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Portrait

Martin Purdy, de l’ovalie aux copeaux de bois : portrait d’un ex-rugbyman devenu menuisier près de Monaco

Martin Purdy, ancien rugbyman professionnel s'est reconverti en menuisier © Benjamin Godart pour Monaco Tribune
Martin Purdy, ancien rugbyman professionnel s'est reconverti en menuisier © Benjamin Godart pour Monaco Tribune

Dans son atelier de Saint-André-de-la-Roche, l’Anglais de 43 ans façonne le bois avec la même exigence qu’il mettait jadis à plaquer sur les terrains de Premiership. Portrait d’une reconversion singulière.

L’atelier est perché sur les hauteurs de Nice, à Saint-André-de-la-Roche. Martin Purdy se déplace entre des machines imposantes et des planches de mélèze qui embaument la résine. Difficile d’imaginer que cet homme aux mains couturées d’échardes portait, il y a moins de dix ans, un ballon ovale et le maillot noir et or des London Wasps, double vainqueur de la Coupe d’Europe de rugby en 2004 et 2007. « Mon dernier match, c’était le 29 octobre 2017, le jour de mes 36 ans. Épaule déboîtée », raconte-t-il avec un flegme tout britannique. Deux opérations de l’épaule plus tard, le verdict tombe : la carrière pro est terminée.

De Cambridge aux queues d’aronde

Le parcours de Martin Purdy, avant la menuiserie, ressemble à un roman d’aventures sportives. Né à Crawley, dans le Sussex, formé à l’université de Cambridge en ingénierie, sélectionné en équipes d’Angleterre des moins de 18 et moins de 21 ans, il signe chez les Wasps en 2003. En quatre saisons, il décroche une Coupe d’Europe et deux titres de Premiership. Suivent Bath, une saison en Nouvelle-Zélande chez North Harbour, deux clubs italiens, un passage au London Welsh, puis le RC Massy en Pro D2. Il termine sa carrière au Rugby Olympique de Grasse, où il devient aussi entraîneur. « J’ai fait le tour du monde avec un ballon ovale. Mais la carrière d’entraîneur ne m’intéressait pas vraiment », résume-t-il.

Quand le rugby s’arrête, la question de l’après se pose. Il envisage la finance, il décroche les niveaux 1 et 2 du CFA, mais un stage en banque suffit à le convaincre du contraire. « Je n’ai pas tenu une semaine. L’argent ne me motive pas. Il fallait que je fasse quelque chose que j’aime. »

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Dans son garage, il bricole déjà. Il regarde des tutoriels sur YouTube, s’exerce aux queues d’aronde, ce célèbre assemblage de menuiserie. Il se lance comme apprenti auprès d’un certain Claude : « à 36 ans, j’étais probablement le plus vieil apprenti de France ». Son maître, lui enseigne les rudiments de la menuiserie, par la pratique. Martin apprend donc en faisant, compense les lacunes par l’instinct et la débrouille. Il obtient son CAP, ouvre une micro-entreprise en 2019.

Le mentor de Monaco

Le hasard d’une carrière n’en est jamais tout à fait un. C’est encore par le rugby que Martin va trouver l’atelier où il officie aujourd’hui. Un coéquipier du club de Grasse lui présente Thierry Lanfranchi, menuisier chevronné installé là depuis des années : un ancien joueur du Racing, qui l’avait entraîné adolescent. Thierry lui cède le bail et la moitié des machines.

Aujourd’hui, il partage l’espace avec Julien, un autre menuisier indépendant. Et surtout, il possède un autre mentor : Richard, qu’il décrit comme « la référence à Monaco ». Ce dernier, fils de menuisier, travaille pour les résidences les plus prestigieuses de la Principauté comme le Formentor ou le Roccabella. « Il m’apprend énormément. Dès que j’ai un doute sur une réalisation, c’est vers lui que je me tourne. Avoir un mentor de ce niveau, c’est inestimable. »

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Martin a construit sa clientèle par le bouche-à-oreille et les réseaux informels. Plusieurs architectes l’appellent régulièrement. Il a refait l’intérieur en chêne d’un pub cannois après un incendie, travaille pour les établissements Manolans et le Bateleur à Nice. « Le réseau se construit aussi au comptoir », plaisante-il en bon anglais habitué de la 3ème mi-temps.

L’exigence comme boussole

Son chantier le plus ambitieux du moment se trouve à Drap, dans l’arrière-pays niçois : une maison dont le propriétaire a obtenu le permis de construire il y a quinze ans et qui continue de bâtir l’intérieur. Martin a habillé les plafonds de faux chevrons en mélèze, recouvert les menuiseries aluminium de bois massif, posé des lambris sur mesure. « Le propriétaire construit sans avoir de plan très précis en tête. Je réalise des maquettes en aggloméré pour qu’il puisse se projeter. Et parfois, il me demande de reprendre un centimètre. Ça exige beaucoup de rigueur et de patience. »

La patience, justement, il la revendique comme héritage du sport de haut niveau. « On ne peut pas être méticuleux sans être patient. Les deux vont ensemble. » Son ambition, il la formule avec une clarté désarmante : « Je veux que les gens qui cherchent un travail parfait, exactement conforme à leur vision, pensent à moi. Qu’ils sachent que je suis capable de le réaliser. »

Quelques éléments au plafond de la villa particulière à Drap © Purdy Joinery
Quelques éléments au plafond de la villa à Drap © Purdy Joinery

Purdy and Sons

Martin pense déjà à la suite. Il veut rebaptiser son entreprise « Purdy and Sons », maintenant qu’il a deux fils, investir dans une plaqueuse de chant plus performante, recruter un compagnon expérimenté et un apprenti. « L’idéal, ce serait deux binômes à l’atelier et un troisième en pose. Ça pourrait très bien fonctionner. » Mais cette année, le calendrier est serré : il rénove aussi sa propre maison, et un bébé est attendu en juillet !

© Benjamin Godart pour Monaco Tribune

En attendant, il continue de découvrir, chantier après chantier, les caprices de la matière. Le chêne qui noircit au contact du fer. L’iroko qui fait tousser. Le bois massif qui perd cinq millimètres de largeur entre l’atelier et la pose. « Ça fait sept ans déjà, et j’ai encore l’impression de débuter. »

Sur un cadre posé dans un coin de l’atelier, des maillots de matchs attendent d’être encadrés, véritables souvenirs des finales européennes avec les Wasps. « Un jour, je le finirai ce cadre », promet-il. Mais pour l’instant, il y a du mélèze à raboter.