Dans les coulisses du Rolex Monte-Carlo Masters : l’art de préparer les courts de terre battue
Avant que les meilleurs joueurs du monde ne fassent leur entrée sur la terre battue monégasque, une équipe de spécialistes s’active. Reportage au cœur du Monte-Carlo Country Club, sur le court Rainier III.
Lundi matin. Sous un soleil de plomb en plein mois de mars, le court Rainier III du Monte-Carlo Country Club n’a presque plus rien d’un terrain de tennis. Les lignes ont disparu, la surface est retournée, des hommes s’affairent dans le vacarme d’un chantier avec des râteaux et des pelles. Au milieu d’eux, Michel Garcia observe, corrige, indique du doigt un creux invisible à quiconque n’a pas ses yeux. Employé à l’année par le club, ce spécialiste de la terre battue, qui intervient aussi depuis 30 ans sur les courts de Roland-Garros, supervise cette métamorphose annuelle avec la rigueur d’un artisan. Dans moins de trois semaines, le Rolex Monte-Carlo Masters accueillera les premiers échanges des stars du tennis mondial. Tout doit être prêt.


Clous, terre blanche et rabot
Pioche en main, les équipes procèdent au décloutage. Les lignes du court, fixées par des clous, sont retirées une à une, à la main. Un travail fastidieux dont la météo peut faciliter (ou compliquer) considérablement l’exécution. « On a de la chance qu’il ait plu samedi. La terre est meuble, autrement lorsqu’elle est sèche on met trois fois plus de temps », explique Michel. Sur le court éventré, des membres de l’équipe passent un râteau pour ramener la terre.
Une fois les lignes retirées, le court doit être abaissé de sept centimètres, puis labouré pour refaire les pentes. C’est à ce stade que de la terre battue est rajoutée pour combler les trous et les irrégularités que Michel a repérés. Car la terre battue, contrairement à une idée reçue tenace, n’est pas rouge. « La terre battue est blanche. La teinte ocre provient des tuiles concassées qu’on étale dessus, par souci esthétique autant que pratique. On distinguerait difficilement la balle jaune sur fond blanc », corrige-t-il. Cette terre blanche constitue le véritable socle du court, acheminée depuis la région parisienne. C’est donc la disposition à la pelle de la couche rouge, un broyat de tuiles importé d’Italie, qui donne aux courts leur couleur iconique et assure la glisse des joueurs. « Un court neuf peut nécessiter une tonne de rouge et un entretien régulier ensuite », indique Michel.



Le rabotage du court constitue une phase cruciale à deux niveaux : d’abord creusé à deux centimètres et demi de profondeur, puis à cinq. Trois passages de rabot sont nécessaires pour obtenir une surface parfaitement plane. Un premier aplanissement au râteau précède le passage du rouleau compresseur. Les allers-retours représentent 20 à 25 kilomètres de marche par court. « Autrefois, les rouleaux faisaient 500 kilos et il fallait les pousser à la main à plusieurs », se souvient Michel qui se réjouit de la mécanisation des engins. Après un nettoyage minutieux des impuretés, les nouvelles lignes sont enfin tracées et cloutées.



Une matière vivante
Car la terre battue est une surface fragile, presque organique, en perpétuelle interaction avec les éléments. « Par temps chaud, du calcium en granulés est épandu pour conserver l’humidité », explique l’expert. La pluie impose de repousser certaines interventions, « le gel peut causer des dégâts considérables », se souvient-il à propos de conditions particulièrement difficiles en 2012. Mais l’ennemi le plus redouté reste invisible : « Le pire, c’est le vent, car il retire de la matière. » Chaque jour, la surface se transforme, et chaque matin de tournoi, l’équipe remet de la terre, ajuste, corrige. Un court en terre battue ne se construit pas une fois pour toutes : il se maintient, il se soigne.
Un savoir-faire que Michel transmet depuis quatre à cinq ans notamment à Jean-Luc et Michaël, ses successeurs désignés. « Si on veut qu’un court soit bien entretenu toute l’année, il faut au moins effectuer ce processus une fois par an », lâche-t-il sa retraite en ligne de mire. La qualité d’un court se lit dans cette exigence. Le verdict final, ce sont les joueurs eux-mêmes qui le rendent, dès les premières foulées sur la surface. « À peine arrivés, ils nous font signe de la tête que c’est bien », confie Michel avec une fierté discrète.




À quelques mètres, Gilles Daon et Geoffrey Rigaud coordonnent le montage des tribunes avec une équipe de 32 intérimaires. Parmi les nouveautés de cette édition 2026, des garde-corps vitrés ont été installés sur le court Rainier III pour améliorer la visibilité des spectateurs. Dans quelques jours, du 4 au 12 avril les premiers coups de raquette résonneront sur cette surface que Michel aura façonnée.
Photos : Benjamin Godart pour Monaco Tribune









