Fille aînée de la Princesse Stéphanie de Monaco, petite-fille de Grace Kelly – Pauline Ducruet est souvent définie par le prisme des autres membres de la famille princière monégasque. Avec sa marque de vêtements unisexe Alter Designs, elle se fait son propre chemin dans le monde de la mode, faisant partie d’une nouvelle vague de créateurs qui placent durabilité et genre au premier plan de leur travail.

Pauline Ducruet a lancé la marque de mode écologique et unisexe Alter Designs en 2018, après être sortie de l’une des plus prestigieuses universités de New York, un diplôme de design de mode en poche. Deux ans plus tard, ses collections ont été présentées à deux reprises à la Fashion Week de Paris.

Entouré d’une mer de bleu, de jaune, de crème et de noir (sous la forme de la dernière collection d’Alter), nous avons rencontré Pauline Ducruet dans sa deuxième boutique pop-up pour Alter Designs, au sous-sol du centre commercial de luxe de Monaco, le Métropole, pour discuter de l’évolution de sa marque, des vêtements unisexes et de ce que signifie réellement la mode durable sur le Rocher.

Deux boutiques pop-up en Principauté cet été

Sa première boutique pop-up, ouverte entre le 18 et le 20 juin, se trouvait dans un lieu accueillant beaucoup d’événements à Monaco, le Tunnel Riva. Pauline Ducruet a présenté sa marque à la Principauté avec une cinquantaine d’articles de la collection. Aujourd’hui au Métropole, le magasin accueille l’élite des clients de Monaco dans un luxe minimaliste, avec des plantes d’intérieurs de bon goût, des murs couverts de miroirs et un décor blanc feutré. Nous sommes très loin du premier lieu, industriel et souterrain.

J’avais un peu peur d’entrer dans le monde non-binaire, de le mélanger avec l’éco-responsabilité. Mais ça a été très bien reçu !

Le magasin du Tunnel Riva devait ouvrir juste avant que le Prince Albert II n’annonce le confinement de Monaco à la mi-mars. La nouvelle du report de l’ouverture est arrivée comme une accalmie pour Alter Designs, qui venait juste de montrer sa dernière collection à la Fashion Week de Paris.

Le contraste entre les deux pop-ups est symbolique de sa marque – la jeunesse et le côté underground du denim et du cuir, inspiré de son séjour à New York, contre l’élégance et la douceur du coton et du satin, presque synonyme de la haute société monégasque. « J’aime le contraste. J’ai essayé de garder ce contraste dans l’entreprise elle-même et aussi dans chaque vêtement, » admet-elle, au lendemain de l’ouverture du magasin.

Comment Monaco accueille la marque ?

En tant que marque unisexe, il serait logique de deviner que, par rapport aux consommateurs plus audacieux de New York et de Paris, présenter ses pièces à Monaco a fait l’objet de quelques défis. Cependant, après l’ouverture de sa première boutique pop-up, elle s’est moins préoccupée de la réception du public. « [Tunnel Riva] a super bien marché, j’étais vraiment heureuse. Évidemment, en mon for intérieur, j’avais peur que les gens ne l’acceptent pas bien, » avoue-t-elle. J’avais un peu peur d’entrer dans le monde non-binaire, de le mélanger avec l’éco-responsabilité ; pour Monaco, c’était peut-être un peu trop. Mais ça a été très bien reçu, beaucoup de gens sont venus et ils étaient vraiment curieux. Ça a été un grand succès! « 

Jusqu’à présent, les quelques critiques n’ont été que positives. Malgré l’appréhension de Pauline Ducruet, les habitants de la Principauté ont adhéré aux valeurs sa marque et ont montré leur intérêt pour ses vêtements.

Les deux piliers de la marque sont la durabilité et la mode non-binaire (ou « unisexe »). Bien que le premier soit un sujet bien connu à Monaco, le second est un territoire inconnu. Pour cette jeune créatrice, la mode est l’un des meilleurs vecteurs pour partager ses valeurs avec ses compatriotes monégasques.

Mode non-binaire sur le Rocher

Pauline savait que personne ne s’attendait à ce qu’elle fonde et gère une marque de mode unisexe. Cependant, malgré son statut princier, elle est comme toute personne dans sa vingtaine : engagé dans le contexte social actuel. « En tant que jeune personne et membre de la jeune génération, je pense que ce sont des valeurs que nous devons vraiment défendre. Je pensais que c’était bien de le faire par la mode. C’est ouvrir ces débats à Monaco qui est génial ! »

Son expérience à la Parsons School of Design et son séjour à New York ont consolidé son point de vue selon lequel les stylistes doivent proposer des vêtements pour un individu, quel que soit son sexe. « J’ai toujours aimé porter des robes aussi bien que des costumes », explique-t-elle, portant elle-même un ensemble de denim et une longue chemise jaune faisant écho à ses propres créations. « Je déteste quand les gens me disent : « c’est la section des hommes, désolé ! » Il s’agit de faire tomber ces barrières et de proposer une garde-robe pour tout le monde. »

« À New York, [l’expression non-binaire du genre] était complètement dans le paysage et dans la conversation. Je pense qu’amener le sujet ici par la mode, par moi et par l’éco-responsabilité, lui donne une plateforme« , sourit-elle, clairement fière mais humble des grands exploits qu’elle a réalisés jusqu’à présent.

