Récit

Ces 6 premières oeuvres d’auteurs ont été des coups de coeur à la Médiathèque de Monaco

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Seules les premières oeuvres de fiction sont sélectionnées pour participer à la Bourse de la Découverte. © Monaco Tribune

Chaque année, les équipes de la Médiathèque de Monaco lisent les ouvrages sélectionnés pour participer à la Bourse de la Découverte, organisée par la Fondation Prince Pierre de Monaco au mois d’octobre. Et chaque année, plusieurs ouvrages retiennent l’attention de ces bibliophiles passionnés.

D’abord tous les deux ans, la Bourse de la Découverte a ensuite récompensé chaque année les premières oeuvres de fiction d’auteur(e)s encore inconnu(e)s. Le concours fête d’ailleurs ses 22 ans cette année et, du côté de la Médiathèque de Monaco, on fête les 15 ans de partenariat avec la Fondation. 

Depuis 2008, cette association permet la mise en avant de cette Bourse et de ses petits protégés. « Notre rôle est d’inciter les lecteurs à découvrir les premiers romans sélectionnés », développe la conservatrice adjointe Céline Sabine. La bibliothécaire Ghislaine Rapaire ajoute que ces conseils se font « avant l’été », pour permettre aux curieux de lire le plus possible. Dernière étape : la rencontre entre lecteurs et auteurs au sein de la bibliothèque, la veille de la remise des Prix, en octobre.

« Chaque année, on découvre des pépites », sourit Céline Sabine. Tournons maintenant la page et découvrons-les, nous aussi. 

1. À la ligne

  • À la ligne, Joseph Ponthus – Éditions de La Table Ronde, 2019.

En 2019, Joseph Ponthus publie son premier et unique roman. Difficile, d’ailleurs, de lui trouver un nom précis. À la ligne est une suite de vers libres, qui, à la différence du vers traditionnel, ne respectent ni strophe, ni rime, ni mètre. L’auteur y raconte son quotidien d’ouvrier intérimaire dans les conserveries de poissons et les abattoirs. Le sous-titre de l’ouvrage, Feuillets d’usine, c’est justement une référence à ces notes qu’il prenait chaque soir, en rentrant, et qu’il postait sur Facebook sous ce format particulier des vers libres. Il y racontait les conditions de travail, l’épuisement, les rencontres. À la ligne compile ces morceaux de quotidien, alternant les passages poétiques et ceux plus crus.

« C’est un univers très dur, mais qui nous emporte par son style original », admet Ghislaine Rapaire. Céline Sabine complète en citant un « roman qui rend hommage aux hommes et aux femmes qui travaillent dans l’ombre et qui enchaînent ». À la ligne avait été sélectionné pour la Bourse de la Découverte en 2019. Joseph Ponthus et son ouvrage n’avaient pas été lauréats mais avaient, par ailleurs, reçu un accueil critique excellent et pas moins de cinq Prix français. Au mois de février 2021, l’auteur décède des suites d’un cancer, à l’âge de 42 ans. 

2. La patience des buffles sous la pluie

  • La patience des buffles sous la pluie, David Thomas – Éditions Bernard Pascuito, 2009.

Avec La patience des buffles sous la pluie, David Thomas est lauréat de la Bourse de la Découverte en 2009. À la différence de nombreux de ses concurrents, l’auteur avait été sélectionné pour un recueil de nouvelles. « Il a un don », introduit Céline Sabine, en feuilletant les courtes histoires contenues dans le livre, allant d’un paragraphe à plusieurs pages. « Le don, l’immense talent d’installer en quelques mots une histoire ». Là où les ouvrages de plusieurs centaines de pages prennent le temps d’installer un personnage, une situation ou un environnement, la nouvelle doit capter l’attention du lecteur en quelques phrases, parfois une seule. L’ancien journaliste le fait très bien, à l’image du succès critiques et public qu’a reçu chacun de ses écrits.

Après avoir été finaliste du Goncourt de la nouvelle en 2021 avec Seul entouré de chiens qui mordent, il remportera le Prix en 2023 avec Partout les autres. Dans la préface de La patience des buffles sous la pluie, l’écrivain Jean-Paul Dubois écrivait : « La Patience des buffles sous la pluie fait partie de ces livres à la fois formidablement simples et sobrement raffinés qui nous rendent intelligibles à nous-mêmes. » À découvrir. 

3. La Déesse des petites victoires

  • La Déesse des petites victoires, Yannick Grannec – Éditions Anne Carrière, 2012.

Yannick Grannec est passionnée par les sciences. « Dès son premier roman, c’est quelqu’un qui va prendre le temps d’écrire, qui va aller creuser dans les sources et dans les références », dépeint Céline Sabine. En 2013, l’auteure remporte la Bourse de la Découverte avec La Déesse des petites victoires. Dans ce roman, Yannick Grannec créé une histoire de fiction autour d’un personnage ayant existé, le mathématicien du 20ème siècle Kurt Gödel. Dans les années 80, à l’université de Princeton, une jeune documentaliste doit récupérer les archives de l’homme mort quelques années plus tôt. Pour y arriver, elle n’a pas d’autres choix que de négocier avec la veuve du mathématicien. Cette dernière, qui a pour réputation de ne pas accepter facilement ce genre de requête, comprend très bien les intentions de la documentaliste et va imposer ses propres règles. « Voilà, on ne peut pas trop en dévoiler davantage », sourit Céline Sabine.

