« À 27 ans, on ne mesure pas le risque que l’on prend » : Sir Stelios prime la relève entrepreneuriale de la Côte d’Azur
La Stelios Philanthropic Foundation a distingué, jeudi 21 mai, cinq jeunes entrepreneurs de Monaco et de la Côte d’Azur lors de la cérémonie des Young Entrepreneur Awards. Une dotation de 70 000 euros pour des entreprises en plein développement.
Dans la salle de conférence de la Fondation Stelios, sur le quai Antoine-Ier, plusieurs figures du tissu économique monégasque se sont réunies pour célébrer l’entrepreneuriat local. À l’occasion d’un déjeuner orchestré par le fondateur d’easyGroup, les lauréats de la deuxième édition des Young Entrepreneurs Awards ont été dévoilés.
La philosophie du programme tient en une conviction que le philanthrope gréco-chypriote formule sans détour : « Je suis convaincu qu’aider les jeunes à créer leur entreprise plutôt qu’à chercher un emploi est le meilleur moyen de générer des emplois dans l’économie locale. » Cette année, 37 candidatures ont été examinées par le jury, pour une dotation totale portée à 70 000 euros — Sir Stelios Haji-Ioannou ayant reconduit, comme en 2025, un quatrième prix partagé entre deux lauréats supplémentaires.

Félix Nacach récompensé pour la deuxième année de suite
Félix Nacach décroche le premier prix de cette édition, remis des mains de Sir Stelios et du nouveau Conseiller de Gouvernement-Ministre des Finances et de l’Économie, Frédéric Cottalorda. À la tête de BedBoat, une plateforme de location de nuitées sur des bateaux amarrés, le jeune entrepreneur empoche 30 000 euros. Un sacre d’autant plus notable qu’il avait terminé deuxième l’an dernier. Pour asseoir sa croissance, le fondateur de BedBoat mise désormais sur un modèle en marque blanche : « l’idée est de fournir aux hôtels et aux établissements de tourisme haut de gamme un site à leur image, à travers lequel ils pourront proposer une sélection de bateaux et un service à leurs clients et toucher une commission sur chaque réservation. »
Derrière lui, Tina Lyberaki remporte 20 000 euros pour Athena Academia, un organisme de tutorat fondé sur une approche sélective, qui mise sur la qualité de l’accompagnement individuel plutôt que sur le volume pour préparer les élèves aux examens d’entrée des grandes écoles internationales. Pierre Athimon, à la tête de Corporate Assurances, un cabinet de courtage spécialisé dans la gestion des risques pour les entreprises et les professionnels, décroche le troisième prix (10 000 euros).
En quatrième position ex-aequo, dotés de 5 000 euros chacun : Romain Le Rouge, fondateur d’ExcelloCenter, un centre de soutien scolaire qui a élargi son offre cette année en lançant une formation à la programmation et à la robotique destinée aux plus jeunes, et Paola Alemanno Grislain, qui dirige les Ambulances du Rocher, une entreprise de transport sanitaire présente sur l’ensemble des grands événements de la Principauté, du Jumping international aux manifestations sportives et institutionnelles.





Au-delà de l’enveloppe financière, les lauréats bénéficieront d’un coup de projecteur médiatique. Hugh Murray, directeur général de Riviera Radio et partenaire de la fondation, a annoncé la mise en place d’un dispositif promotionnel dédié aux cinq gagnants : « Nous voulons collaborer avec les lauréats et leur offrir une vitrine sur l’ensemble de la Côte d’Azur pour faire connaître leur activité. »
« À 27 ans, on ne mesure pas le risque que l’on prend »
Pour Sir Stelios, qui a lancé easyJet à 27 ans, les Young Entrepreneurs Awards résonnent tout particulièrement avec son histoire personnelle. « À 27 ou 28 ans, on ne mesure pas vraiment le risque que l’on prend. On connaît un peu le métier, mais on n’a pas conscience du danger », glisse-t-il à Monaco Tribune, avec la franchise d’un homme qui a traversé trois décennies d’entrepreneuriat. La fin de la vingtaine, selon lui, offre cette combinaison rare d’un savoir-faire naissant et d’une inconscience suffisante pour oser.
Reste que le monde a changé depuis la libéralisation du ciel européen qui avait ouvert la voie à easyJet. Le fondateur ne s’en cache pas : s’il devait recommencer aujourd’hui, il ne choisirait pas le transport aérien, qu’il range dans la catégorie de la « vieille économie ». « Si vous voulez faire quelque chose de scalable, oubliez les actifs physiques, investissez dans la tech. Essayez. Si ça ne marche pas, changez de cap. »



Cinq ans pour devenir rentable
Dans son discours devant les lauréats et les invités, Sir Stelios a tracé une ligne claire sur la rentabilité. « Au début, tout le monde perd de l’argent, mais si vous n’êtes pas rentable au bout de cinq ans, c’est peut-être que vous appartenez à une autre catégorie d’entreprises — celles que l’on finance aux États-Unis », a-t-il lancé, marquant une démarcation nette avec le modèle de la Silicon Valley et ses levées de fonds à répétition. Le message, adressé aux jeunes entrepreneurs dessine en creux la philosophie de la fondation.
En misant sur l’entrepreneuriat local plutôt que sur l’attraction de capitaux extérieurs, la Fondation Stelios défend une vision de la création de richesse ancrée dans le territoire. Les cinq lauréats de cette édition en sont la traduction concrète : des entreprises à taille humaine, rentables ou en passe de le devenir, qui recrutent sur la Côte d’Azur.
Photos : Benjamin Godart pour Monaco Tribune
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