« Le Sentiment de la Nature » à Monaco : une exposition qui fait dialoguer Nicolas Poussin avec l’art contemporain
Le Nouveau Musée National de Monaco (NMNM) inaugure une exposition ambitieuse qui réunit près de quarante artistes autour du lyrisme de la nature, du XVIIᵉ siècle à nos jours. Monaco Tribune vous livre sept anecdotes, racontées par Guillaume de Sardes, son commissaire d’exposition.
Du 13 février au 25 mai 2026, la Villa Paloma accueille une exposition pensée comme une expérience à la fois sensible et historique. Sous le commissariat de l’historien de l’art Guillaume de Sardes, cinq tableaux de Nicolas Poussin entrent en résonance avec des œuvres contemporaines (sculptures, installations, photographies, vidéos, dessins et peintures) à travers six sections thématiques : orages et nuits, forêts et jardins, marines et chutes d’eau, déserts et volcans, monts et montagnes, fleurs et papillons. « C’est une exposition qui mélange les genres, les disciplines, les époques. Une façon de mettre l’art en perspective », résume Björn Dahlström, directeur général du NMNM. Pour Guillaume de Sardes, l’intuition fondatrice est limpide : « Selon Pierre Rosenberg, Poussin est le premier peintre à s’intéresser non plus au paysage, mais à la nature en tant que telle. » Visite guidée.
Sept anecdotes sur les œuvres et leurs artistes
1. L’Orage de Poussin, restauré et révélé comme jamais

Point de départ de toute l’exposition, L’Orage (1651), prêté par le musée de Rouen, a bénéficié d’une restauration cofinancée à parts égales par les musées de Rouen et de Monaco. Le résultat est saisissant. « De nombreux tableaux de Poussin ont perdu de leur éclat, avec des effets de transparence non désirés. Vous découvrez ce chef-d’œuvre de Poussin restauré, lumineux et coloré, comme il n’a encore jamais été vu », confie Guillaume de Sardes. Dans ce tableau, la nature déchaînée réduit les hommes à de « pauvres choses effrayées qui subissent le déchaînement de la nature », une rupture majeure dans la peinture du XVIIᵉ siècle.
2. Gaspard Dughet, l’élève qu’on appelait « Gaspard Poussin »

L’exposition présente également des œuvres de Gaspard Dughet, élève et beau-frère de Poussin, qui vécut sous son toit « que l’on appelait à l’époque à tort Gaspard Poussin ». Grand amateur de chasse et de forêt, c’est lui qui poussait son maître vieillissant à quitter l’atelier. « Il le prenait par le bras pour l’emmener se promener », raconte le commissaire. Si ses paysages peints baignent dans une lumière « totalement poussinesque », Guillaume de Sardes estime qu’elle n’atteint pas le niveau de génie de Nicolas Poussin.
3. La jungle en papier de Thomas Demand, agrandie pour l’occasion

L’artiste allemand Thomas Demand, connu pour ses reconstructions de lieux réels entièrement en papier, est présent avec une jungle monumentale. Pour l’exposition monégasque, « la photo de la maquette en papier a été agrandie au double de sa taille originale sous forme de papier peint, afin d’accentuer l’impression d’immersion », confie le commissaire à propos de la construction du parcours.
4. Orion aveugle, filmé en Super 8 par Anne-Laure Sacriste

Faute de pouvoir obtenir le prêt d’Orion aveugle cherchant le soleil, tableau que Guillaume de Sardes décrit comme son préféré, l’exposition présente le travail de l’artiste Anne-Laure Sacriste, qui a filmé l’œuvre au Metropolitan Museum de New-York à la caméra Super 8. « Il y a tout un jeu intellectuel entre le manque de netteté du Super 8 et le tableau lui-même, puisqu’Orion est un géant rendu aveugle par un dieu », s’amuse le commissaire. Poussin signifie cette cécité en peignant un nuage devant les yeux du géant, un procédé poétique qui fascinait notamment les surréalistes.
5. Walter Robinson et l’Amérique au troisième degré

Dans ce parcours, le peintre américain Walter Robinson incarne une touche d’ironie grâce à son oeuvre Hawaï représentant des baigneuses dans le tumulte des vagues. « Une opposition franche avec le calme et le recueillement des eaux représentées par Poussin, explique Guillaume de Sardes. Tout au long de sa carrière, cet artiste a travaillé sur l’iconographie mythique des États-Unis en jouant avec le kitsch — couvertures de romans policiers, imagerie érotisante des années 1950-60. »
6. Christo, le duo d’artistes qui autofinancent leurs œuvres monumentales

Les installations éphémères de Christo et Jeanne-Claude, qui s’approprient le paysage le temps d’un instant, trouvent naturellement leur place dans cette célébration de la nature. Guillaume de Sardes insiste sur la singularité de cette démarche : « À la différence de beaucoup d’artistes, Christo produit tout lui-même. Il ne va jamais chercher d’argent auprès de musées ou de privés. Il fait des dessins préparatoires, et une fois qu’il a réussi à amasser assez d’argent, il paie lui-même l’installation, le montage et le démontage. » Le commissaire y voit une « élégance » rare dans le monde de l’art contemporain.
7. Hannibal franchissant les Alpes, un Poussin redécouvert pour Monaco

Dernière pièce maîtresse : Hannibal franchissant les Alpes, un tableau de Poussin redécouvert récemment par l’historien de l’art Pierre Rosenberg et acquis par le Palais Princier de Monaco. L’œuvre est dominée par un éléphant monumental et s’inscrit dans un subtil jeu de correspondances formelles : « Le dos de l’éléphant rappelle la pierre de la photo de Sarah Moon, qui elle-même a inspiré la tapisserie de Suzanne Husky, etc », détaille le commissaire en faisant le tour de la pièce. Une illustration parfaite de la manière dont l’exposition tisse ses liens entre les œuvres et les époques.
« Le Sentiment de la Nature. L’art contemporain au miroir de Poussin », du 13 février au 25 mai 2026, Villa Paloma, 56 boulevard du Jardin Exotique à Monaco.









