Pourquoi vouloir aller mieux nous empêche parfois d’aller bien
À force de vouloir aller mieux, nous finissons parfois par nous épuiser… Dans cette tribune, la coach en transitions Laurence Shukor propose une réflexion sur les paradoxes du développement personnel et sur notre rapport contemporain au bien-être.
Quand le mieux devient une injonction silencieuse
« Aller mieux » : l’expression semble évidente, presque universelle. Qui ne voudrait pas aller mieux ? Et pourtant, cette aspiration s’est progressivement transformée en une norme implicite. Il ne s’agit plus seulement de traverser les difficultés, mais de les dépasser rapidement, de les comprendre, d’en tirer quelque chose de positif.
Mieux gérer ses émotions. Mieux s’organiser. Mieux se connaître. Mieux vivre. À force, le bien-être devient un objectif à atteindre, une performance intérieure à maintenir. Comme le rappelle le philosophe Alain de Botton : « Nous ne sommes pas tenus d’être heureux en permanence ». Cette phrase simple agit comme un rappel salutaire : le mieux-être n’est pas un état continu, ni une obligation morale.
Le paradoxe du développement personnel contemporain
Le développement personnel promet plus de conscience, plus de liberté, plus d’alignement. Mais lorsqu’il est abordé comme une injonction, il produit souvent l’effet inverse. À force de vouloir s’améliorer, on se surveille, on s’évalue, on s’analyse.
Suis-je assez serein ? Assez aligné ? Assez épanoui ?
Cette hyper-vigilance intérieure installe une pression discrète mais constante. On ne ressent plus, on observe. On ne traverse plus, on mesure. Et à vouloir aller mieux trop vite, on finit parfois par ne plus s’autoriser à ne pas aller bien.
Quand vouloir aller mieux devient épuisant
Ce qui fatigue n’est pas le désir de changement en soi, mais son accumulation. Accumulation de méthodes, de pratiques, de lectures, de conseils censés nous guider vers une version améliorée de nous-mêmes.
À chaque inconfort correspond une solution.
À chaque difficulté, un outil.
À chaque baisse d’énergie, une nouvelle injonction.
Lorsque cela ne fonctionne pas, un sentiment d’échec s’ajoute à la difficulté initiale. Non seulement on ne va pas bien, mais on a l’impression de ne pas savoir « bien faire » le travail sur soi. Le développement personnel, censé alléger, devient alors une charge supplémentaire.
Aller mieux n’est pas aller bien
Il existe une confusion fréquente entre l’amélioration et l’équilibre. Aller mieux suppose une progression constante. Aller bien, lui, accepte les fluctuations.
Aller bien, ce n’est pas être positif en permanence. Ce n’est pas être transformé à chaque étape de sa vie. C’est pouvoir traverser des zones neutres, des moments de doute ou de fatigue sans chercher immédiatement à les corriger. Le bien-être n’est ni linéaire ni mesurable. Il est vivant, changeant, profondément humain.
Ce que le coaching de transitions propose autrement
Le coaching de transitions ne vise pas à produire un mieux idéalisé, mais à accompagner vers ce qui est juste. Le juste rythme. Le juste niveau d’exigence. La juste écoute de ce qui se joue dans l’instant.
Moins de volonté de maîtrise.
Moins de performance intérieure.
Plus de discernement et d’ajustement.
Changer ne signifie pas s’optimiser. Cela signifie souvent s’accorder.
Et si aller bien commençait par relâcher la pression ?
Peut-être que le véritable mieux-être commence lorsque l’on cesse de vouloir aller mieux à tout prix. Lorsque l’on accepte que certaines périodes ne demandent pas d’être transformées, mais simplement traversées. Aller bien, ce n’est pas répondre à toutes les injonctions du bien-être moderne. C’est retrouver une relation plus douce, plus honnête et plus réaliste avec soi-même. Et parfois, le plus grand progrès consiste simplement à s’autoriser à être là, sans chercher immédiatement à devenir autre chose.
Laurence Shukor, est une coach certifiée, spécialisée sur les problématiques de transitions personnelles et professionnelles.







