Un homme condamné pour avoir téléchargé des contenus pédopornographiques depuis son lieu de travail
Un ressortissant italien comparaissait le 17 mars dernier devant le tribunal correctionnel de Monaco pour avoir téléchargé, détenu et diffusé des contenus pédopornographiques depuis les locaux d’une société établie dans la Principauté.
« La pédopornographie est un fléau ». C’est par ces mots que le tribunal correctionnel de Monaco a ouvert l’audience. À la barre, un homme, né en 1971, sans emploi, répondait de faits commis entre mai 2023 et janvier 2024 : téléchargement, détention, diffusion, importation et exportation de contenus pédopornographiques.
Les policiers monégasques, équipés de logiciels spécialisés capables de détecter le téléchargement et le partage de fichiers illicites repèrent une adresse IP monégasque activement impliquée dans le téléchargement de contenus pédopornographiques depuis plusieurs mois. L’adresse est identifiée et appartient à P&P Sport Management, une entreprise établie dans la Principauté.
Une perquisition est menée dans les locaux de l’entreprise. Les enquêteurs procèdent à la saisie du matériel informatique et parviennent à remonter jusqu’au poste à l’origine des téléchargements. Il apparaît alors que le prévenu assurait la gestion quotidienne de l’entreprise, en l’absence fréquente du dirigeant. Il est par ailleurs le seul salarié à avoir sollicité l’installation d’un logiciel VPN ainsi que le remplacement des équipements informatiques.
Des aveux progressifs
Placé en garde à vue pendant trois semaines, le prévenu commence par nier les faits. Il expliquera plus tard avoir voulu en informer lui-même sa femme avant toute chose. C’est après une seconde audition, à la suite de l’exploitation de son téléphone portable, qu’il reconnaît les faits et livre ses explications au tribunal. Les enquêteurs extraient 80 fichiers (photos et vidéos) mettant en scène des mineurs, des viols d’enfants, dont certains ont moins de dix ans. Parmi les mots-clés tapés dans la barre de recherche, le tribunal relève « enfant de 4 ans ». Une image concerne un nourrisson, une autre un poupon. Sur le téléphone du prévenu, les enquêteurs découvrent également des mangas à caractère pédopornographique.
Le prévenu affirme avoir systématiquement supprimé les fichiers après les avoir visionnés. Le tribunal lui rappelle que le fonctionnement même d’eMule implique un téléchargement et un partage simultanés. « C’est le principe même de fonctionnement de ce logiciel, et c’est extrêmement clair sur l’interface ». Une partie des fichiers avait par ailleurs été conservée sur son disque dur.
Des traces de connexion au dark web sont relevées lors de l’analyse. Interrogé à ce sujet, le prévenu dit d’abord ne pas savoir ce qu’est le dark web. « On n’y arrive pas par erreur », indique le tribunal. « Oui, peut-être », finit-il par concéder. Il avait également installé un logiciel destiné à effacer les traces sur son ordinateur.
« Je trouvais rien qui m’intéressait »
L’accusé a avoué avoir une addiction à la pornographie, développée au moment de la crise sanitaire. Depuis la naissance de son fils en 2015, ses relations intimes avec sa femme s’étaient espacées. C’est depuis son lieu de travail qu’il commence à visionner des contenus pornographiques. Il glisse progressivement vers des contenus de plus en plus extrêmes. «Comment êtes-vous passé de la pornographie à la zoophilie ? », lui demande le procureur « Et après de la zoophilie à la pédopornographie ? »
La réponse du prévenu est laconique : « Je trouvais rien qui m’intéressait beaucoup ». Il affirme que ces images ne lui procuraient «aucun plaisir, aucune excitation », et dit rechercher uniquement la transgression. Il finit par admettre qu’il se masturbait devant ces contenus, tout en niant tout attrait sexuel pour les enfants dans la réalité. « C’est un peu ambigu », relève le tribunal. « À partir du moment où vous regardez et vous vous touchez devant ces vidéos, on a beaucoup de mal à entendre que vous n’éprouviez pas d’attirance ». Le tribunal pointe par ailleurs la responsabilité du consommateur. En visionnant ces contenus en ligne, il crée une demande qui alimente les abus.
Un suivi thérapeutique en cours
Sans antécédent judiciaire, l’individu a été licencié à la suite de ces faits. Il bénéficie depuis d’un suivi psychothérapeutique hebdomadaire, qu’il justifie par la production d’un certificat. L’expert qui le suit indique qu’il ne présente pas de trouble psychique, mais qu’un travail reste nécessaire pour développer un sentiment d’empathie. « Avant la thérapie, je n’avais pas de sentiments. Aujourd’hui, je peux pleurer devant un film, avant jamais. J’ai fait un long travail douloureux, je suis content de le faire », déclare-t-il à la barre.
Le procureur revient sur les conditions dans lesquelles les aveux ont été obtenus : « Les faits ont bien été reconnus, mais pas immédiatement », tout en rappelant la nature et le nombre de pièces à conviction. Reconnaissant néanmoins l’absence de casier judiciaire et la démarche de reconstruction, il juge la thérapie encore inachevée et requiert une peine de 3 à 4 ans d’emprisonnement, dont 6 mois ferme sous le régime de la semi-liberté, assortie d’une liberté d’épreuve et d’une obligation de soins.
« C’est probablement le dossier le plus difficile de ma vie professionnelle », reconnaît d’emblée l’avocat de la défense. Sans minimiser la gravité des faits ni le dégoût qu’ils inspirent, il dresse le portrait d’un homme qui, avant cette affaire, n’avait jamais défrayé la chronique : père attentif, mari fidèle, employé modèle en qui son employeur avait toute confiance. Il insiste sur la transparence dont son client a fait preuve, soulignant qu’il a lui-même choisi d’informer sa femme, sa mère et sa sœur de la nature des faits. Il relève également que les enquêteurs ne constatent plus aucun visionnage depuis les faits, y voyant davantage une prise de conscience sincère que la simple crainte d’être à nouveau pris. Selon l’expert psychologue, le prévenu dispose des ressources nécessaires pour s’en sortir, avec aucun risque de passage à l’acte. L’avocat plaide pour une sanction « de moindre ampleur » et s’oppose fermement à la peine ferme, qu’il juge « ni utile, ni nécessaire. »
Trois ans de prison avec sursis
Après délibération, l’homme a finalement été condamné à trois ans d’emprisonnement avec sursis, assortis d’une liberté d’épreuve de cinq ans et d’une obligation de soins. La peine ferme n’a pas été retenue. « Le tribunal a fait le choix de ne pas vous envoyer en prison, pour vous permettre de suivre votre suivi thérapeutique dans les meilleures conditions possibles », a expliqué le président.
La semi-liberté avait par ailleurs été jugée complexe à mettre en œuvre, le condamné résidant en Italie. « Le tribunal constate qu’il y a encore du travail à effectuer. C’est une certaine confiance que nous plaçons en vous. Montrez-nous qu’on peut vous faire confiance », a conclu le président.









