À 25 ans, il livre l’eau des Monégasques : rencontre avec Stan, le fondateur d’Acqua Monaco
Chaque semaine Monaco Tribune part à la rencontre des jeunes entrepreneurs qui façonnent le tissu économique de la région. Dans notre série « Entreprendre sur la Côte d’Azur », Stan a fondé Acqua Monaco, un service de livraison de boissons à domicile en Principauté.
Café en main dans un quartier de la Condamine, Stan raconte de sa voix posée que c’est en enchaînant les petits boulots que lui est venue l’idée et le goût de l’entrepreneuriat. Après des études de commerce au lycée technique de Monaco et une expérience dans un magasin bio, il identifie un besoin récurrent : « Ici, on ne boit pas l’eau du robinet, on utilise principalement les bouteilles d’eau. Sauf que c’est lourd à porter », explique ce jeune homme à la vingtaine, bien charpenté.
Là où la plupart de ses concurrents, comme les grandes surfaces, imposent des minimums de commande avec des frais de livraison qui alourdissent la facture, Stan estime qu’il y a une place à prendre sur le marché. En janvier 2023, le Mentonnais travaille sur son concept d’Acqua Monaco : livrer de l’eau en bouteille, sans frais de livraison, partout en Principauté.
Un modèle bâti sur la confiance
Après un et demi de développement et la création d’une application mobile pour gérer les commandes, son projet voit le jour. Chaque matin, Stan charge sa fourgonnette dans son dépôt situé sous la galerie Carrefour. Six palettes de stock, des tournées calibrées entre midi et le soir, et une flexibilité totale. Son secret ? « Je peux laisser les portes ouvertes de mon camion, sans risquer le vol, et déposer les commandes devant la porte car je sais que le client me paiera plus tard. C’est une sécurité qui existe à Monaco et pas en France », explique-t-il avec un large sourire. Cette confiance, héritée de ses années d’expérience au contact des clients, constitue le socle de son activité.
Cette proximité, il la cultive. La plupart de ses échanges passent par WhatsApp. « Mes clients m’envoient un message, lorsqu’ils sont réguliers c’est encore plus simple car je connais leurs habitudes. » Avec 80 % de particuliers dans son portefeuille, le jeune entrepreneur mise sur le relationnel plutôt que sur la publicité. « Il n’y a pas meilleure publicité que le bouche-à-oreille. Si les gens en parlent, c’est qu’ils sont satisfaits. »
« C’était un coup de poker »
Les débuts n’ont pourtant rien eu d’évident et malgré son apparente timidité, Stan ne s’en cache pas. « La première année s’est soldée par trente mille euros de pertes », nous confie-t-il avec franchise. Les banques, raconte-t-il, se sont montrées frileuses face à ce jeune Français sans réseau ni pedigree monégasque. « Au bout d’un an et demi, quand le compte bancaire est tombé dans le rouge, le banquier m’a convoqué. À ce moment là je me suis réellement demandé si j’arrêtais ou si je continuais. C’était un coup de poker. »
Le pari semble en passe d’être remporté. Après un exercice à l’équilibre, Stan prévoit de franchir cette année la barre des cent mille euros de chiffre d’affaires. Bien que l’eau constitue le plus gros de son chiffre d’affaires (60 à 70%), son catalogue s’est étoffé : aux packs d’eau premiers-prix vendus à partir de 3,99 euros s’ajoutent désormais sodas, vins, champagnes et produits d’épicerie. Sa clientèle lui reste fidèle. Certains le font même venir jusqu’à Saint-Tropez ou Cannes quand ils partent dans leurs villas l’été.


« J’ai choisi cette vie »
Pourquoi s’être lancé dans l’entrepreneuriat si jeune ? « Pour faire ce que je veux. Pour ne pas recevoir d’ordres », répond-il sans détour. Il concède toutefois la rudesse de certaines journées, commencées à six heures et achevées bien après vingt heures. « Il y a des matins où c’est difficile de se lever. On est malade, personne ne peut nous remplacer. Mais j’ai choisi cette vie. »
Lorsqu’on lui demande où il se projette dans l’avenir, Stan évoque le rêve d’un entrepôt plus vaste, d’une équipe de livreurs supplémentaire, et de devenir « l’une des entreprises de référence à Monaco ». Mais il se fixe un horizon : dans trois ans, il fera le bilan. « J’ai 25 ans. Au pire, je m’écroule, avec le goût amer de l’échec. Mais je sais que je suis bosseur dans la vie, je m’en sortirai. »
En attendant, il songe à recruter un premier livreur pour l’épauler et rembourser ses dettes. Et si Acqua Monaco ne suffit plus à nourrir ses ambitions, il a déjà une idée en tête : aider son petit frère, menuisier formé chez les Compagnons de France, à monter sa propre boîte. L’esprit d’entreprendre pourrait visiblement devenir contagieuse.











