Emmanuel Khérad lance sa nouvelle émission littéraire sur TVMonaco
Figure incontournable du paysage culturel francophone, l’ancien animateur de « La Librairie francophone » sur France Inter lance « Le Club Francophone » sur TVMonaco dès le 7 janvier. Un nouveau rendez-vous pour celui qui refuse de voir la littérature disparaître des écrans.
Dans le studio de TVMonaco, Emmanuel Khérad semble avoir trouvé un nouveau port d’attache. Après vingt ans passés à défendre la littérature sur les ondes de France Inter, le journaliste culturel s’apprête à investir le petit écran avec une ambition intacte : réconcilier le grand public avec le monde du livre, à l’heure où les émissions littéraires sont en perte de vitesse dans le paysage audiovisuel français.
De la radio à l’image
Le passage de la radio à la télévision n’est pas une nouveauté pour Emmanuel Khérad, qui a déjà adapté son émission pendant six ans sur TV5 Monde. Mais cette fois, l’approche se veut radicalement différente. « Les émissions de plateau ne fonctionnent plus », constate-t-il sans détour. Le Club Francophone mise sur une autre formule : des reportages immersifs de dix-sept minutes où l’on suit un auteur dans un lieu qui lui est cher, la plupart du temps dans le cadre exceptionnel de la Côte d’Azur.

« À la radio, nous avons fait des rencontres incroyables dans des lieux magnifiques, et je me disais que c’était dommage de ne pas pouvoir les montrer », confie Emmanuel Khérad. Cette frustration, mûrie pendant des années, s’est transformée en projet concret avec sa société de Geko production et la direction de TVMonaco, bien avant l’arrêt de La Librairie francophone.
Conscient que les formats traditionnels ne suffisent plus à capter un public dont l’attention se fragmente, le journaliste a conçu son émission comme un dispositif global. Outre la diffusion hebdomadaire, le programme sera décliné en podcast audio et alimentera une chaîne YouTube dédiée. « Si on veut attirer les jeunes vers la lecture, il faut être présent sur le numérique et les réseaux sociaux. Les formats courts permettent d’avoir un aperçu rapide, pour ensuite accompagner vers un format plus long », explique-t-il.
Monaco, point de départ d’un rayonnement international
Le choix de la Principauté comme base de cette aventure télévisuelle n’est pas anodin. Originaire du sud de la France, Emmanuel Khérad accompagne le Prix littéraire Prince Pierre depuis plusieurs années et a réalisé la première interview radio de la Princesse Caroline de Hanovre sur France Inter, un moment qu’il qualifie de « magique ». « Monaco est une terre qui brasse les nationalités et les cultures. C’est exactement à cette image que l’on conçoit le Club Francophone », souligne le journaliste.
L’émission entend inverser la logique habituelle des programmes culturels hexagonaux, trop souvent centrés sur la capitale. « Des numéros sont déjà prévus en Martinique, au Maroc, et bientôt en Belgique et au Québec », complète celui qui assume le positionnement de la francophonie.
Un club de lecture télévisé inédit
L’une des innovations majeures du programme réside dans la création d’un club de lecture, une première à la télévision française. Chaque semaine, un lecteur monégasque, un lycéen et un libraire indépendant partagent leurs découvertes. Emmanuel Khérad a tenu à se démarquer des formules traditionnelles jugés trop éphémères : « Les coups de coeur qui durent une semaine ne m’intéressent pas. Je veux que ce soit des livres incontournables pour les personnes qui nous en parlent. »

La séquence consacrée aux lycéens lui tient particulièrement à cœur. « C’est la première fois dans l’histoire de l’audiovisuel qu’un lycéen dispose d’une séquence dédiée dans une émission culturelle », observe-t-il. Une douzaine de pastilles ont déjà été tournées avec des élèves des lycées Albert-Iᵉʳ, François-d’Assise-Nicolas-Barré et Rainier-III. « Ils parlent d’un livre qui a illuminé leur vie avec une passion et une fraîcheur extraordinaire. On n’a qu’une envie : aller le lire. »
Face à la crise, un engagement sans concession
Derrière le projet se dessine un constat alarmant. Après l’embellie observée pendant la pandémie, le secteur du livre connaît un recul : -1,5 % en valeur et -3 % en volume en 2024 selon le Syndicat national de l’édition en France, avec une perte de 2,6 millions d’acheteurs en un an. D’après le Centre national du livre, 72 librairies françaises ont fermé en 2024, contre 30 à 40 par an avant 2023.
Les coups de coeur qui durent une semaine ne m’intéressent pas
« Les libraires souffrent beaucoup, les éditeurs aussi. Les auteurs n’ont plus d’exposition », déplore Emmanuel Khérad. Les émissions littéraires qui subsistent lui apparaissent « confidentielles » ou en perte d’audience. Les chiffres lui donnent raison : La Grande Librairie, seul magazine littéraire encore diffusé en première partie de soirée sur une chaîne nationale, est passée de 450 000 téléspectateurs en moyenne lors de la saison 2023-2024 à 345 000 pour les premiers numéros de la saison en cours, soit une baisse de près d’un quart en deux ans.
Le journaliste a fait de la défense des libraires indépendants un combat personnel, quitte à s’attirer des inimitiés des géants de la distribution tels qu’Amazon. Sa conviction : ces commerces constituent le dernier rempart de la diversité éditoriale. « Si ces librairies n’existaient pas, certains livres ne seraient tout simplement pas publiés. »
À cette situation de crise s’ajoute l’essor de l’intelligence artificielle, qui cristallise également ses inquiétudes. Emmanuel Khérad met en garde les auteurs tentés d’y recourir, ne serait-ce que pour un chapitre. « La littérature doit demeurer un espace de création pure, issu de l’intelligence humaine ».
Une vague de soutien
L’arrêt brutal de La Librairie francophone a provoqué un déferlement de soutiens — « des centaines de milliers de messages » — que le journaliste passionné n’avait pas anticipé. « C’est là que j’ai pris conscience de cette responsabilité », reconnaît-il. Le Club Francophone est sa réponse à cette communauté de lecteurs. Sa plus belle réussite reste invariablement la même : « Lorsque une personne vient me dire qu’elle a acheté un livre grâce à moi, lâche-t-il. Favoriser la rencontre du public avec une œuvre, c’est tout ce qui compte. »
Rendez-vous le 7 janvier à 20 h 20 sur TVMonaco pour le premier épisode, avec Michel Boujenah chez lui, à Saint-Paul-de-Vence. Jean-Baptiste Andrea sera l’invité de la deuxième émission à Cannes.







