Récit

Affaire Oleg Burlakov : Qui de la sœur ou de la veuve aura l’héritage ?

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Oleg Burlakov / Photo : Wikipedia

L’oligarque russe a laissé à sa mort pas moins de trois milliards de livres sterling.

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A qui doit revenir l’héritage de l’oligarque russe Oleg Burlakov ? Depuis son décès en 2021, des suites du coronavirus, c’est une véritable bataille judiciaire qui est engagée, aux quatre coins du monde, pour déterminer à qui reviendront les trois milliards de livres sterling (soit un peu plus de trois milliards d’euros) qu’Oleg Burlakov laisse derrière lui.

Pour le savoir, il convient tout d’abord de remonter le temps.

Oleg Burlakov : homme d’affaires et homme de science

Né en 1949 à Saint-Pétersbourg, anciennement Leningrad, Oleg Leonidovich Burlakov a rejoint l’École supérieure d’ingénierie de l’aviation militaire de Kiev, avant de devenir, en 1972, officier au sein des forces aériennes soviétiques. Il consacre alors une grande partie de son temps à la recherche scientifique et a même intégré l’Académie des ingénieurs de l’Armée de l’air Joukovski, l’une des plus grandes et des plus anciennes écoles d’aéronautique au monde.

Il a par ailleurs rédigé plus de 30 publications scientifiques et est l’auteur de cinq inventions, qui lui ont valu le titre d’« Inventeur honoré d’URSS. »

Mais Oleg Burlakov n’est pas seulement un passionné de sciences : il est également un homme d’affaires, qui a créé « Integral », une association coopérative de production scientifique chargée du développement de systèmes de carburant pour l’industrie militaire soviétique et de pièces pour engins spatiaux. A ses côtés, Nikolai Ivanovich Kazakov, ingénieur et entrepreneur, mais aussi époux de Vera, la sœur d’Oleg Burlakov. L’entreprise est un succès : elle devient même l’une des plus grandes firmes du secteur dans les années 1990.

C’est à cette époque également qu’Oleg Burlakov lance une joint-venture franco-russe spécialisée dans le pétrole. Un point de départ pour Oleg Burlakov, qui a continué ses créations et acquisitions entrepreneuriales dans divers secteurs, notamment la production de ciment, l’immobilier ou encore la banque.

Accroissant petit à petit sa fortune, Oleg Burlakov a fini, en 2021, par se hisser à la 177e place du classement russe du magazine Forbes, avec 3 milliards de livre sterling. Cette même année, l’homme d’affaires décède des suites du coronavirus.

Sa vie à Monaco

Oleg Burlakov a vécu une partie de sa vie en Principauté, où il s’est établi en 2006, comme le rappellent nos confrères de Monaco-Matin. L’oligarque possédait notamment un penthouse de 300 mètres carrés au Larvotto, ainsi qu’un superbe voilier, le Black Pearl, mesurant 106 mètres de long et dont la valeur est estimée à 200 millions de dollars.

Et c’est à Monaco, en 2018, que sa femme, Lyudmila Burlakova, rencontrée sur les bancs de l’École supérieure d’ingénierie de l’aviation militaire de Kiev, a demandé le divorce après 48 ans de vie commune et deux filles : Elena et Veronika.

La séparation a d’ailleurs donné lieu à de nombreux contentieux. L’homme d’affaires aurait en effet soupçonné Lyudmila de lui avoir volé de l’argent et aurait, en conséquence, déposé une plainte pénale contre elle à Monaco.

Dans une déclaration envoyée à Monaco Tribune par les représentants de Lyudmila Burlakova, cette dernière nie avoir détourné des fonds familiaux et insiste sur le fait que les fonds en question lui appartenaient bel et bien. Le conflit se serait par ailleurs étendu aux filles du couple, qui auraient cessé de communiquer avec leur père. Finalement, Oleg Burlakov est décédé deux semaines avant que le divorce n’ait pu être officiellement prononcé. Mais alors, quid de la succession ?

