Fervent défenseur de la langue oui, mais surtout fervent défenseur de la tradition de sa terre natale.

 

Amoureuse des livres, je n’ai pu m’empêcher, au cours de mes pérégrinations monégasques, de fréquenter la bibliothèque. J’ai donc atterri rue Louis Notari dans un antre livresque du même nom. Une rue et une bibliothèque, cela faisait déjà beaucoup. Pour la Française, Parisienne qui plus est, que je suis (nul n’est parfait), le nom de Louis Notari ne m’évoquait rien de particulier. M’extirpant alors, et avec le plus grand plaisir, de mon sectarisme littéraire franco-français, je m’enquis de savoir qui pouvait bien être ce monsieur que les Monégasques aiment tant.

 

Quel tort que de ne pas connaître celui que les habitants du Rocher considèrent comme « le père » de leur littérature, et pour cause. J’appris alors deux choses : que Louis Notari était un homme politique monégasque, et un architecte avant d’être un poète (ou plutôt, tout en étant poète). Tour à tour conseiller d’État en 1944, membre du Conseil communal, président du Conseil d’administration de la Fondation Hector Otto, président fondateur de l’Association de préhistoire et de spéléologie de Monaco (rien de surprenant pour cet amoureux de la nature), mais également président du Comité national des traditions monégasques. Bref, un authentique monégasque, amoureux des traditions. C’est pourquoi il s’attachera, à travers son œuvre littéraire – et c’est là le deuxième enseignement qu’il m’a été permis de tirer – à faire rayonner la culture monégasque, et notamment sa langue.

 

Louis Notari était un homme politique monégasque, et un architecte avant d’être un poète (ou plutôt, tout en étant poète)

 

C’est que Louis Notari réussira ce tour de force de faire du quasi-dialecte monégasque, le Munegascu, une langue à part entière, avec ses règles et sa grammaire. Plus encore, une Monégasque m’a même affirmé que les écoles de la Principauté enseignaient désormais la langue traditionnelle. Langue dont on peut se délecter dans les œuvres de Louis Notari, notamment dans La Légende de Sainte-Dévote, qui sera la première œuvre écrite en langue monégasque et lui conférera définitivement l’heureux statut de « père de la littérature monégasque ». Louis Notari inscrira donc une tradition dans la tradition puisque d’autres auteurs, après lui, auront à cœur de faire perdurer une langue qui était pourtant menacée, à l’image de Louis Frolla qui écrira un manuel de grammaire monégasque en 1960, puis un dictionnaire franco-monégasque en 1963.

 

Fervent défenseur de la langue oui, mais surtout fervent défenseur de la tradition de sa terre natale. Sainte-Dévote, patronne souveraine de Monaco, chrétienne dont le corps a échoué dans l’anse de Monaco, est le symbole même de l’histoire de la Principauté monégasque, à tel point que l’on peut l’y voir dans chaque église de Monaco (dont une église qui porte son nom).

 

Louis Notari, un homme définitivement attaché à sa Principauté, tant sur la forme que sur le fond, auquel la belle identité monégasque doit beaucoup. Quant à moi, il ne me reste plus qu’à apprendre une nouvelle langue.

 

Adèle Deuez, étudiante en droit et en philosophie, auteur à Causeur.fr