu à plusieurs reprises par les enquêteurs avant d’être cité devant le tribunal pour blanchiment.

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Joueur depuis 2006, le Président pose d’emblée la question au prévenu dans le box, arrivé menotté et escorté de deux surveillants pénitentiaires : « êtes-vous addict au jeu monsieur ? » Il répond franchement : « oui, je peux le dire. J’ai commencé à jouer lorsque j’étais à la faculté de Lettres, c’était pour moi du divertissement, car avec ma couleur de peau, je n’étais pas vraiment le bienvenu dans les établissements de nuit. À Monaco, j’ai dû jouer une quinzaine de fois, entre le Casino de Monte-Carlo, le Casino Café de Paris et le Sun Casino. »

Trois tonnes de cocaïne retrouvées

Ceci étant dit, le juge ne va pas tarder à évoquer l’affaire marseillaise, celle qui a mis la puce à l’oreille des fonctionnaires de police le soir des faits. « En février 2020, une procédure a été ouverte en France suite à la découverte de trois tonnes de cocaïne conditionnées dans 90 sacs de sport, et votre nom apparaît dans cette procédure, qui d’ailleurs est toujours en cours. » L’homme a en effet été détenu provisoirement pendant cinq mois dans le cadre de ce dossier pour complicité.

« L’argent ne provient pas d’un trafic de drogue », répond le prévenu qui, comme l’a souligné le Procureur, « passe bien. » Il s’exprime correctement, et sa chemise blanche reflète une apparence soignée. Pourtant, les perquisitions à son domicile ont semé le doute, une fois de plus.

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« 30 000 euros en espèces ont été retrouvés, si c’est de l’argent gagné dans les casinos, pourquoi ne pas l’avoir placé en banque ? » L’homme explique que tous les établissements refusent les joueurs qui généralement, ne sont pas vraiment pleins aux as. « Aujourd’hui, lorsque je vais dans une banque, ça clignote rouge. Je suis obligé d’ouvrir des comptes en ligne », poursuit-il.

« Cette addiction m’a brisée »

Pour ses problèmes d’addiction, l’homme affirme être suivi par un psychiatre. « J’ai vécu l’enfer, j’ai fait une tentative de suicide dans le passé, ce qui m’a valu un séjour à l’hôpital, confie-t-il à l’audience. Aujourd’hui, je ne veux plus entendre parler de casinos. Cette addiction m’a brisée complètement. J’ai été rejeté par ma famille, car dans notre religion, le jeu est prohibé. Lorsque je serai libre, je demanderai à être interdit de casino », projette-t-il.

Pour le Parquet, les liquidités pourraient provenir d’un trafic de stupéfiant mais pas que, puisqu’il évoque également des faits d’abus de confiance, de travail dissimulé et de banqueroute liés aux restaurants de sushis ouverts par monsieur. Aujourd’hui converti dans la location de voitures, il déclare vouloir développer une société à Monaco, Principauté qui lui inspire « sécurité et stabilité ».

18 mois de prison ferme

Pour le Procureur, tout cela n’est que bluff. « Monsieur a réponse à tout, mais je pense que ses sociétés pouvaient cacher de réelles lessiveuses. C’est le dossier de la dissimulation à tous les stades. S’il a construit ces sociétés, ce n’est pour aucune autre raison que de blanchir l’argent. La fraude, pour lui, est un mode de vie. » Pour l’ensemble des faits, le Ministère public requiert 24 mois de prison ferme.

Des réquisitions jugées « déraisonnables » par la défense qui regrette que « tout ait été remis en cause » de l’autre côté de la barre. « Je viens défendre un homme au passé judiciaire vierge, rappelle l’avocat. La procédure a pris des proportions démesurées parce qu’il est honnête et transparent. C’est lui-même qui va déclarer aux forces de l’ordre qu’il fait l’objet d’une enquête ! Les 11 000 euros proviennent du casino de Nice, l’établissement le confirme. Concernant le dossier marseillais, nous attendons un non-lieu, parce qu’il est innocent. Cet homme subit des menaces, il est aujourd’hui en danger dans un milieu qui ne lui colle pas à la peau, pourchassé par des délinquants.»

Pas suffisant pour attendrir le tribunal qui condamnera l’homme à 18 mois de prison ferme. L’argent lui a été confisqué et une interdiction du territoire monégasque d’une durée de cinq ans a également été prononcée.