Décédée au début de l’année 2019, Jeanne Augier avait préparé sa succession. Mais des complications liées à de multiples convoitises et conflits retardent son exécution.

Telle une reine mère, elle a dirigé plus de soixante ans le célèbre palace niçois, le Negresco. Jeanne Augier est morte à Nice le 7 janvier dernier, à l’âge de 95 ans, laissant derrière elle un immense patrimoine. Un petit empire financier dont la succession connaît quelques ratés.

Veuve et sans enfants, Jeanne Augier a pourtant rédigé un testament sans surprise. Sa volonté était de léguer sa fortune au fonds de dotation Mesnage-Augier Negresco qu’elle avait elle-même créé en 2009 pour gérer son patrimoine. Outre le palace, la vieille dame possédait une villa à Saint-Vallier, des appartements à Paris, des parkings et des possessions immobilières dans Nice.

Deux administrateurs gèrent le patrimoine

Pour l’heure, deux administrateurs sont en place. L’un, Maître Nathalie Thomas, pour gérer l’hôtel. L’autre, Béatrice Dunogué-Gaffié, spécialiste en droit civil, pour le fond de dotation en passe de devenir une fondation. Ces deux femmes sont arrivées en 2014 pour expédier les affaires courantes. Depuis 2013 en effet, Jeanne Augier, atteinte de la maladie d’Alzheimer, était sous tutelle. Ses pertes de mémoire l’empêchaient, notamment, de diriger le palace cinq étoiles. Un palace placé sous administration judiciaire depuis 2013.

Or, en 2017, estimant qu’un hôtel de ce gabarit ne peut être géré par une administratrice judiciaire, le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre, a saisi le tribunal de commerce. Mais face à la fronde des salariés, qui redoutaient une vente déguisée, le dossier a été dépaysé à Marseille. Pour compliquer encore les choses, le Parquet national financier décidait de diligenter une enquête pour s’assurer que le procureur n’aurait pas cherché à favoriser un candidat repreneur… Dans ce cadre, le domicile et le bureau de Jean-Michel ont même été perquisitionnés !

Un hôtel-musée estimé à 400 millions d’euros

Il faut dire que le Negresco vaut une fortune à lui seul. Près de 400 millions d’euros selon une estimation de 2016. Avec sa façade Belle Epoque et sa coupole rose, le dernier palace de l’hexagone à demeurer sous pavillon français est l’un des symboles de la promenade des Anglais. Il abrite 124 chambres et suites. Son mobilier en fait un véritable musée. Grande admiratrice de Versailles, collectionneuse compulsive, Jeanne Augier avait accumulé quelque 6 000 œuvres d’art. Volontiers excentrique, elle faisait porter des « costumes à la française » à ses voituriers et s’était offert un célèbre portrait de Louis XIV, signé Hyacinthe Rigaud, ou encore la Grosse Nana jaune, de Niki de Saint Phalle. Dans les chambres et les salons, les meubles Empire côtoient des fauteuils années 1970 à la coque plastique.

On comprend qu’un tel patrimoine puisse susciter les convoitises. Car, malgré ces soubresauts administratifs et judiciaires, le Negresco fonctionne. On ne peut pas en dire autant du fonds de dotation, perturbé par un problème de gouvernance et de statuts de membres contradictoires.

En attendant, une vente aux enchères est organisée le 27 mai à Paris afin de vendre les bijoux et les robes de l’ex-patronne du Negresco. Quant à ses chiens, le yorkshire-terrier Lili et le shar-pei Lilou, un couple de Niçois fortunés les a adoptés. Mais Nice n’en a pas fini avec la succession « Madame », comme tout le monde l’appelle encore…