« Ce n’est pas simplement une histoire. Yannick Grannec va rentrer dans le détails des théorèmes, des recherches mathématiques », poursuit-elle, faisant références à la documentation précise menée par l’auteure, une méthode dont elle se servira pour l’ensemble de ses ouvrages. « On peut lire sans connaître les références, cela ne pose pas de problème », rassure la conservatrice en chef-adjointe. Des romans « foisonnants » que la Médiathèque recommande grandement.

Et cela tombe bien car, à l’occasion de la sortie de son dernier roman, Au dedans, Yannick Grannec sera l’invitée de la Médiathèque de Monaco le mardi 7 novembre ! Une rencontre avec l’auteure à ne pas manquer.

4. Le coeur cousu

  • Le coeur cousu, Carole Martinez – Éditions Gallimard, 2007.

Céline Sabine s’en souvient très bien. « Ça a été un coup de coeur unanime l’époque ». En 2007, Carole Martinez est lauréate du concours avec Le coeur cousu. L’ouvrage sort encore régulièrement des rayons de la médiathèque, si bien que c’est le volume personnel de la conservatrice en chef-adjointe qui se présente à nous. « C’est l’histoire de Soledad qui raconte la vie de sa mère, Frasquita Carrasco, une couturière dotée du pouvoir de donner la vie à ce qu’elle coud ». L’auteure va y parler de l’exil de cette famille, de l’Espagne jusqu’à l’Afrique du Nord, et d’une lignée de femmes qui vont se transmettre ces pouvoirs. 

Carole Martinez conte une histoire faite de personnages simples, dans une époque totalement plausible auxquels s’ajoute une touche de magie. Pour Céline Sabine, cette écriture renvoie d’ailleurs au « réalisme magique de certains auteurs sud-américains et, plus récemment, caribéens ». « C’est un livre qui va mettre en avant l’importante de la tradition orale, des contes et de la mémoire qui va se transmettre dans les familles, et notamment par les femmes », ajoute-t-elle avant de conclure que c’est « un univers dans lequel on se plonge avec délectation ». 

5. Rhésus

  • Rhésus, Méléna Marienski – Éditions P.O.L, 2006.

Un singe est entré dans une maison de retraite. Un postulat pour un roman où l’on imagine aisément le caractère comique de la tentative de capture d’un animal agile par les forces de police, dans un environnement original. Mais voilà, les pensionnaires se sont attachés à l’animal et l’ouvrage se développe autour d’un axe plus profond. « Ça met en lumière les vieilles personnes qui se rebiffent et qui intègrent à nouveau le devant de la scène, ce qui n’est pas commun dans les livres où les personnes âgées sous souvent mises de côté », témoigne Ghislaine Rapaire. Pour la bibliophile, la mise en avant de ces pensionnaires dans un établissement médico-social permet de prouver « qu’ils existent encore » grâce à une histoire qu’elle n’hésite pas à qualifier de « jubilatoire », « légère », « bien écrite » et « très drôle ». Sa sélection au sein de la Bourse de la Découverte remonte à 2007. 

6. Rapatriés

  • Rapatriés, Néhémy Pierre-Dahomey – Éditions Seuil, 2017.

Belliqueuse Louissaint, une jeune haïtienne, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Le bateau fait naufrage. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’état aux clandestins infortunés. L’endroit est baptisé Rapatriés. En parallèle, un choix déchirant s’impose à elle : faire adopter ses deux filles.

« C’est un livre qui a une force particulière grâce à l’écriture assez directe, presque parlée, avec un style vraiment fleuri », décrit Ghislaine Rapaire, nous expliquant ensuite la particularité de ce style d’écriture utilisé par l’auteur haïtien Néhémy Pierre-Dahomey : « Ça vous emporte, ce sont des mots qui sont joyeux, qui ont une force de vie. Ce sont aussi des mots que nous n’utilisons presque plus, les auteurs ont des références concrètes et approfondissent la langue ». Le résultat de cette écriture « propre à la littérature haïtienne », c’est un roman qui n’est pas « plombant » malgré les nombreuses déconvenues et difficultés de l’héroïne, et où il arrive même de rire, bien qu’il soit très émouvant. Rapatriés a été sélectionné par la Bourse de la Découverte en 2017. 

Quelques recommandations diverses

  • En l’absence des hommes, Philippe Besson – Éditions Julliard, 2001.
  • Ru, Kim Thúy – Éditions Liana Levi, 2010.
  • Les merveilles du monde, Célia Houdart – Éditions P.O.L, 2007.
  • En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis – Éditions du Seuil, 2014.
  • Les îles, Philippe Lançon – Éditions Jean-Claude Lattès, 2011.
  • Dans le jardin de l’ogre, Leïla Slimani – Éditions Gallimard, 2016.

Le 9 octobre prochain, une rencontre avec les auteurs sélectionnés pour la Bourse de la découverte sera organisée à la Médiathèque de Monaco. Découvrez-les juste ici.