Dans le port de Nice, au sein de l’Espace culturel Lympia, l’exposition « Pierre Soulages : la puissance créatrice » propose une rétrospective du prolifique artiste centenaire et de ses oeuvres luminophiles. 

 

Dans le cadre de la célébration du centième anniversaire de Pierre Soulages, le Conseil départemental des Alpes-Maritimes présente une centaine d’oeuvres originales de l’artiste, agrémentées de témoignages d’amis ou de proches, permettant de saisir la trajectoire d’une vie riche et profonde. Mondialement connu, notamment pour ses « Outrenoir », Soulages et son univers peuvent paraître difficile à comprendre et à appréhender pour le grand public. Et pourtant.

 

« Je ne dépeins pas. Je ne raconte pas. Je ne représente pas. Je peins, je présente. », peut-on lire dès l’entrée de l’exposition. La citation pourrait presque faire penser à un mantra, tant elle résulte du désir de rompre avec l’académisme artistique, une vision figurative classique qu’on ne retrouvera presque pas parmi les quelques 1700 tableaux de l’artiste. De reconnaissable, Soulages n’a peint que des arbres, inspirés par le paysage de sa région natale, l’Aveyron.

 

Né en 1919, à Rodez, Pierre Soulages revendique assez jeune son attrait pour le pictural, préférant néanmoins l’encrier au pot de peinture. Il refuse d’entrer aux Beaux-Arts de Paris, son horreur pour la théorie n’a d’égal que sa fascination envers le geste du peintre, la matière et les outils. Ses compositions ne sont jamais des thèses, d’ailleurs aucune de ses toiles ne porte de nom. Soulages ne veut pas forcer le spectateur à lire un plan, mais préfère qu’il plonge dans les formes et distingue les reflets. Les célèbres « Outrenoir » ne sont pas des monochromes, mais des passages au-delà du monde, dont la lumière est la clé.

 

« Ces peintures ont d’abord été appelées Noir-Lumière, désignant ainsi une lumière inséparable du noir qui la reflète. Pour ne pas les limiter à un phénomène optique, j’ai inventé le mot outre noir, au-delà du noir, une lumière transmutée par le noir et comme outre-Rhin et outre-Manche désignent un autre pays, outre noir désigne aussi un autre pays, un autre champs mental que celui du simple noir. », écrit-il.

 

La peinture de Soulages n’est pas abstraite mais rythmique, et chacun peut y découvrir ce qui lui plaît. Un souvenir, une danse, un visage, une émotion. Chaque tableau de l’exposition est unique, puisque sans cesse renouvelé par le regard du visiteur. Vous ne verrez pas la même brillance, que vous soyez à droite, à gauche ou accroupi sous le cadre, à cause de cette lumière qui ne pénètre pas mais traverse la surface et les arêtes. En cela, un tableau de Soulages est effectivement une expérience.

 

Au fil de l’exhibition, on découvre également des sérigraphies, des lithographies et les très mystérieuses « eaux-fortes » où Soulages travaille sur des matrices en cuivre avant de les tremper dans un bain d’acide. Les oeuvres sur papier permettent d’admirer une autre facette de l’artiste, si fortement rattaché à la couleur noir qu’on en oublie son utilisation d’autres teintes, comme le bleu, l’ocre ou la brique. Cette période de création donne lieu à des superpositions singulières, des empreintes noires sur un fond blanc qui font penser à un alphabet imaginaire, langage tout droit sorti de l’esprit de Soulages. Un peu partout, entre les cadres, sur les murs, on retrouve les mots de Léopold Sédar Senghor, dont l’artiste a participé à l’illustration du recueil des « Élégies majeures ». « Pierre Soulages est un peintre pur, c’est-à-dire un poète », écrit-il à propos de son ami.

 

 

C’est bel et bien la puissance créatrice qui nous saute aux yeux tout au long de ce voyage entre les noirs profonds et les angles pâteux. L’espace Lympia nous entraine dans la personnalité d’un artiste à qui on ne ferait pas l’offense de la définir, ni de la conceptualiser. Soulages n’appartient pas à un mouvement, il incarne le mouvement, et lui donne son sens le plus primaire. L’art de Pierre, on y navigue sans tergiverser.

 

« C’est un artiste qui touche tout le monde, et interpelle d’autant plus quand on se place devant un outrenoir. Je pense que pour des gens qui ne connaissent rien à l’art, c’est une excellente introduction. Ce n’est pas compliqué de comprendre Pierre Soulages. » Marlène Poppi, médiatrice culturelle.

 

Pour en savoir plus, visitez Espace Lympia

 

Par Robin Poncelet