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Reportage

À Cannes, l’association PAZ presse le cinéma de renoncer à l’exploitation des animaux sauvages

L'association PAZ près de la fontaine de Cannes, à quelques pas du Palais des Festivals © Benjamin Godart pour Monaco Tribune
L'association PAZ près de la fontaine de Cannes, à quelques pas du Palais des Festivals © Benjamin Godart pour Monaco Tribune

En marge de la 79ᵉ édition du Festival, l’association Projet Animaux Zoopolis a manifesté mardi 19 mai pour réclamer l’extension de la loi de 2021 contre la maltraitance animale au secteur de la création artistique.

À quelques centaines de mètres du Palais des festivals ce mardi matin, une poignée de bénévoles de l’antenne des Alpes-Maritimes de Projet Animaux Zoopolis (PAZ) a déployé pancartes et tracts. Leur cible : l’exploitation des animaux sauvages par l’industrie cinématographique, angle mort de la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale.

Pour l’association, le choix du Festival n’est pas anodin. « Nous profitons de la 79ᵉ édition et de son exposition médiatique pour porter ce sujet d’importance », explique Jeannethe Valdès, référente de PAZ dans le département. La manifestation cannoise s’inscrit dans le prolongement de cinq actions coup de poing menées en mars et avril aux avant-premières de L’Enfant du désert, le dernier film de Gilles de Maistre, dont le tournage a impliqué des autruches, fennecs et vautours captifs. « Ces films défendent la liberté tout en enfermant des animaux à vie pour quelques heures de tournage », pointe la militante, dénonçant un « paradoxe ».

Un vide juridique

Le texte de 2021 avait pourtant constitué une avancée notable, programmant l’interdiction des animaux non domestiques dans les cirques itinérants au 1er décembre 2028, prohibant dès 2023 leur acquisition et leur reproduction dans ces établissements, ainsi que les spectacles de montreurs d’ours et la présence d’animaux sauvages sur les plateaux télévisés. Mais aux yeux de PAZ, le législateur a laissé hors de son champ les tournages de films, les publicités, les clips musicaux et les séances photo au nom de la « liberté de création ». Une exception que PAZ travaille à faire disparaître en s’appuyant sur un relais politique précieux : Danielle Simonnet, députée de Paris et ancienne rapporteur de la mission d’application de la loi de 2021.

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© Jakob Owens – Unsplash

Dès 2023, l’élue avait interpellé le gouvernement français par question écrite sur la question du dressage d’animaux non domestiques pour la création artistique. Dans un communiqué diffusé le 13 mai, elle annonce désormais le dépôt prochain d’une proposition de loi, élaborée avec PAZ, visant à interdire l’exploitation d’animaux sauvages dans le cinéma, la publicité, les clips musicaux et les shootings photo. « Ce sont les mêmes animaux qui continuent de souffrir de la cruauté de l’emprisonnement à vie et du dressage pour quelques minutes à l’écran », a fait valoir dans un communiqué la députée, citant plusieurs productions françaises récentes telles que Moon le panda, Un ours dans le Jura, Le Comte de Monte-Cristo ou Bambi. L’objectif des militants : pousser le monde du cinéma à se détourner des animaux dressés avant même l’évolution législative.


Le dossier Cinémalia

Au cœur du combat de PAZ figure le dossier ouvert en avril 2022 par la diffusion d’une vidéo montrant Pierre Cadéac, fondateur de Fauna et Films, asséner un violent coup de poing à un aigle pygargue, Circée. Le dresseur avait reconnu et justifié son geste dans la presse. Une première plainte avait alors été déposée par l’association, suivie d’une seconde en novembre 2022, accompagnée de quinze témoignages de personnes ayant travaillé avec le dresseur, faisant état de coups, de privations de nourriture et d’animaux abattus. Placée en redressement judiciaire en 2023, l’entreprise (rebaptisée Cinémalia) détient toujours des animaux.

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Alternatives techniques et coût économique

Aux producteurs qui invoquent le coût des effets visuels numériques ou de l’animatronique, Jeannethe Valdès oppose un calcul élargi. « Le recours à des animaux sauvages implique un travail en amont extrêmement long : il faut payer les dresseurs, les vétérinaires, la nourriture, sur des mois voire des années », détaille-t-elle, avant de citer les studios américains XXL, comme Disney et Marvel, qui ont depuis longtemps renoncé aux animaux vivants. « Les blockbusters ont démontré que ces techniques en images de synthèse fonctionnent et qu’elles évitent toute controverse. » Côté français, l’association revendique un récent ralliement : celui du réalisateur Benoît Delépine, qui s’est engagé par courrier, à la suite d’une manifestation tenue à Lyon lors de l’avant-première de son film Animal Totem, à ne plus avoir recours à de vrais animaux dans ses prochains films.

Faire évoluer les mentalités

Sur le terrain, l’action des bénévoles relève autant de la pédagogie que de la contestation. Aux passants qui rapportent l’argument souvent avancé par les dresseurs, à savoir des animaux « bien traités, stimulés, heureux », la militante répond sans détour : « C’est une image marketing. Un dresseur ne va jamais montrer les coulisses, les cages. » À quelques mètres du Palais des festival, certains passants s’arrêtent intrigués par les pancartes. « Il faut laisser les animaux tranquilles, les respecter dans leur milieu naturel. Le cinéma peut tout à fait s’en passer », nous confie une riveraine et fidèle soutien de la Fondation Brigitte-Bardot.

« Le poids des traditions reste considérable, que ce soit dans le cinéma ou dans certaines formes de cirque encore très ancrées sur la Côte d’Azur et à Monaco », reconnaît Jeannethe qui conçoit que des secteurs artistiques restent attachés à leur héritage. « Mais les exemples existent et montrent que la création artistique est possible sans la présence animale », poursuit-elle en évoquant les spectacles vivants du Cirque du Soleil.

Pour PAZ, l’enjeu dépasse la seule édition 2026 du Festival : faire reconnaître que la « liberté de création » ne saurait justifier la captivité à vie d’êtres sensibles, alors que les images de synthèse, l’animatronique et l’intelligence artificielle offrent désormais des alternatives éprouvées.