« Quand je dis aux gens ici que la ligne est unisexe, ils se disent : « Quoi, vraiment ? Du jaune pour les hommes ?  » Certains hommes adorent en porter, que dire d’autre !« , explique-t-elle amusée, montrant du regard les différentes tuniques, chemises et robes jaunes qui parsèment sa boutique. « J’aime juste donner le choix aux gens de porter ce qu’ils veulent. Même les jupes sont unisexes« .

Alter ne serait pas Alter sans la durabilité

Alter Designs reçoit beaucoup d’attention à Monaco, car c’est une marque engagée. Pauline partage de près les opinions de son oncle le Prince Albert II et mise sur la durabilité de ses créations. En recyclant du jean et du cuir usagés et en mettant l’accent sur la traçabilité du coton et de la soie, Pauline fait partie d’une nouvelle vague de jeunes créateurs qui assument la responsabilité de leurs actions dans l’industrie de la mode.

En matière de durabilité, on en fait « jamais assez »

Bien que la marque ne soit pas à 100 % en matière recyclée, la créatrice princière a les yeux tournés vers l’avenir. Défi indéniable pour toute nouvelle marque, elle se concentre actuellement sur la construction de son portfolio avant de mettre le pied dans le monde de la mode de luxe entièrement recyclée. Contrairement à de nombreux créateurs, elle sait qu’en matière de durabilité, on en fait « jamais assez« .

« On peut toujours faire plus ; on ne peut jamais se reposer sur ses acquis, on n’est jamais assez bien. Mais nous essayons constamment de nous améliorer « , déclare-t-elle au sujet ce qu’il peut se faire de plus en matière de mode durable.

Et qu’en est-il de la Fashion Week numérique de Monte-Carlo, qui a eu lieu en ligne à la mi-mai cette année ? « L’éco-responsabilité est vraiment importante à Monaco ; c’est une valeur fondamentale. Je pense que nous travaillons encore plus à être éco-responsables […] C’était une excellente façon de présenter les marques et de leur donner une chance de s’exprimer – pas seulement en montrant les vêtements mais en parlant de leurs propres valeurs et inspirations. Je pense que c’est bien d’amorcer ces conversations« .

Construire une marque dans un monde post-Covid

Ce que vous pouvez trouver en ce moment dans la boutique pop-up est issu de la collection Printemps-Été de la marque. Néanmoins, Pauline Ducruet a décidé de passer à une collection annuelle ou « sans saison » afin d’encore plus améliorer l’empreinte carbone de sa marque, entrant ainsi dans l’histoire de la mode aux côtés de marques comme Jacquemus et Gucci. La ligne actuelle que l’on trouve chez Alter sera disponible jusqu’au 31 décembre 2020. « Et la prochaine arrivera en 2021« , explique-t-elle un sourire en coin, les prochaines créations étant encore gardées secrètes.

Mais (et sans revenir sur ce sujet que nous sommes tous fatigués d’entendre), qu’a signifié le confinement pour la marque de Pauline Ducruet ? Ce fut certainement un moment positif pour la créatrice, qui a pu consacrer son temps dans le développement de son savoir-faire, ce que beaucoup d’artistes et de créatifs ont désiré.

« Je dois tout restructurer et réfléchir à des moyens d’être plus éco-responsable, et penser à l’avenir d’Alter« , a-t-elle révélé. « C’était vraiment génial d’avoir une pause comme celle-là et de réfléchir à tout. […] Il y a eu aussi beaucoup de dessins pour la prochaine collection« .

Et ses projets d’avenir ? Faut-il espérer une installation plus permanente à Monaco ?

« Pour l’instant, je veux conserver le système de pop-up, parce que quand les choses ne sont là que temporairement, les gens sont plus intéressés« , s’amuse-t-elle. « Pour l’instant, c’est une boutique en ligne et quelques pop-ups. J’adore créer de petites ambiances« .

Vous pouvez trouver la boutique pop-up d’Alter Designs au sous-sol du centre commercial Métropole jusqu’au 31 août.