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Portrait

Iolanda Osvath : « si je peux encourager au moins une jeune fille à étudier la science, ce sera très gratifiant »

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Officiant depuis près de 30 ans au sein du laboratoire de l’environnement marin de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de Monaco, Iolanda Osvath a reçu le Prix Monte-Carlo Femme de l’Année en mai dernier.

Quand elle regarde en arrière, Iolanda Osvath peine à réaliser que son aventure monégasque a commencé il y a bientôt trois décennies. Pourtant, arrivée en 1992 comme scientifique au sein de l’AIEA à Monaco, elle dirige aujourd’hui une section de 14 personnes, en occupant le poste de chef de service de radiométrie dans le laboratoire de l’environnement marin.

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Derrière cette terminologie complexe, se cache un parcours pour le moins riche. Née en Roumanie, Iolanda a toujours su qu’elle deviendrait une scientifique. « Je n’ai jamais eu de doutes : depuis l’enfance, je voulais comprendre comment notre univers était apparu, comment il fonctionnait. C’est la curiosité scientifique qui m’a poussée. Au début, je voulais étudier le ciel, l’astronomie », nous raconte-t-elle.

Monaco nous soutient beaucoup dans la science et l’exploration des océans

De l’accident de Tchernobyl à Monaco

Après des études de physique nucléaire et de physique de la Terre à Bucarest, Iolanda a l’opportunité de travailler dans un institut de recherche sur la radioactivité environnementale. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986, lui permet de faire ses armes : « C’était l’épreuve du feu, on avait énormément de demandes d’évaluations de l’impact en Roumanie. Les émissions de Tchernobyl sont allées très loin dans l’hémisphère nord au niveau des traces, mais la Roumanie étant juste à côté, c’était très intéressant à étudier. Alors, même si je voulais à la base m’orienter vers l’astrophysique, j’ai changé d’avis. Si Tchernobyl n’e s’était pas produit, je ne serais pas ici en ce moment. »

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Cette expérience est un véritable tremplin : Iolanda poursuit un doctorat en physique nucléaire, s’intéresse de près aux conséquences de la radioactivité sur l’environnement et publie des articles scientifiques. Elle est ainsi tout naturellement invitée à participer à un projet de la Fondation Cousteau, qui s’intéresse à l’environnement du Danube, du Delta du Danube et de la Mer Noire. En 1992, elle postule pour devenir chercheur scientifique à l’AIEA. « A ma grande surprise, j’ai été prise, confie-t-elle. Je ne comptais pas rester au début, je voulais revenir en Roumanie. Mais finalement, ici, j’ai pu travailler sur des projets vraiment passionnants scientifiquement sur tous les océans du monde, avec des problématiques très diverses. De plus, travailler pour la cause des Nations Unies, mettre la science au service de la paix et du développement, était une évidence pour moi. »

Au-delà des opportunités de recherche en elles-mêmes, Iolanda apprécie particulièrement la place que la Principauté a toujours accordé à la science et à l’exploration des océans : « On collabore avec le Centre Scientifique de Monaco, l’Organisation hydrographique internationale, le Musée Océanographique… (…) Monaco nous soutient beaucoup dans la recherche et les actions liées à l’océan et au climat. Sans le soutien de la Principauté, ce laboratoire ne brillerait pas aussi fort dans l’univers mondial de la recherche marine. On est fiers de contribuer à ce rayonnement, mais le soutien indéfectible du Gouvernement et du Prince est crucial pour nous. (…) Même les locaux sont mis gracieusement à disposition par Monaco, et nous avons des installations au top de la technologie qui nous permettent de mener nos recherches. (…) »

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Des installations qui ne se cantonnent pas au Quai Albert Ier, où se trouvent les locaux de l’AIEA. De nombreuses personnes l’ignorent, mais il existe un second laboratoire, sous la Place d’Armes, à douze mètres de profondeur ! Ici, le matériel est à la pointe de la science et l’endroit est à l’abri du bruit de fond généré par les rayonnements cosmiques, qui peut perturber les recherches. Car les éléments qui y sont étudiés permettent de comprendre à grande échelle les conséquences du réchauffement climatique sur l’océan.

