Du jet ski aux bateaux de l’E1 : le champion Cyrille Lemoine rejoint la Team Monaco
À 48 ans, le Français aux douze titres mondiaux de motomarine entame une nouvelle carrière dans le championnat de bateaux électriques. Pilote de réserve pour la Team Monaco, il observe ce week-end depuis Djeddah les premières glisses d’une aventure qu’il espère transformer en troisième acte sportif.
Cyrille Lemoine aurait pu se contenter de regarder les RaceBirds fendre les eaux de la mer Rouge depuis les tribunes. Après tout, douze titres mondiaux en jet ski suffiraient à remplir une vie de compétiteur. Mais le Français quarantenaire n’est pas venu en spectateur à Djeddah ce 23 janvier. Fraîchement intégré depuis deux semaines à la toute nouvelle Team Monaco – qui dispute sa première course dans le championnat d’E1 – il occupe le poste de pilote de réserve aux côtés de la pilote de rallye Cristine Giampaoli Zonca – dit Christine GZ – , derrière les titulaires Maxime Nocher et Oban Duncan.
« Si j’avais dû choisir une équipe, c’aurait été Monaco. Pour les valeurs, le prestige. Monaco, pour moi, c’est le Graal », confie-t-il. Le Prince Albert II, attendu ce week-end sur le circuit saoudien, incarne à ses yeux cette légitimité sportive qu’il recherche pour sa reconversion.
De la moto au jet ski, l’apprentissage de la victoire
Le parcours de Cyrille Lemoine épouse les contours d’une vie consacrée aux sports mécaniques. Première course de moto à neuf ans, niveau national à seize, puis rupture. « J’en avais marre de me blesser. La moto, c’est tellement cassant avec les impacts », explique-t-il. À dix-sept ans, il vend ses deux motos, achète un jet d’origine et se lance dans l’inconnu. Champion de France dès sa première saison, il ne quittera plus les sommets.
Son palmarès force le respect : douze titres mondiaux dans la catégorie reine, l’équivalent de la Formule 1 du jet ski, et près de 550 podiums accumulés en carrière. « Je me suis vraiment habitué à un rythme de courses assez soutenu. Je n’ai plus aucune pression », assure celui qui dégage le flegmatisme.


L’électrique, une évidence physique et philosophique
L’E1 représente l’antithèse de la violence mécanique du jet ski. « Physiquement, je dirais que piloter un RaceBird représente 2 % de l’effort physique que l’on doit produire sur un jet ski », reconnaît Lemoine. Mais que l’on ne s’y trompe pas : si l’effort musculaire diminue, l’exigence mentale explose. « Tout se joue au millimètre. Mentalement, il faut être extrêmement concentré : il y a énormément de paramètres à gérer avec les boutons sur le volant, le trim, la hauteur du moteur. Et maintenir le bateau en l’air sur les foils demande une concentration permanente. »

Pour le Français, la transition vers l’électrique fait aussi écho à une prise de conscience plus large. « On voit que le jet en compétition s’essouffle au fil des années. Les villes n’ont plus envie d’accueillir ce genre d’événements, ça fait beaucoup de bruit, ce sont des moteurs thermiques. Avec l’E1, c’est l’inverse : tout le monde rêve d’avoir une course chez soi. »
Une équipe taillée pour la compétition
La Team Monaco, dévoilée en octobre dernier par le Prince Albert II lors des Sportel Awards, aligne un quatuor aux profils complémentaires. Maxime Nocher, onze fois champion du monde de kitefoil et co-fondateur de l’écurie avec l’entrepreneur Chris Taylor, en est le pilote titulaire masculin et la figure de proue. « Team Monaco est l’endroit où l’innovation rencontre l’élégance sur l’eau, déclarait-il lors de la présentation. C’est plus qu’une inscription à une course : c’est une déclaration de l’engagement de Monaco envers la performance, la durabilité et l’avenir du sport nautique », avait confié Maxime Nocher lors du lancement.
À ses côtés, l’Écossaise Oban Duncan, 19 ans, plus jeune pilote de l’histoire du championnat E1, apporte sa fougue et son expérience acquise la saison passée au sein de la Team Drogba. Native de Balloch, sur les rives du Loch Lomond, elle incarne cette nouvelle génération de pilotes pour qui la mixité et la durabilité sont des évidences.
Djeddah, premier acte d’une saison historique
En coulisses ce week-end depuis le paddock, Cyrille Lemoine conseille, observe et encourage ses coéquipiers qui disputent les qualifications et les courses. TVMonaco, qui a acquis les droits de diffusion de l’intégralité du championnat en France et à Monaco, retransmet l’événement commenté par Benjamin Lamy et l’ancienne pilote monégasque Lisa Caussin Battaglia.

La saison 2026, la plus ambitieuse de l’histoire de l’E1 avec dix équipes et huit courses sur quatre continents, verra défiler des propriétaires prestigieux : Tom Brady, LeBron James, Rafael Nadal, Will Smith. La Team Monaco, elle, porte les couleurs d’une nation entière sous le numéro 98, code téléphonique de la Principauté.
Pour Cyrille Lemoine, l’heure est à l’observation minutieuse : « Je soutiendrai à fond Maxime et Oban tout le week-end. Ça me permettra aussi de jauger l’état de forme de nos concurrents », confie-t-il. Mais le compétiteur qui sommeille n’attend qu’une chose : « J’espère vraiment pouvoir disputer de vraies courses d’ici la fin de la saison. » Rendez-vous pour la phase finale de la première course ce samedi 24 janvier à Djeddah, où Monaco s’élancera en huitième position. Puis fin avril au lac de Côme (les 24 et 25 avril) et à Dubrovnik (les 13 et 14 juin) avant de rejoindre Monaco les 17 et 18 juillet sur les eaux de Port Hercule. Là où tout pourrait basculer pour celui qui, à 48 ans, refuse toujours de se satisfaire des deuxièmes places.









