Portrait

Enzo Baldacchino, l’entrepreneur Niçois qui a fait de la propreté des terrasses son métier

Il y a trois ans Enzo Baldacchino a lancé son entreprise à Nice © DR

Chaque semaine Monaco Tribune part à la rencontre des jeunes entrepreneurs qui façonnent le tissu économique de la région. Dans notre série « Entreprendre sur la Côte d’Azur », Enzo Baldacchino a fait de l’installation et du nettoyage des terrasses une activité spécifique.

Il suffit parfois d’un regard neuf sur un problème ancien pour faire naître une entreprise. Enzo Baldacchino, 26 ans, en a fait l’expérience. Ancien serveur dans un restaurant niçois, ce Toulousain d’origine a transformé une corvée que personne ne voulait accomplir en une activité florissante : l’installation, le nettoyage et le rangement des terrasses de restaurants.

« La terrasse, c’est la première image que donne le restaurant. Avant même d’entrer dans l’établissement, c’est une sorte de vitrine pour le client », explique le jeune entrepreneur, casquette vissée sur la tête. Un constat simple, mais que le secteur de la restauration semble un peu négliger, parfois par manque de temps et de personnel. « Personne ne veut s’en occuper, les tables sont souvent mal essuyées. Et quand c’est fait, c’est mal fait car le nettoyage s’effectue souvent dans l’urgence. »

Du CAP serrurerie à l’entrepreneuriat

Rien ne prédestinait pourtant Enzo Baldacchino à ce parcours. Titulaire d’un CAP de serrurier, il n’a jamais suivi de formation commerciale. « Je suis le seul de ma famille à avoir monté une entreprise », confie-t-il. Mais l’envie d’indépendance était là, tenace. « J’ai toujours voulu être entrepreneur. C’est ce qui me plaît : j’aime entreprendre, j’aime être productif. »

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Avant de se lancer, il a pris le temps de tester son idée. « En 2023, j’ai commencé par aller voir les restaurateurs pour leur présenter le projet. Beaucoup étaient enthousiastes et ouverts à la discussion. » Le bouche-à-oreille a fait le reste. À Nice, les professionnels de la restauration se connaissent tous.

Trois ans plus tard, Groupe Rangement Terrasse intervient sur plusieurs communes du littoral azuréen : Nice, Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var, Villefranche-sur-Mer et Beaulieu-sur-Mer. En plus de contrats de dépannages ponctuels, l’entreprise propose aussi des prestations complètes à l’année, de l’installation matinale au rangement nocturne, en passant par le nettoyage intégral des établissements.

Les contraintes réglementaires comme levier commercial

À Nice, la réglementation joue en faveur de l’entrepreneur. Les terrasses doivent être retirées et rangées à la fermeture de l’établissement, généralement à 00h30, voire plus tard pour ceux bénéficiant d’une dérogation horaire. Une contrainte que les restaurateurs peinent parfois à gérer en interne et qui peut les pousser à externaliser cette tâche à l’entreprise d’Enzo : avantage de flexibilité et absence de charges à la clé.

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« Un restaurateur peut se dire : pourquoi engager quelqu’un uniquement pour la terrasse alors que j’ai déjà une personne pour le nettoyage ? », reconnaît cependant Enzo Baldacchino. C’est précisément ce qui l’a poussé à élargir son offre au nettoyage complet. L’entreprise fonctionne avec des auto-entrepreneurs et des saisonniers, un modèle qui permet de s’adapter aux variations d’activité. « Embaucher des salariés représente trop de charges par rapport à ce que je facture aux restaurateurs », justifie-t-il. La haute saison s’étend de mi-avril à fin septembre, période durant laquelle l’activité bat son plein.

Le jeune entrepreneur a économisé pour s'acheter du matériel et des produits professionnels pour le nettoyage © Enzo Baldacchino
Le jeune entrepreneur a économisé pour s’acheter du matériel et des produits professionnels pour le nettoyage © Enzo Baldacchino

Une gestion rigoureuse, sans filet bancaire

Le jeune chef d’entreprise gère tout seul : facturation, comptabilité, démarchage, coordination des équipes. « Toute la partie administrative a été difficile au début puisque je m’occupe de tout sans comptable », admet-il. Les conseils, il les a trouvés auprès de ses clients, restaurateurs eux-mêmes rompus aux réalités de l’entrepreneuriat.

Sa philosophie financière tient en quelques mots : ne rien dépenser. « Le peu que je gagnais au début, je le mettais de côté. Je ne touchais pas un euro. » Cette discipline lui a permis d’investir progressivement dans son matériel – souffleurs, monobrosses, aspirateurs industriels – sans recourir aux banques. Aujourd’hui, il dispose de deux véhicules et d’un box de stockage.

Monaco et Toulouse en ligne de mire

Son plus gros contrat actuel représente une cinquantaine de tables, soit plus d’une centaine de chaises à manipuler matin et soir. Une échelle qui nécessite une organisation millimétrée. « Je dois savoir exactement combien de temps je vais passer sur chaque terrasse et combien de temps me prendra le trajet entre deux établissements. »

L’avenir ? Enzo Baldacchino envisage de passer en société pour pouvoir embaucher, et lorgne sur de nouveaux territoires. Monaco, peut-être, où le marché du nettoyage professionnel semble prometteur. Toulouse, ensuite, sa ville natale. « Je garde la tête sur les épaules. La route est encore longue mais je suis bien décidé à me développer », assure-t-il.

À ceux qui hésitent à se lancer, il livre un conseil forgé par l’expérience : « Il faut se lever chaque matin, même quand les nouvelles sont mauvaises. Et quand une prestation n’est pas à la hauteur, il ne faut pas baisser les bras : il faut en prendre conscience et corriger le tir rapidement. » Et si c’était vous le prochain ?


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