Fidèle à la tradition estivale, Monaco nous présente sa grande exposition thématique. A l’honneur cette année : l’Égypte pharaonique et ses trésors d’orfèvrerie en provenance directe du Caire. Une exceptionnelle collection de 150 pièces présentée sur 3200 mètres carrés au Grimaldi Forum jusqu’au 9 septembre.

Il aura fallu patienter 10 ans après la mémorable exposition « Reines d’Egypte » pour un retour de l’Égypte ancienne à Monaco. Depuis cet été, c’est donc « L’or des pharaons » qui s’expose au Grimaldi Forum, avec des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, certains sortis du Caire pour la première fois. Une exposition transversale qui, grâce à cette thématique, permet de s’attarder sur différentes facettes d’une civilisation des plus fascinantes. 

2500 ans d’histoire dévoilés dans une scénographie bleue et ocre racontent l’Égypte à travers différents ensembles de joaillerie découverts dans les tombes royales et princières. La collection est d’ailleurs mise en scène dans un décor de gigantesque tombeau égyptien, parfois aux allures de Vallée des Rois, invitant le spectateur à découvrir l’impressionnante diversité des pièces, remarquablement conservées. Bracelets, colliers, amulettes, diadèmes, boucles d’oreilles, ainsi que masques d’or, vases, sarcophages et pectoraux, tous parés de pierres semi-précieuses (lapis lazuli, cornaline rouge, turquoise, feldspath verte, jaspe rouge). Cependant, au-delà d’une somptueuse exhibition documentée, « L’or des pharaons » interroge surtout le statut de ces oeuvres. Puis, elle étudie leur valeur, et plus encore, leur importance sociale et économique.

L’orfèvrerie égyptienne, une valeur symbolique et religieuse

Réservés à une élite, orfèvrerie et bijoux sont portés par hommes et femmes. Ils constituent de significatifs attributs de pouvoir, voire d’extrême distinction. La perception de la vie après la mort étant identique à celle de la vie terrestre, la tradition veut que les égyptiens soient enterrés avec leurs bijoux, qui représentent dès lors des symboles de leur rang social mais aussi des attributs renfermant un fort pouvoir protecteur. Ces trésors pharaoniques ont donc une valeur hautement symbolique. Loin d’être de simples objets de prestige, ils étaient avant tout chargés de vertus directement liées à la conception de l’au-delà dans la culture égyptienne. Les pierres semi-précieuses ornant bon nombre de bijoux renferment également des propriétés magiques précises selon leur couleur.

L’or occupe une place centrale, voire prédominante, dans la civilisation pharaonique. Il est dans l’Égypte ancienne perçu tel « la chair des dieux ». A son caractère divin, s’ajoute une dimension dite magique. Le métal précieux assurait également pouvoir au pharaon dans l’éternité et par conséquent immortalité. En témoigne l’abondance de masques funéraires et parures en or retrouvés dans les caveaux. L’une des pièces phares de l’exposition n’est autre d’ailleurs que le masque hérité de la sépulture du pharaon Psousennès 1er, découverte à Tanis. Ce masque constitue le second masque royal d’or, après celui de Toutankhamon. Les amulettes et autres bijoux de protection constituaient les derniers apparats des momies, venant ainsi compléter l’équipement funéraire.

L’or, une ressource à valeur marchande dans une Égypte « Eldorado »

En Égypte, l’or détient par ailleurs une haute valeur marchande. Il s’échange alors selon son poids et non selon le travail de l’orfèvre. A tel point que, dans une terre qui ne connait pas la monnaie, bijoux et autres joailleries deviennent sujets de toutes les convoitises. L’exposition nous apprend que c’est pour cette raison, que se multiplièrent les pillages de tombeaux, sacrilèges et dévastateurs. Une exceptionnelle documentation sur papyrus relate les nombreux procès, la description des pillages, la quantité d’or arraché et fondu avant d’être réparti entre les complices.

Pourtant, il y a 5000 ans, l’or foisonnait en terre égyptienne, qui regorgeait de gisements. Le mythe d’un Eldorado égyptien remonte à cette période. Les richesses minérales des déserts de la vallée du Nil et l’activité aurifère nubienne laissent toutefois penser que le mythe était réalité. L’établissement de l’empire égyptien octroyait au pharaon la possibilité de contrôler les afflux d’or du territoire, notamment par la levée de lourds tributs destinés aux trésor royal et grands temples. La Basse-Nubie livrait 250 kilos d’or par an au temple de Karnak, sous le règne de Thoutmosis III.

« En Égypte, l’or pur est comme la poussière du chemin…il faut que tu m’envoies la même quantité d’or que ton père » écrivait un prince oriental au pharaon vers 1350 avant JC. Car le métal précieux revêt aussi bien une valeur politique que marchande. C’est ainsi que les souverains des régions conquises avaient pour habitude de déposer au pied du pharaon lingots, grands sacs de poudre d’or, de bijoux ou vases ouvragés, en gage d’allégeance.

L’orfèvrerie égyptienne, un savoir-faire antique 

Troisième millénaire avant JC, l’Égypte savait déjà travailler et sublimer les métaux précieux, l’or en particulier. L’exposition s’attarde sur les étapes, techniques et secrets de fabrication des bijoux égyptiens. Elle va même plus loin, elle documente toute l’organisation de la filière de production de ces trésors. L’on en apprend sur les sources d’approvisionnement puis vient le circuit de transformation. Ce dernier s’avère être une vraie chaîne humaine, du mineur au Pharaon en passant par les bijoutiers et scribes comptables.

Les pièces présentées permettent aussi de constater l’évolution des techniques à travers la typologie des bijoux, sur 21 dynasties. L’on découvre pareillement comment les relations qu’entretenait l’Égypte avec d’autres régions ont pu influencer les thèmes décoratifs, et le style de l’orfèvrerie égyptienne.

« L’or des pharaons, 2.500 ans d’orfèvrerie dans l’Égypte ancienne » se tient au Grimaldi Forum de Monaco jusqu’au 9 septembre, une exposition exceptionnelle permettant de signer la grandeur d’une des civilisations les plus prestigieuses jamais existées.