Portrait

De la salle de classe au stade de foot : Norbert Siri, chroniqueur passionné de l’AS Monaco

Norbert Siri a notamment contribué à l'écriture du livre édité pour le centenaire de l'AS Monaco © AS Monaco
Norbert Siri a notamment contribué à l'écriture du livre édité pour le centenaire de l'AS Monaco © AS Monaco

Professeur de lettres classiques devenu gardien de la mémoire Rouge et Blanc, cet érudit monégasque a consacré un demi-siècle à documenter l’histoire de son club de cœur.

Dans son salon, Norbert Siri n’a jamais cessé d’écrire. Depuis cinquante ans, ce professeur de lettres classiques à la retraite consigne méthodiquement chaque match, chaque statistique, chaque soubresaut de l’AS Monaco. « Je suis davantage chroniqueur qu’historien », prévient-il d’emblée, avec cette humilité qui caractérise les véritables passionnés, lorsqu’on évoque son travail sur « Daghe Munegu », l’encyclopédie de l’AS Monaco co-écrite avec son fils Julien. « L’historien s’appuie sur des fondements scientifiques. Moi, je dis ce qui se passe à ma façon, selon mon ressenti. »

Professeur de lettres classiques de formation, ancien chef d’établissement du collège Charles III, Norbert Siri a mené une double vie : l’enseignant rigoureux d’un côté, le supporter acharné de l’autre qui fera plus tard de sa passion un travail d’archiviste. Tout commence dans les années 1970, lorsqu’il intègre le Club des Supporters de Monaco et se met à rédiger des chroniques pour le journal-programme distribué à chaque match à domicile. « J’évoquais les matchs, ce qui s’était passé, les portraits de joueurs. Et j’ai gardé toutes ces chroniques », raconte-t-il.

Norbert Siri en dédicace au salon du livre de Monaco © AS Monaco

L’AS Monaco dans le sang

C’est son fils Julien, diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Paris, qui lui souffle l’idée de transformer ces décennies de chroniques en ouvrage de référence. Lors d’un stage à France Football, le jeune journaliste met la main sur les archives statistiques complètes de Jean-Jacques Vierne, journaliste à L’Équipe, qui les lui a confiées. « Mon fils m’a dit : avec tout ce qu’on a, tu pourrais peut-être faire quelque chose », relate Norbert Siri. La première édition de « Daghe Munegu » paraît en 1998, pour célébrer les cinquante ans de professionnalisme du club.

Car le père possède sa propre mine d’or : des chroniques rédigées pendant des décennies pour le journal-programme des matchs, du temps du président Campora. À ces sources s’ajoutent les consultations à la Bibliothèque Louis Notari et dans les archives de Nice-Matin. « Le tableau Excel a été mon meilleur ami », sourit-il. « Il a fallu rechercher tous les résultats manquants, faire des petites enquêtes, farfouiller dans des archives différentes. »

Norbert Siri et son fils Julien à Gelsenkirchen le 26 mai 2004 lors de la finale de ligue des champions opposant l'AS Monaco à Porto © DR
Norbert Siri et son fils Julien à Gelsenkirchen le 26 mai 2004 lors de la finale de ligue des champions opposant l’AS Monaco à Porto © DR

Un travail minutieux, auquel son fils, admiratif, a pu contribuer : « C’est toujours mon père qui abat le gros du travail, reconnaît Julien Siri. C’est lui qui compile les chiffres au fil des saisons et rédige l’historique de chacune d’entre elles. Moi, je ne viens qu’en complément, comme relecteur avisé, et en mettant ma touche au travers des interviews. »

Transmettre avec rigueur et passion

En filigrane de ce travail titanesque se dessine aussi la complicité entre un père et son fils. Un moment rare de transmission, sans aucune tension, facilité par une relation privilégiée avec le club. En 1975, lorsque le centre de formation ouvre ses portes, Norbert Siri y enseigne le français. Il côtoie alors de jeunes inconnus qui deviendront des vedettes : Jean-Luc Ettori, Claude Puel, Manuel Amoros, Bruno Bellone. « J’ai conservé des liens d’amitié avec eux qui perdurent encore », confie-t-il. Pour Julien, reconverti aujourd’hui en poste à la Coopération internationale monégasque, ces rencontres et cette entreprise familiale ont constitué « un rêve éveillé […] Ce qui m’a marqué, c’est l’amour que tous ces anciens joueurs, entraîneurs et dirigeants portent encore au maillot à la Diagonale. »

© AS Monaco

Depuis, l’ouvrage « Daghe Munegu » s’est imposé comme une référence incontournable, consulté par les journalistes sportifs et les historiens du football. La troisième édition, parue pour le centenaire du club, compte 550 pages mêlant récit historique, témoignages de personnalités et statistiques exhaustives. Preuve que les coeurs du supporter et du professeur battent à l’unisson, lorsqu’on évoque l’oeuvre de sa vie, Norbert Siri commente : « C’est un travail d’amateur à tous les niveaux, mais réalisé avec la rigueur et la passion. » La question de l’objectivité, il la balaie d’un revers de main : « L’histoire de l’AS Monaco est intimement liée à la famille princière. Sans la volonté du Prince Rainier III puis du Prince Albert II, le football professionnel n’existerait peut-être plus à Monaco. »

« Je revendique ma partialité »

À rebours de la neutralité académique, Norbert Siri assume pleinement sa subjectivité. « Je revendique ma partialité », affirme-t-il. « Mon fils et moi pensons que l’AS Monaco n’est pas médiatiquement traitée comme elle le mérite. Quand Monaco bat le Paris Saint-Germain, on ne parle que de la défaite du PSG. Moi, je préfère parler des victoires de l’AS Monaco. »

Interrogé sur son souvenir le plus marquant, le chroniqueur – piqué par la nostalgie – n’hésite pas, : l’épopée européenne de 2003-2004. « Même vingt ans après, quand on s’est replongé dans ce qu’on avait écrit à l’époque, ça nous a marqués. C’est le sommet de l’histoire du club, la confirmation européenne dont avait rêvé le président Campora lorsqu’il a fait venir Arsène Wenger. »

À 74 ans, le chroniqueur n’a pas rangé ses archives. Chaque saison, il continue de compiler les statistiques. « On veut montrer que l’AS Monaco est un grand club, conclut-il, même si on ne lui accorde pas forcément l’intérêt qu’il mérite. » Mission accomplie pour celui qui a érigé la chronique sportive, l’amour filial et l’amour d’un club au rang d’oeuvre patrimoniale.