Certains accès routiers de Côte d’Azur risquent d’être difficilement praticable en voiture ce samedi 17 novembre. Comme partout en France, les « gilets jaunes » vont protester contre la hausse des prix des carburants. Mais ce n’est pas leur seule revendication…

Tout a commencé avec une pétition réclamant une baisse des prix à la pompe, en hausse constante depuis un an, sur le site change.org. Lancée mi-juin par une habitante de Seine-et-Marne, elle obtient d’abord quelques centaines de signatures. Cinq mois plus tard, elle en affiche plus de 800 000. Le compteur a explosé au début du mois d’octobre, au moment où la ministre des Transports, Elisabeth Borne, explique dans les médias que la hausse des prix des carburants va se poursuivre et que le « rattrapage continue entre le diesel et l’essence ». Cette dernière annonce également une augmentation des taxes afin de « tenir compte de la pollution des carburants fossiles ».

Un mouvement né sur les réseaux sociaux

Dès lors, les réseaux sociaux s’emballent. Jacqueline Mouraud, une accordéoniste et hypnothérapeute de 51 ans, publie une vidéo « coup de gueule » sur Facebook le 18 octobre, visionnée plus de 6 millions de fois. Le 21 octobre, Eric Drouet, un chauffeur routier résidant en Seine-et-Marne, lance sur Facebook un appel au « blocage national contre la hausse du carburant ». Le mouvement des « gilets jaunes » est lancé.

Les protestataires sont en effet invités à poser derrière le pare-brise de leur véhicule la chasuble fluorescente portée par les automobilistes en cas d’accident. Ils l’arboreront le 17 novembre en signe de ralliement à la manifestation qui devrait se traduire par des blocages de routes et d’autoroutes partout en France.

Un mouvement qui exprime un « ras-le-bol » général

Parti spontanément sur les réseaux sociaux, le mouvement a reçu depuis le soutien de plusieurs partis d’opposition, du Rassemblement national de Marine Le Pen à la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, en passant par Les Républicains de Laurent Wauquiez. Dans l’opinion, il est plutôt soutenu. Près des deux tiers des Français affirment être en accord avec ses revendications, selon un sondage BVA pour la Tribune, publié le 8 novembre. Les syndicats sont plus mitigés. Ils craignent une récupération politique. Pourtant, la colère, nourrie par l’envolée des prix à la pompe, a peu à peu débordé en un « ras-le-bol » plus global, aux accents de jacquerie anti-fiscale et de rejet des politiques. Un caractère accentué par les déclarations maladroites des uns et des autres. Ainsi de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, évoquant une France « qui fume des clopes et roule au diesel ».

Le mouvement de la « France périphérique »

Ce qui est sûr, c’est que les « gilets jaunes » mobilisent pour l’essentiel les habitants de la « France périphérique ». Cette expression, forgée par le géographe Christophe Guilluy, désigne les zones rurales et périurbaines qui ne bénéficient pas de l’attractivité économique des métropoles.  Une France où l’automobile est à la fois un choix de vie et une contrainte. Une France des fins de mois difficiles, déjà échaudée par la limitation à 80 km/h, et qui s’entend aussi dire que ses vieux diesels doivent être bannis des grandes villes – une interdiction effective à Paris dès 2019.

Pour Alexis Spire, directeur de recherche au CNRS, cité par l’AFP, « la question des carburants est juste un déclencheur ». D’après lui, « il y a aussi une dimension géographique qui joue un rôle important. Les populations éloignées des grands centres urbains ou reléguées en bas de l’échelle sociale ont un sentiment d’injustice fiscale… Certains habitants se sentent délaissés par les pouvoirs publics ».

Un mouvement semblable à celui des « bonnets rouges » ?

La hausse du prix des carburants demeure cependant le cœur de la colère protéiforme exprimée par les « gilets jaunes ». Concrètement, ils protestent contre la suppression de la fiscalité réduite sur le gazole non routier, ou encore contre la hausse de 6,5 centimes pour le diesel et de 2,9 centimes pour l’essence au 1er janvier 2019, alors que les tarifs des carburants sont déjà tirés vers le haut par les cours du pétrole. Mais ils manifestent aussi désormais contre les péages autoroutiers, les contrôles techniques et pour le pouvoir d’achat.

Des revendications « pêle-mêle » qui ne sont pas sans rappeler le mouvement des « bonnets rouges ». Apparu en Bretagne en octobre 2013, ce dernier était né en réaction aux mesures fiscales relatives à la pollution des véhicules de transport de marchandise et au dumping social dans l’agroalimentaire. En 2014, craignant par-dessus tout une « coagulation des mécontentements », le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait suspendu l’application de l’écotaxe. Quatre ans plus tard, celui d’Edouard Philippe n’en est pas encore là. Pour l’heure, il tente de désamorcer la grogne en proposant des « mesures d’accompagnement » de l’augmentation des taxes qu’il entend maintenir. Et promet de sanctions contre ceux qui lanceront des actions de blocage.