Le président français, Emmanuel Macron, s’est exprimé, le 10 décembre, pour tenter de répondre à la colère des « gilets jaunes ». Ses annonces spectaculaires ont reçu un accueil mitigé.

Enfin, il a parlé. Après quatre semaines d’agitation sociale marquées par des manifestations d’une violence rarement atteinte, la réaction d’Emmanuel Macron était souhaitée. Et attendue. Après avoir longtemps joué la carte du silence – trop longtemps selon ses opposants – le chef de l’Etat a présenté un panel de mesure pour répondre à la colère protéiforme des « gilets jaunes ». Colère née d’une simple augmentation des taxes sur le carburant.

« Urgence économique et sociale »

Dans une allocution solennelle de 13 minutes suivie par près de 23 millions de téléspectateurs, lundi 10 décembre, le président de la République a ainsi décrété « l’état d’urgence économique et sociale « . Après avoir indiqué qu’il allait « demander au gouvernement et au Parlement de faire le nécessaire pour que l’on vive mieux de son travail dès le début de l’année prochaine », Emmanuel Macron a fait plusieurs annonces concrètes pour le pouvoir d’achat, que le Premier ministre détaillera devant les parlementaires à l’Assemblée nationale.

Parmi les mesures fortes : une augmentation du revenu des travailleurs au smic de 100 euros à partir du 1er janvier, l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000 euros nets par mois et une défiscalisation des heures supplémentaires.

Un acte de contrition inédit

Emmanuel Macron a également confessé une part de responsabilité dans le « malaise démocratique » qui court depuis 40 ans et auquel il n’a pas apporté une réponse « suffisamment rapide et forte ». Par ailleurs, a-t-il ajouté en allusion aux formules polémiques dont il abuse depuis le début du quinquennat, « je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos ». Un exercice de contrition inédit de la part d’un président en exercice, salué par de nombreux hommes politiques et intervenants médiatiques.

Moins par les plus virulents des « gilets jaunes » qui poursuivent leurs occupations de ronds-points aujourd’hui. Mais les plus modérés ne semblent pas plus satisfaits. Ainsi, la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF), qui concentre une partie des critiques, est maintenue. Et le chef de l’Etat n’a rien annoncé de très concret sur les demandes de démocratie directe et de prises en compte des territoires exprimées par les manifestants. Une exigence de consultation de la population qui s’est largement répandue parmi les « gilets jaunes ».

Réactions mesurées côté politique

Côté politique, les réactions sont plus mesurées. Beaucoup ont salué la « mea culpa » présidentiel, qu’ils jugeaient indispensable, et une intervention « apaisante ». D’autres font remarquer que la hausse du Smic promise n’en est pas vraiment une. En effet, le coup de pouce de 100 euros par mois pour ceux touchant le salaire minimum reposera sur une accélération de la hausse de la prime d’activité, revalorisée de 80 euros dès 2019 – elle devait être étalée sur le quinquennat.

Bref, comme on pouvait s’y attendre, le résultat de cette intervention est mitigé. Selon un sondage Odexa paru ce matin, 59% des Français n’ont pas été convaincus par le président. Sur la forme cependant, 58% des sondés l’ont trouvé « clair », 54% « responsable » et 54% jugent qu’il a « pris la mesure de la gravité de la situation ».

L’autre enseignement, c’est qu’à l’heure où se précise une nouvelle journée de manifestation samedi prochain, le soutien aux « gilets jaunes » s’effrite. Désormais, 46% des Français souhaitent un arrêt de la contestation. C’est 12 points de plus que lors du sondage du 22 novembre dernier, alors que la grogne prenait de l’ampleur. Le mouvement rassemblait alors près de 80% d’opinion favorable. Selon un autre sondage, réalisé par OpinionWay, ce soutien se situe aujourd’hui à 66%. Les nouvelles scènes de violences et de dégradations du week-end dernier, pour l’acte IV de la mobilisation, ne plaident pas en faveur de la poursuite d’une contestation qui se concentre de plus en plus sur des aspects politiques et institutionnels.