Quel testament croire ?

D’un côté, Lyudmila Burlakova et ses filles. De l’autre, Vera et Nikolai Kazakov, respectivement sœur et associé de toujours du défunt. Tous sont formels : l’héritage d’Oleg Burlakov leur revient de droit.

La veuve affirme notamment que le divorce n’a pas été prononcé, et qu’elle est restée 48 ans auprès de son époux, l’aidant à construire son empire. L’associé, quant à lui, estime que leur très longue collaboration professionnelle lui donne également des droits.

Une troisième personne se glisse en parallèle dans l’équation : Sofia Chevtsova, avec qui Oleg Burlakov a eu une petite fille. La mère de l’enfant réclame également sa part, au nom de sa fille.

C’est d’ailleurs dans leur maison à Riga, en Lettonie, que, selon Monaco-Matin, un testament manuscrit aurait été retrouvé. Le document daterait de 2019 et stipulerait qu’Oleg Burlakov léguerait sa fortune à sa sœur Vera, ou plus précisément à sa fondation, et à Nikolai Kazakov. Ce testament ne mentionne nullement Lyudmila Burlakova et ses filles ; Oleg demanderait même à sa sœur et son beau-frère de veiller sur sa troisième fille illégitime.

Problème : selon Lyudmila Burlakova, la fameuse fondation « n’existait pas au moment où le testament est censé avoir été rédigé », rapporte Monaco-Matin. La veuve d’Oleg Burlakov conteste donc formellement l’authenticité du papier, faisant valoir en opposition un testament rédigé devant notaire.

Lyudmila Burlakova insiste ainsi sur le fait que son testament de 2004 est le véritable testament, alors que les autres, eux, ont fait l’objet de controverses.

La justice saisie dans une dizaine de pays

Le dénouement de cette affaire risque dès lors de prendre du temps, et pas seulement en raison de la complexité du dossier en lui-même. Le cas revêt en effet une dimension internationale, et il est aujourd’hui complexe de déterminer avec certitude la juridiction compétente pour trancher le litige.

Est-ce la Haute Cour de justice en Grande-Bretagne, récemment saisie pour prouver qu’Oleg Burlakov et Nikolai Kazakov n’étaient pas partenaires commerciaux ? Ou est-ce la Cour d’Appel de Monaco qui aurait dû, toujours selon Monaco-Matin, se prononcer sur sa compétence en octobre dernier et aurait finalement décidé de rouvrir les débats et donc de reporter sa décision ? Ou bien est-ce une juridiction de Lettonie, dont Sofia Chevtsova est originaire ?

La question est d’autant plus délicate que des procédures judiciaires ont été engagées également au Panama, où Oleg et Nikolai Kazakov exerçaient en partie leurs activités, et où Veronika et Lyudmila ont tenté, sans succès, de prendre le contrôle de plusieurs sociétés sur place. De même, elles ont saisi la Cour du Montenegro pour reprendre le contrôle du Black Pearl, là encore sans résultat. Le conflit opposant les différents héritiers potentiels s’est même étendu jusqu’aux Etats-Unis, à la Russie, à l’Ukraine, à la Suisse et à Chypre.

Selon un porte-parole de la famille Burlakova, dont les propos ont été relayés par Monaco-Matin, ce délai supplémentaire pour déterminer la compétence de la Cour d’Appel de Monaco est « une bonne chose » car il « permettra au tribunal d’examiner plus en détail les arguments des parties. » Cette même source aurait assuré en parallèle que la famille « continuera à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire valoir ses droits en tant que véritables héritiers de Monsieur Burlakov et pour dénoncer les manœuvres frauduleuses de Vera et Nikolai Kazakov, y compris aux États-Unis et au Royaume-Uni. »

L’article a été modifié le 9 décembre 2023