À l’occasion d’une longue interview accordée à Nice-Matin, l’ex-directeur de la police judiciaire monégasque, Christophe Haget, a dénoncé un harcèlement judiciaire dont il a été victime et s’est montré déterminé à se battre.  

En 2018, Christophe Haget, 53 ans, s’est retrouvé inculpé pour « trafic d’influence passif, corruption passive, violation du secret de l’instruction et/ou du secret professionnel » aux côtés de plusieurs personnes haut placées du Rocher dans l’affaire opposant le milliardaire et propriétaire de l’AS Monaco Dmitri Rybolovlev au marchand d’art Yves Bouvier.

En janvier 2015, Dmitri Rybolovlev avait accusé Yves Bouvier de l’avoir escroqué en lui revendant avec des marges exorbitantes une collection de tableaux. Yves Bouvier avait contre-attaqué en accusant Dmitri Rybolovlev d’avoir obtenu de l’aide des autorités monégasques.

Ce lundi 1er juin, Christophe Haget, aux côtés de son avocat, Me Florent Ellia, du barreau de Nice, a pris la parole pour la première fois depuis son inculpation. Il s’est exprimé suite au rejet jeudi dernier de la demande de nullité d’inculpation par la chambre du conseil monégasque et avant la prise de parole d’Édouard Levrault, l’ex-juge d’instruction qui a inculpé une bonne partie de la haute administration monégasque et dont le témoignage sera diffusé sur France 3 le 10 juin.

« La police a bien fait son travail » 

Dans cette interview forte et franche Christophe Haget et son avocat expliquent que « la police a bien fait son travail dans ce dossier, nous avons respecté le droit et la déontologie. Jamais personne ne pourra prouver le contraire. » Concernant les accusations de trafic d’influence qui ont été lancées par la défense d’Yves Bouvier, c’est « une stratégie de défense qui n’a pour but que d’enfumer le dossier initial de plainte [contre Yves Bouvier]. »

Un « maelstrom judiciaire et médiatique »

Selon Chrisrophe Haget et son avocat, il s’agit d’un « maelstrom judiciaire et médiatique ». Ils disent que « cette stratégie n’aurait jamais été rendue possible si le secret de l’instruction avait été préservé et respecté. On est dans la livraison systématique de presque tous les éléments d’instruction. Il suffisait que j’ouvre les journaux pour lire les rapports, les auditions, les SMS. Dans la presse, nous étions dans le cabinet de M. Levrault. Deux ans de charges médiatiques ! » Ainsi Christophe Haget et son avocat Me Ellia ont mis en évidence leur plainte du 30 août 2017 pour violation du secret de l’instruction, toujours en cours.

Un sentiment d’inimitié

Le juge Levrault aurait fait preuve de l’animosité vis-à-vis Christophe Haget qui retrouve l’origine de ce harcèlement dans le dossier Carpinelli [l’affaire d’un ancien commissaire de police qui aurait favorisé la délivrance de titres de résidence fictifs moyennant une rémunération – NDLR] dans lequelle il avait osé « lui [Édouard Levrault] donner mon avis, en contradiction avec ce qu’il disait. » Selon l’ex-directeur de la police, le juge Levrault considérait comme « déloyal » tout désaccord avec sa vision.

« Un régime de la terreur »

Les techniques du juge Levrault auraient relevé de la terreur. La police devait faire face à « un régime de la terreur » que le juge Levrault a fait régner. « L’ambiance qui existait au palais de justice, quand le juge était en poste, était terrible… C’est la technique de l’entonnoir, de l’enquête psychologique. Vous cherchez non pas à confronter des individus à des faits mais à demander aux individus ce qu’ils pensent des autres. »

« Ça suffit ! »

« Ça suffit ! » – a lancé Christophe Haget. « J’en ai assez d’être insulté sur les réseaux sociaux, harcelé dans la presse. Me Ellia a défendu son client concernant les reproches qu’il aurait bénéficié de places en tribune d’honneur au stade Louis-II : « Dans ses fonctions, mon client rentrait au Louis-II avec ses badges, quand il coordonnait des actions de sécurité. Il ne rentrait jamais au Louis-II dans la tribune VIP. » Me Ellia a également remarqué la pratique de déversement d’invitations auprès de l’intégralité des administrations monégasque « existait depuis longtemps avant le président actuel de l’ASM [Dmitri Rybolovlev]. »

« Je n’ai aucune crainte »

L’ex-directeur de la police a exprimé son mécontentement des attaques contre la police, « une institution respectable, qu’elle soit monégasque ou française », et a défendu la Principauté : « marre des inepties racontées sur Monaco, sur le « tous pourris ».

Christophe Haget ne compte pas baisser les bras « Devant un tribunal correctionnel je n’ai aucune crainte. Mais que de dégâts humains d’ici là ! ». À l’époque ce séisme judiciaire a entraîné une mobilisation inédite des hommes de la sûreté publique en soutien de leur patron qui aujourd’hui défend son honneur : « Les gens qui me connaissent savent que je suis incapable d’avoir fait ce qu’on me prête. »