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Voilà pourquoi, au sein de l’Agence, « multitâche » est le maître-mot ! Iolanda et son équipe doivent mener des projets très différents, dans des pays divers, pour mener des opérations de recherche, d’échantillonnage et de mesures, aussi bien sur les océans que sur la terre ferme, en laboratoire. Sont également organisés des cours de formation pour des jeunes scientifiques et des réunions de coordination, pour assurer la relève et soutenir la collaboration scientifique. 

Le point fort du Prix Femme de l’Année, c’est de mettre à l’honneur les femmes qui travaillent à Monaco.

Femme de l’Année 2022

Ces longs travaux de recherche tout au long de sa carrière scientifique ont été récompensés. En mai dernier, Iolanda Osvath a reçu le Prix Monte-Carlo Femme de l’Année, aux côtés de deux autres scientifiques : Giovanna Tinetti et Nada Raddoui. A l’occasion des dix ans de ce Prix remis aux femmes qui ont accompli quelque chose de spécial, c’est la recherche scientifique qui a été mise à l’honneur. Iolanda a été récompensée « pour avoir développé des méthodologies innovantes pour les mesures de très faible radioactivité (…) et pour sa contribution à l’établissement d’un laboratoire souterrain unique en Principauté. »

« Quand j’ai vu l’email, j’ai cru que c’était une erreur, raconte-t-elle. C’était vraiment une très grande surprise. (…) C’est un grand honneur pour moi : je travaille ici depuis trente ans et je ne pensais pas que mon travail serait mis en lumière d’une telle manière. Je pense que c’est le point fort de ce Prix : mettre à l’honneur les femmes qui ont une vie professionnelle active à Monaco. C’est extraordinaire : ça encourage les jeunes générations. J’étais contente de voir la science mise en lumière, d’autant que les jeunes filles qui choisissent une carrière scientifique ne sont pas assez nombreuses. (…) Il y a un vrai déséquilibre homme/femme dans certaines branches de la science. »

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De gauche à droite, Iolanda Osvath, Giovanna Tinetti et Nada Raddoui© Femmes de l’Année Prix Monte Carlo – Officiel

Même si au cours de sa carrière, Iolanda n’a jamais ressenti d’attaques sexistes ou de discrimination, elle a vu la place de la femme évoluer depuis son arrivée en 1992. « J’étais la seule femme scientifique sur une équipe de douze professionnels pendant un an. Une deuxième femme est arrivée l’année suivante ; Florence Descroix-Comanducci, une Monégasque, qui est aujourd’hui la directrice du laboratoire. Je crois qu’à cette époque, je ne me rendais pas compte d’une quelconque inégalité, mais avec le recul, je vois à quel point les choses ont évolué. » Et pour cause : dans le laboratoire, la parité est atteinte, même dépassée, avec plus de femmes que d’hommes.

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Iolanda Osvath, en 1993, seule femme au milieu d’une équipe masculine de scientifiques dans la mer de Kara (Arctique) – DR

Iolanda espère d’ailleurs que le Prix qu’elle a reçu aidera à faire naître de futures vocations : « Je vois dans cette distinction un encouragement pour les femmes. (…) J’ai vraiment espoir d’inspirer au moins une jeune fille. Si ce Prix peut encourager ce cheminement scientifique, ce serait très gratifiant. »

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Des jeunes filles qui, comme Iolanda, devront désormais se pencher sur de nouvelles problématiques scientifiques, telles que les conséquences futures du changement climatique : « On sait que des processus subissent l’impact du changement climatique. Donc, que va-t-il se passer quand il y aura beaucoup plus de tempêtes, quand le niveau de la mer va monter, quand les courants vont changer de trajectoire, quand la mer va devenir plus acide ? On ne sait pas encore, et c’est une recherche que nous menons en ce moment avec le groupe de travail GESAMP (Group of Experts on the Scientific Aspects of Marine Environmental Protection). »

Mais homme ou femme, lorsque l’on embrasse une carrière scientifique, « le plus gros défi, c’est l’équilibre entre le travail et la vie personnelle. En tant que scientifique, c’est très difficile de tirer un trait sur la science. Je suis vraiment reconnaissante envers ma famille, et surtout ma fille, qui a été un enfant de laboratoire et qui a passé d’innombrables heures à attendre ici », conclut-elle. Mais Iolanda l’a prouvé : rien n’est impossible, quand on est passionné !

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