Interview

Un mois après l’intervention, Marie et Sékou sont complètement guéris

marie sekou collectif humanitaire monaco
© Monaco Collectif Humanitaire

Les deux enfants ivoiriens ont pu être opérés à Monaco en décembre.

C’est une jolie histoire qui avait ému la Principauté : en décembre dernier, Sékou, un an et demi, et Marie, neuf ans, deux enfants ivoiriens souffrant de pathologies cardiaques, ont pu être soignés par le Centre Cardio-Thoracique de Monaco (CCM), grâce au Monaco Collectif Humanitaire.

Des interventions menées par le Professeur Sylvie Di Filippo, responsable du programme de cardiologie pédiatrique et congénitale au CCM, qui, un mois plus tard, nous confirme que Sékou et Marie sont définitivement guéris.

A l’origine, les deux enfants souffraient de ce que l’on appelle un canal artériel perméable. Le vaisseau qui fait communiquer l’aorte et l’artère pulmonaire, pendant la période fœtale et prénatale, est censé se fermer après la naissance du bébé. S’il reste ouvert, l’opération s’effectue en principe au cours de la première année de vie.

Or, en raison du manque de moyens matériels et humains en Côte d’Ivoire, ni Marie ni Sékou n’ont pu être pris en charge. Et cette pathologie cardiaque, initialement peu complexe à traiter, a évolué, entraînant quelques complications.

Des pathologies qui évoluent

« Sékou avait un essoufflement à l’effort et un retard de croissance, explique le Professeur Di Filippo. Nous lui avons posé une prothèse dans le vaisseau, pour l’obstruer et empêcher le flux sanguin. Nous l’avons fait par cathétérisme [une technique réalisée sous anesthésie générale chez l’enfant, par une sonde introduite par ponction des vaisseaux fémoraux]. »

Guéri immédiatement et définitivement, le petit garçon n’a pas eu besoin de médicaments et a pu sortir de l’hôpital deux jours après l’intervention, avant de regagner son pays natal début décembre.

Pour Marie, en revanche, cela fut un peu plus long. Bien qu’atteinte de la même pathologie cardiaque, la petite fille présentait, du fait de son âge, un canal artériel perméable beaucoup plus large que celui de Sékou et souffrait d’une hypertension dans le poumon, ce qui pouvait occasionner des lésions, et d’une dilatation importante du cœur.

« Nous ne pouvions pas poser de prothèse, alors nous avons fermé le canal par une opération chirurgicale, mais pas à cœur ouvert. Il n’y a pas eu de complications, mais nous l’avons revue régulièrement en consultation pour baisser le traitement le plus rapidement possible et pour surveiller les réactions de son cœur et de son poumon », nous indique le Professeur.

Rentrée chez elle début janvier, la petite fille n’a plus besoin de médicaments. Elle a désormais un poumon normal et son cœur a bien diminué de volume. Elle et Sékou devront tout de même être suivis en Côte d’Ivoire, pour s’assurer qu’ils récupèreront bien.

Une longue chaîne humanitaire

Et si cette aventure humaine connaît une jolie fin, c’est grâce au travail mené par les organismes humanitaires, par le personnel soignant et par les familles d’accueil, qui aident les enfants à se sentir en sécurité.

« Ces enfants arrivent en famille d’accueil, sans leurs propres parents, nous rappelle le Professeur Di Filippo. Les premiers jours avant l’opération, ils sont dépaysés, effrayés, il y a beaucoup de personnes inconnues autour d’eux. Ils sont apeurés, ils pleurent, ils sont énervés : il faut les rassurer, leur parler, leur mettre de la musique, des jeux… On est très aidés par les familles d’accueil, c’est leur point de repère. Mais ce sont aussi des enfants qui s’habituent très vite. Après l’opération, ils sont généralement très à l’aise. Ils sont même contents et ne pleurent plus. »

Marie et Sékou rejoignent ainsi la longue liste d’enfants étrangers opérés à Monaco grâce aux organismes humanitaires. Qu’il s’agisse de la Croix-Rouge monégasque, du Monaco Collectif Humanitaire, ou d’autres ONG et associations : les dossiers s’enchaînent. Et le choix n’est pas toujours facile à faire : « ces enfants sont vus dans leur pays d’origine par des cardiologues. Je reçois les dossiers, je les étudie, et je vois si les cardiopathies sont curables. On sélectionne celles où l’on sait qu’on va pouvoir soigner complètement et permettre à l’enfant de récupérer une fonction cardiaque normale, ou au moins leur proposer une amélioration significative de leur état cardiaque. On s’assure qu’ils auront un suivi qui ne sera pas trop contraignant et, si possible, sans traitement médical », explique la cardiologue.

Et si ça ne tenait qu’à elle, le Professeur Di Filippo en soignerait encore davantage : « c’est quelque chose de très important. On rend service à ces enfants. On leur permet d’avoir une vie normale, d’avoir un avenir. Je regrette qu’on ne puisse pas en opérer plus, parce que les médecins qui sont dans ces pays nous font état de beaucoup, beaucoup d’enfants qui auraient besoin de cette prise en charge. Il faut continuer de le faire. »