À la Roseraie Princesse Grace de Monaco, les fleurs du 8ᵉ Concours international de roses interrogent les sens
Le 8ᵉ Concours international de roses s’est tenu jeudi 30 avril à la Roseraie Princesse Grace. Soixante-dix variétés, seize obtenteurs, huit pays et un jury penché sur des fleurs qui livrent leurs secrets.
Onze heures. Le soleil tombe sur les allées de la Roseraie Princesse Grace, à Fontvieille, où se déroule la huitième édition du Concours international de roses nouvelles, organisé par l’Association des amis de la Roseraie Princesse Grace, présidée par Yves Piaget, en partenariat avec la Direction de l’aménagement urbain. Soixante-dix variétés de rosiers, seize obtenteurs venus de France, d’Allemagne, de Pologne, du Japon, des États-Unis, d’Italie, du Danemark et de Belgique se disputent la Coupe du Parfum, offerte par la Mairie de Monaco, et le Trophée Piaget Rose, offert par la Manufacture Piaget.
Une parfumeuse de Grasse face aux fleurs secrètes
Le long des plates-bandes, le jury s’attarde, observe, fronce les sourcils, inhale, s’approche à nouveau. « La rose, à la différence de la tulipe, doit embaumer et l’édition 2026 manque de parfums, je n’en ai pas trouvé qui se démarquaient. D’autres sont abîmées, les variations climatiques de la saison, le vent, la chaleur, la pluie ont sans doute éprouvé les plants », nous glisse une membre du jury de l’Association des Amis de la Roseraie, qui se définit comme une néophyte.


Quelques mètres plus loin, Chantal Roux, membre du jury et directrice de la parfumerie Galimard à Grasse nous livre sa technique pour capter la fragrance d’une rose. Selon elle, il ne faut surtout pas écraser son nez sur la fleur : « il faut la sentir, puis s’éloigner aussitôt, pour emporter le parfum avec soi. C’est seulement ainsi qu’apparaît la note subtile, celle que la rose ne livre pas tout de suite. Parfois, la fleur est secrète. Elle ne va pas vouloir délivrer son parfum », confie-t-elle, en désignant un rosier tigré dont la corolle reste muette.


La mémoire des parfums
Chantal Roux défend une lecture sensorielles particulière des fleurs. Pour la parfumeuse, une rose qui paraît inodore peut receler une note de tête prometteuse, voire une note de fond terreuse, exploitable par le travail du nez. Tout se joue, finalement, dans la perception. « C’est toujours l’aspect émotionnel qui prend la priorité. Il faut parfois fermer les yeux », rappelle-t-elle, évoquant ces parfums qui s’installent dans la mémoire et resurgissent sans prévenir : la lavande de son grand-père, l’Amsterdamer de son tabac, l’odeur d’une enfance.


Cent points, dix pour le parfum
Derrière la promenade contemplative se cache une grille d’évaluation rigoureuse, héritée de la World Federation of Rose Societies. Les jurés notent chaque variété sur cent points, répartis selon quatre critères : trente points pour l’impression générale (la tenue du végétal, le feuillage, la vigueur, le caractère novateur de la plante), trente points pour la fleur elle-même (floraison, boutons, couleur, floribondité, remontance, tenue dans le vieillissement), trente points encore pour la résistance parasitaire face aux champignons et aux ravageurs. La fragrance, elle, ne pèse que dix points. Une pondération qui peut surprendre, tant le parfum reste, dans l’imaginaire commun, l’attribut premier de la rose. Mais qui rappelle aussi qu’une rose de concours est d’abord un végétal, jugé sur son aspect, sa capacité à durer, à résister, à s’adapter.




A côté d’un parterre de roses centifolia, une silhouette élégante s’arrête longuement devant un rosier portant le numéro 54. Ludmilla, flâneuse passionnée et veuve du sculpteur Kees Verkade confie son choix avec un sourire : « La fleur est une délicatesse. Je me suis prêtée à l’exercice et j’ai choisi la numéro 54. J’observe en plus que le jury s’est pas mal arrêté dessus donc j’imagine que mon intuition n’est pas trop mauvaise ! », note la femme de l’auteur de la statue en bronze de la Princesse Grace inaugurée en 1983 dans cette même roseraie.
Reste, au bout des allées, un appareil photo en bandoulière et le constat qu’à défaut d’embaumer, les roses de la huitième édition se sont laissé volontiers regarder. Marbrures inattendues, dégradés de pétales, jeux d’ombre sur les massifs… À la Roseraie Princesse Grace l’œil a aussi pris le relais du nez.
Photos : Benjamin Godart pour Monaco Tribune
Palmarès du 8ᵉ Concours International de Roses Nouvelles de Monaco
Trophée Piaget Rose — N°64, Simsalabim KORnekcraz, catégorie Couvre-sol. Obtenteur : Kordes Roses (Allemagne).

Coupe du Parfum — N°14, Perugino Oralipar, catégorie Hybride de thé. Obtenteur : R.O.S.E Roses Orard Selection Edition (France).

Coup de Cœur des Amis de la Roseraie Princesse Grace — N°45, Meiconfiz, catégorie Fleurs multiples. Obtenteur : Meilland International, Alain Meilland (France).

Prix du Public : Ouvert au vote en ligne du 1ᵉʳ mai au 15 juin sur le site des Amis de la Roseraie Princesse Grace.







