Interview

Hugo Micallef, le poids des grammes, le choc des poings

Hugo Micallef s'apprête à monter sur le ring dans son jardin monégasque ce samedi © Benjamin Godart - Monaco Tribune
Hugo Micallef s'apprête à monter sur le ring dans son jardin monégasque ce samedi © Benjamin Godart - Monaco Tribune

Quelques jours avant son combat pour le titre européen IBF à Monaco, le boxeur monégasque nous a ouvert les coulisses d’une préparation où chaque gramme compte. Entre science nutritionnelle et force mentale, plongée dans le quotidien d’un athlète au régime de champion.

À quelques jours de son combat contre l’Irlandais Sean McComb, Hugo Micallef nage un peu dans son survêtement bordeaux. Le sweet rentré pour faire tenir son jogging, il s’est posé au bord du ring, les bras enlaçant les cordes. Autour de lui, sur les murs du club de l’AS Monaco Boxe, au Stade Louis II, où tout a commencé, des morceaux de journaux découpés témoignent de ses exploits passés. Derrière celui qu’on surnomme The Fresh Prince of Monaco, le regard perçant d’un Mike Tyson, affiché au mur, veille au grain. Mais aujourd’hui, Hugo Micallef a le visage creusé de celui qui n’a pas mangé à sa faim depuis des semaines.

Hugo Micallef s'apprête à monter sur le ring dans son jardin monégasque ce samedi © sundaria pour Monaco Tribune
Hugo Micallef s’apprête à monter sur le ring dans son jardin monégasque ce samedi © sundaria pour Monaco Tribune

Car derrière la gloire des projecteurs se trouve cette réalité implacable des boxeurs : Hugo vit à 72 kilos. Ce vendredi, à la pesée officielle, il affiche 63,5 kilos sur la balance. Dix kilos de perdus. Un combat avant le combat. « La pesée, c’est ce qu’on appelle le premier combat, confie-t-il, le regard déjà tourné vers l’échéance. C’est vraiment une étape capitale avant de monter sur le ring, presque aussi importante que le combat lui-même. » La fédération avec laquelle il concourt impose même une deuxième pesée le matin du combat : il devra peser 68 kg.

Chaque gramme pesé, chaque bouchée calculée

Hugo-Micallef
© Frédéric Nebinger / Direction de la Communication

La dernière semaine avant un combat, Hugo entre dans une autre dimension. Plus question d’improviser. « J’ai une diète très stricte, avec un grammage précis pour chaque aliment. Je pèse tout sur une balance de cuisine. Je sais exactement ce que je mange, la quantité que j’ingère, et combien j’afficherai sur la balance juste après », détaille-t-il avec la précision d’un orfèvre. Le sel ? Disparu depuis une semaine. L’huile d’olive ? Une cuillère à soupe par repas, pas une goutte de plus. Le sucre ? Un lointain souvenir.

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Son père, Andrei Micallef, spectateur impuissant de ces métamorphoses successives, peine à masquer son inquiétude. « Je suis très anxieux à la veille d’un combat. C’est difficile, en tant que père, de le voir perdre autant de kilos pour la pesée. Je vois qu’il s’épuise rapidement, qu’il est très déshydraté la semaine qui précède », confesse-t-il. La fédération avec laquelle il concourt impose même une deuxième pesée le matin du combat : il devra peser 68 kg. La réalité des chiffres donne le vertige : à la première pesée, Hugo affiche 63,5 kilos ; le lendemain après le combat, il aura repris dix kilos.

La semaine précédant le combat, Hugo Micallef limite les efforts physiques © sundaria pour Monaco Tribune

Le mental, nerf de la guerre

Cent cinquante combats en boxe olympique et onze professionnels au compteur : Hugo Micallef a appris à dompter son corps. Mais la tête, elle, vacille parfois. « Plus la pesée approche, plus je deviens fou », avoue-t-il sans détour. « C’est très pesant. Mais je résiste, je ne cède pas à la tentation, je ne craque pas sous prétexte que j’ai faim. »

Alors, pour tenir, il y a les petites astuces glanées auprès de son préparateur physique, Thomas Cretot, et de son nutritionniste, Dani Casado, avec qui Hugo s’entraîne également aux îles Canaries. La plus surprenante ? Le Coca-Cola Zero. « Lors que je ne consomme pas de sucre depuis des mois et que je prends cette boisson, mon cerveau croit recevoir du sucre, alors que c’est zéro calorie », sourit-il. Consommée surtout pour le goût et la sensation qu’elle procure, cette boisson gazeuse s’appuie sur le principe de l’aliment plaisir. En nutrition il désigne un aliment consommé principalement pour le goût, la satisfaction ou le réconfort, plutôt que pour sa valeur nutritionnelle.

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L’alchimie du carburant

La nutrition d’Hugo s’adapte au rythme de ses entraînements. La veille d’un sparring, ce combat d’entraînement où seuls les gants, plus gros, et le casque diffèrent d’un vrai combat, il charge en féculents. « C’est notre carburant pour l’effort intense du lendemain », explique-t-il. À l’inverse, les jours de faible intensité, il coupe les glucides pour accélérer la perte de poids.

Le jour du combat, juste avant de monter sur le ring, viendra le temps des sucres rapides : dattes, miel, voire un carré de chocolat au lait. « C’est ce qu’on me recommande pour gagner en explosivité », précise-t-il. Et quand on lui demande son péché mignon ? Le sourire revient : « Le Kinder Maxi ou Country. Et les pâtes. Si on me donne le feu vert, je m’envoie une plâtrée énorme. »

L’eau, alliée puis ennemie

Dans ce combat contre la balance, l’hydratation joue un rôle paradoxal. Fondamentale pendant la préparation, elle devient l’ennemie jurée à l’approche de la pesée. « L’hydratation représente une part fondamentale de la diète du boxeur. Il faut la prendre très au sérieux », insiste Hugo. Mais le jour J, les règles changent du tout au tout. « Depuis le réveil jusqu’à ce que je monte sur la balance, pas une seule goutte. Je me suis même entraîné pour transpirer et perdre le dernier kilo. »

La chance d’Hugo, si l’on peut parler de chance dans ce supplice organisé : la pesée officielle a eu lieu tôt, entre 8 h et 10 h du matin. « Ensuite vient toujours la pesée médiatique, quelques heures plus tard. À ce moment-là, j’ai déjà mangé, bu, et repris quelques kilos », explique le boxeur. Car c’est bien là tout l’enjeu : une fois le poids validé, la réhydratation devient priorité absolue. En quelques heures, son corps doit retrouver l’équilibre hydrique nécessaire pour performer le lendemain sur le ring.

Samedi soir, à la Salle des Étoiles, Hugo Micallef affrontera l’Irlandais Sean McComb pour le titre européen IBF. Le Prince Albert II sera dans les tribunes, le public monégasque retiendra son souffle. Mais avant de lever les poings, le champion aura déjà remporté sa première victoire : celle contre la balance. « Je m’entraîne tellement dur que je sais que le résultat ne pourra pas me décevoir », assure-t-il, serein. Dans l’arène de la nutrition comme sur le ring, Hugo Micallef ne laisse rien au hasard.