Joséphine Baker, une femme au destin lié à Monaco
Chanteuse, danseuse, résistante, militante des droits civiques, Joséphine Baker fut l’une des femmes les plus extraordinaires du XXe siècle. Son histoire avec Monaco est indissociable de sa vie, de son amitié avec la Princesse Grace jusqu’à sa sépulture au cimetière de la Principauté.
En mars, mois de la Journée internationale des droits des femmes, Monaco Tribune se penche sur ces figures féminines qui ont marqué l’histoire. Joséphine Baker en est l’une des plus singulières. Née le 3 juin 1906 à Saint-Louis, dans le Missouri, Freda Josephine McDonald grandit dans la misère et la ségrégation raciale. Adolescente, elle quitte les États-Unis pour Paris, où tout va basculer.
En septembre 1925, âgée de 19 ans à peine, elle monte sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées pour la Revue Nègre et provoque une véritable révolution artistique. Sa liberté de mouvement, son charisme incandescent et sa fameuse ceinture de bananes font d’elle en quelques semaines la première star noire de France. Paris la consacre, elle adopte la France.

Naturalisée française en 1937, Joséphine Baker s’engage dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale, transmettant des informations aux Alliés au péril de sa vie. Elle recevra la médaille de la résistance et la Légion d’honneur. À Roquebrune-Cap-Martin, au château des Milandes en Dordogne, elle réalise son rêve utopique : adopter douze enfants issus de différents pays et cultures, sa fameuse « tribu arc-en-ciel ». Mais le poids financier de cette famille universelle la mène à la ruine.
Une amitié indéfectible
C’est au cœur de cette tempête personnelle que la Principauté et la Princesse Grace entrent dans la vie de Joséphine Baker. Les deux femmes partagent une admiration mutuelle et nouent une amitié sincère, profonde, qui dépasse les strass et les paillettes.

Les racines de cette amitié plongent en réalité bien avant l’installation de Joséphine Baker sur la Côte d’Azur. En octobre 1951, Grace Kelly, alors simple actrice, avant son mariage avec le Prince Rainier III, est témoin d’une scène révoltante dans un restaurant new-yorkais, le Stork Club. L’établissement autorise Joséphine Baker à entrer, mais refuse de la servir en raison de sa couleur de peau.
Loin de se soumettre, Joséphine Baker appelle son avocat ainsi que les services de justice. Après plus d’une heure de bras de fer, le directeur finit par obtempérer, mais Joséphine Baker refuse le plat et annonce qu’elle n’entend pas en rester là. L’incident, largement relayé par la presse, déclenche une série de manifestations devant le restaurant. La Princesse Grace n’oubliera jamais ce courage.

Lorsque Joséphine Baker est expulsée du château des Milandes en 1969, sans toit ni ressources, la Princesse Grace intervient personnellement pour lui offrir une villa à Roquebrune-Cap-Martin, à quelques encablures de la frontière monégasque. Un geste décisif qui permet à l’artiste de reconstruire sa vie.
Joséphine Baker se produit régulièrement sur les scènes de la Principauté dans ses dernières années, entourée de l’affection du public et de la famille Grimaldi. En avril 1975, sa revue célébrant ses 50 ans de carrière est présentée triomphalement à Paris. La Princesse Grace est dans la salle. Le 10 avril 1975, après la troisième représentation, Joséphine Baker est hospitalisée d’urgence. La Princesse Grace restera à son chevet jusqu’à son dernier souffle. Le 12 avril 1975, Joséphine Baker s’éteint. Elle est inhumée le 2 octobre 1975 au cimetière marin de Monaco, selon ses dernières volontés.

© Robert Oggero – Archives Monte-Carlo SBM
Monaco honore son héritage
La Principauté n’a jamais cessé de rendre hommage à cette femme d’exception. Le 25 septembre 2021, le Prince Albert II et la Princesse Caroline inaugurent dans le quartier du Larvotto la place Joséphine Baker, au bout de la promenade du Larvotto, aux côtés d’une place dédiée à Anne-Marie Campora et d’une promenade en hommage à la Princesse Louise-Hippolyte, rendant ainsi hommage à trois femmes qui ont marqué l’histoire de la Principauté.

Le 29 novembre 2021, à la veille de l’entrée symbolique de Joséphine Baker au Panthéon français, le Prince Albert II se recueille au cimetière de Monaco, en présence des plus hautes autorités monégasques et de Jeannot Bouillon-Baker. Après un discours évoquant les liens profonds entre l’artiste et la Principauté, les hymnes américain, français et monégasque sont joués par l’Orchestre des Carabiniers du Prince. Conformément au souhait de la famille Baker, sa dépouille reste à Monaco, mais une poignée de terre monégasque rejoint celles de Saint-Louis, Paris et Les Milandes pour entrer au Panthéon.


Cinquante ans après sa disparition, le 12 avril 2025, le Prince Albert II préside une nouvelle cérémonie au cimetière de Monaco, en présence de la soprano Nathalie Nicaud.

L’Opéra de Monte-Carlo commande par ailleurs un spectacle inédit, Bonsoir Monte-Carlo, créé dans le cadre de la Fête nationale monégasque, qui célèbre son répertoire inoubliable.

Figure libre et universelle, résistante et pionnière, Joséphine Baker repose toujours à Monaco. La Principauté, qui lui offrit refuge et amitié, continue d’honorer celle dont le message de fraternité résonne, cinquante ans plus tard, avec une force intacte.









