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En images : Les fresques restaurées du Palais Princier de Monaco livrent leurs secrets

La conservatrice-restauratrice Chloé Pasquier utilise un mélange maison d'aquarelle adapté aux supports muraux, sans solvants chimiques © Benjamin Godart pour Monaco Tribune
La conservatrice-restauratrice Chloé Pasquier utilise un mélange maison d'aquarelle adapté aux supports muraux, sans solvants chimiques © Benjamin Godart pour Monaco Tribune

Sous les couches de peinture accumulées au fil des siècles, des fresques Renaissance resurgissent des murs du Palais Princier. Monaco Tribune a visité en avant-première ce chantier hors norme, avant qu’il ne soit dévoilé aux yeux du public.

Portfolio en main, Marion Jaulin, coordinatrice artistique et culturelle du projet de rénovation des fresques du Palais Princier, dévoile la photo d’une figure barbue aux couleurs vives. Il s’agit d’un morceau de fresque découverte sous les repeints décoratifs de la Chambre d’Europe. « Vous pouvez imaginer l’émotion que cela suscite de tomber face à un visage de cette qualité là après des heures de travail méticuleux au scalpel », explique-t-elle les yeux illuminés. Le chantier d’envergure, mené depuis une dizaine d’années, a ainsi permis de mettre au jour des scènes entières, peintes à fresque et datant de la Renaissance.

Des fresques du XVIe siècle surgies du passé

C’est un travail d’archéologue autant que de restaurateur. En procédant à des sondages sur les murs et plafonds des Grands Appartements, les équipes ont révélé, sous des couches successives de peinture, des fresques d’une richesse remarquable. « La Galerie d’Hercule, le Salon d’Europe, l’Antichambre verte, la Salle du Trône… Au total on a trouvé 600 mètres carrés de fresques, avec parfois des fragments que l’on a restaurés et reconstitués », résume Christian Gautier, responsable du projet de conservation-restauration des fresques du Palais.

Dans l’ancienne chambre à alcôve de marbre le plafond raconte le mythe du héros grec Bellerophon qui, après avoir terrassé la Chimère, se croit l’égal des dieux et se voit chassé par Zeus. Un récit porteur d’un message fort au XVIe siècle, selon Christian Gautier qui estime qu’elles permettent aux historiens de creuser le positionnement politique du seigneur de l’époque. « Nous avons travaillé à la restauration du plafond en premier de façon à ce que l’échafaudage, réduit sur les côtés, puisse offrir aux visiteurs une vue sur le plafond et une meilleure expérience immersive ».

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Un défi technique de chaque instant

Le chantier, qui se poursuivra dès la réouverture des visites, mobilise des compétences très pointues. Les restauratrices d’art, Chloé et Maria-Thérésa, comblent à l’aquarelle chacune des micro-lacunes millimétriques, puis complètent les manques plus importants au tratteggio, une technique de hachures fines permettant de distinguer l’intervention moderne de l’original.

« Les équipes s’appuient également sur des relevés stratigraphiques minutieux, cartographiant chaque couche de peinture pour retracer l’évolution des décors au fil des siècles », détaille Marion Jaulin. Pour Christian Gautier, cette superposition synthétise précisément l’enjeu de la conservation : « dès lors qu’on enlève des couches, d’autres couches de peinture et parfois d’autres motifs émergent. À chaque étape nous avons dû nous poser la question de les retirer ou non. »

Un trésor caché dans les combles

La découverte la plus spectaculaire a eu lieu au-dessus d’un plafond, dans un espace confiné de quelques centimètres à peine. Accessible uniquement par un petit trou, un plafond peint a été retrouvé dans un état de conservation exceptionnel, protégé pendant quatre siècles de la fumée des bougies, des variations de température et de toute forme de pollution. Pour documenter cette fresque inaccessible, il a fallu déployer des moyens inédits : plus de 3 000 photographies pour modélisation 3D, réalisées à l’aide de microcaméras rotatives fixées sur des perches de trois mètres.

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Cette fresque cachée ne représente toutefois qu’un tiers à un quart du plafond originel, selon Marion Jaulin, la scène centrale ayant été perdue lors de transformations architecturales ultérieures. « La lunette, si on arrive à l’interpréter, nous donnera peut-être des informations sur le thème central de cette pièce », espère-t-elle.

Reste enfin la question de la conservation. Des sondes mesurant l’hygrométrie et la température ont été installées dans les combles, après avoir constaté que la simple présence de visiteurs (le gaz carbonique et la chaleur qu’ils dégagent) perturbait l’équilibre atmosphérique auquel la fresque était habituée depuis quatre siècles. L’ouverture du plafond pourrait donc être rebouchée.

Redonner au Palais son ambiance Renaissance

Dans certaines pièces, les découvertes ont conduit à repenser entièrement l’aménagement. Là où des boiseries du XVIIe siècle, issues d’un hôtel particulier parisien, habillaient les murs, les sondages ont révélé une frise de grotesques sur le thème des Bacchanales — la vigne, l’ivresse.

Le choix a alors été fait de créer une pièce d’époque restituant l’ambiance de la Renaissance, avec un sol en marbre inspiré des palais génois du XVIe siècle, à cabochons de marbre blanc et pierre noire. « Le Prince Albert II s’attache par ailleurs à reconstituer une collection de tableaux cohérente avec la période, dont des œuvres d’époque, signées Orazio Ferrari représentant les Métamorphoses d’Ovide », explique Marion Jaulin. Le chantier a également permis de corriger des attributions historiques erronées. « Les fresques ont longtemps été attribuées à Ferrari alors qu’on sait qu’il peignait sur chevalet au XVIIe siècle et que ce sont donc probablement d’autres peintres qui sont intervenus », note le responsable des opérations de réhabilitation du patrimoine.

Ce chantier d’envergure fait justement l’objet d’un colloque du 19 au 21 mars au Musée Océanographique. Les Grands Appartements du Palais rouvriront quant à eux au public du 30 mars au 15 octobre.

Ulysse figure aux côtés de Tiresias sur le plafond de la Salle du Trône

Photos : Benjamin Godart pour Monaco Tribune