C’est un événement que va vivre la principauté le 13 juillet prochain avec le concert donné par les Beach Boys. Ce groupe mythique au destin sinueux a vendu plus de 100 millions d’albums à travers le monde depuis ses débuts.

Nostalgie sixties et « Good vibrations » vont submerger la principauté, l3 juillet prochain. A l’occasion de la soirée Fight Aids, les Beach Boys se produiront sur la scène du Sporting Monte Carlo. Un spectacle rare même si les Phénix californiens aux 50 ans de carrière ont su renaître de leurs cendres après une longue période de marasme créatif. Ce groupe devenu mythique grâce au génie tourmenté de Brian Wilson, dont le film « Love § Mercy » a superbement décrit les affres, a vendu plus de 100 millions d’album à travers le monde. Il a surtout marqué d’une empreinte indélébile l’histoire de la musique pop pendant sa courte apogée artistique.

De la « surf music » aux subtils arrangements studios

Pour le public monégasque, c’est l’occasion de replonger avec délice dans le mythe hédoniste de la jeunesse californienne des années 60. Surf, voitures et jolies filles écrivent la légende de ce groupe formé près de Los Angeles, en 1961. En plein phénomène « surf music », les trois frères Wilson – Brian, Carl et Dennis – ainsi que leur cousin Mike Love et un ami de Brian, Al Jardine, sortent un premier morceau au titre explicite : « Surfin ».  La musique est simple mais les chœurs oniriques en font un tube immédiat. Le groupe enchaîne les succès : « Surfin Safari », « Surfin USA », « Surfer Girl »… Les adolescents américains plébiscitent ces chansons naïves, inspirées du rock’n’roll, qui évoquent l’insouciance d’une Californie de carte postale.

Tôt influencé par Phil Spector, le créateur de la technique de production appelée « Wall of Sound » (Mur du son), le leader artistique de la formation, Brian Wilson, délaisse cependant rapidement les canons de la musique « surf » pour se plonger tout entier dans les complexités des arrangements et des orchestrations. Le studio devient un instrument à part entière du style des Beach Boys qui signent à cette époque de nombreux titres considérés aujourd’hui encore comme des chefs-d’oeuvre. Mais « California girls », « Kiss me baby », « I get around » sont noyés parmi des morceaux écrits à la va-vite sur des albums bâclés. Et ce qui est alors la norme aux Etats-Unis va s’avérer préjudiciable pour la carrière des californiens.

Brian Wilson tente de résister à la « british invasion »

Car le vent de la « british invasion » va bientôt souffler sur la Côte Est, emportant tout sur son passage. Dont la santé mentale de Brian Wilson. Au milieu des années 60, l’album « Rubber Soul » des Beatles, excellent du début à la fin, est ainsi un énorme succès critique et commercial. Wislon, de plus en plus fasciné par le perfectionnisme de Spector, auquel il voue un culte, en fait une maladie.

Aiguillé par la jalousie, il concocte alors « Pet Sounds », en 1966. Une référence absolue. Avec ses harmonies vocales subtiles et ses choeurs célestes qui deviennent la marque de fabrique du groupe, l’album bouleverse les standards de la production. Brian tente des arrangements avec des sonorités jamais entendues. Des cris d’animaux par exemple. Une révolution. L’album est truffé de morceaux raffinés, magnifiquement composés. Ainsi de « God Only Knows » qui, selon Paul McCartney, beau joueur, est « l’une des plus belles chansons de tous les temps ».

Smile, la grande oeuvre avortée

Pourtant, Brian Wilson n’est pas encore satisfait. D’autant plus que, quelques mois plus tard, les « Fab Four » reviennent avec « Revolver », une pièce maîtresse de leur discographie.

Engagé dans une rivalité maladive avec le groupe de Liverpool, l’héritier spirituel de Phil Spector s’attelle alors à la création de sa grande œuvre : un album intitulé « Smile » dont l’ambition est de ressembler rien de moins qu’à une « symphonie adolescente adressée à Dieu ». L’aîné des Wilson, qui commence à attendre des voix à cause des drogues qu’il consomme sans interruption, imagine de véritables cathédrales sonores faites de mélodies subtiles et de changements de tempo ne ressemblant à rien de connu. Le single « Good Vibrations », publiée en 45 tours en 1966, est un joyau. Pour ce titre d’une délicatesse infinie, dont l’enregistrement nécessitera 22 sessions réparties dans quatre studios différents, Brian Wilson se surpasse. « Good Vibrations » se classe d’emblée à part. Le succès est tel que les Beach Boys détrônent les Beatles en Grande-Bretagne, en décembre 66.

Les seventies achèvent de ringardiser les Beach Boys

Pour autant, les arrangements nébuleux et les paroles obscures des autres chansons de l’album laissent les membres du groupe de marbre. Devant leur hostilité, le projet « Smile » est abandonné. Un drame pour Wilson qui le réenregistrera entièrement en 2005, sans les Beach Boys… Et sans que la magie opère véritablement malgré des décennies d’attente. « Smile » restera ainsi comme une des plus grandes légendes avortées de l’histoire du rock.

En attendant, paralysé par l’angoisse de ne plus faire aussi bien, et achevé, en 1967, par le magistral « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles, Wilson ne va plus composer que des bouts de mélodies qu’il assemble péniblement sans parvenir à renouer avec l’inspiration. Bon gré, mal gré, les Beach Boys continuent de sortir des albums et de donner des concerts. Mais les « Garçons de plage » sont de plus en plus en décalage avec l’esprit du temps qui célèbre la révolution psychédélique des Doors et des groupes de San Francisco – Grateful Dead et Jefferson Airplane en tête.

A la fin des années 60, rongé par la drogue et maladivement angoissé par les voix multiples qui parlent dans sa tête, Brian ne sort quasiment plus. Les Beach Boys s’accrochent et continuent sans lui. Mais leurs albums se vendent à peine et leurs concerts sont vides. Dépassés et ringardisés durant les seventies, celles des Stones et des Led Zeppelin, ils finissent par se séparer. Bourré de médicaments, leur ancien leader vit de son côté une période de dépression aigue qui le conduit à faire plusieurs séjours en hôpital psychiatrique.

La renaissance progressive

Après une longue éclipse, il réapparaît en 1988 avec un album solo applaudi par un public qui n’a pas oublié le génie abîmé. Cette année-là, il est même introduit au Rock and Roll Hall of Fame, par l’un de ses plus grands fans, qui fut aussi son plus grand rival : Paul McCartney.

Remontant progressivement la pente, dépassant sa peur de la scène et son trac maladif, il recommence à donner des concerts qui connaissent un franc succès. Finalement, les membres encore vivants du groupe – Dennis s’est noyé accidentellement en 1983 et Carl est décédé d’un cancer en 1998 – se retrouvent une première fois, en 2006, et publient en 2012 un album loin des sommets d’antant mais néanmoins de bonne facture : « That’s Why God Made the Radio ».

Depuis, les « garçons de plage »  parcourent le monde pour donner des shows bourrés de « vibes » nostalgiques. Le génie de Brian Wilson n’aura duré somme toute que quelques années, mais les Beach Boys se donnent encore à voir et à entendre plus de 50 ans après leurs débuts. Ce n’est pas le moindre des miracles réalisés par ce groupe, un des rares monuments de la musique pop dont il fut, au tournant des sixties, parmi les pionniers les plus influents.