Il s’est avancé, le regard noir, comme déçu, presque abattu. Il commençait à s’en douter, forcément, au moment d’arpenter les coursives du Monte-Carlo Country Club presque vides, que le Rolex Monte-Carlo Masters, son tournoi, celui qui l’a vu naître, ne verrait pas le jour cette année.

 

Au milieu des échafaudages et des tribunes, pratiquement toutes montées mais déjà prêtes à être démontées, Lucas Catarina nous a reçu, chez lui, dans sa deuxième maison. « On ne se fait pas la bise, si ? ». Quelques jours avant l’annonce de l’annulation de la 114e édition du Rolex Monte-Carlo Masters, du confinement généralisé en France et du report des Jeux Olympiques de Tokyo à 2021, le premier monégasque de naissance classé à l’ATP (23 ans, 475e joueur mondial) nous a accordé de son temps, lors d’une séance d’entraînement en compagnie de son entraîneur de toujours, Guillaume Couillard. Portrait vidéo.

Je m’appelle Lucas Catarina. Je suis joueur de tennis professionnel depuis 5 ans. Je suis monégasque, j’habite ici, j’ai toujours vécu ici. Je m’entraîne dans ce club, Monte-Carlo Country Club, à la Fédération Monégasque de Tennis depuis mes  10 ans. Je passe la plupart de mes journées à m’entrainer sur ces cours.

Mon père et mon grand-père étaient joueurs de foot. Quand j’étais plus petit, c’était le foot à la maison tout le temps. Depuis tout petit, j’ai toujours rêvé de faire une carrière dans un sport quelque que ce soit.

Vers mes 7-8 ans, j’ai joué un jour au tennis pour essayer. Ça m’a plu, j’ai continué et au final vers mes 13 ans, j’ai dû faire un choix. C’était le choix du coeur. Sans raison, c’était le tennis, j’ai voulu continuer là-dedans, je me débrouillais bien. C’est clairement une passion – le sport en général.

Vers mes 17-18 ans, quand je passais mon bac, j’ai vraiment su que je voulais faire ça et me consacrer aux circuits, voyager tout le temps et en faire vraiment mon métier.

Guillaume Couillard, entraîneur : Ça fait un bail que je l’entraine. Je l’entraine depuis qu’il a 16-17 ans. Il en a 23 aujourd’hui. C’est un bon gamin, c’est un mec qui est très bosseur, qui aime beaucoup s’entrainer, qui est très à l’écoute. C’est un plaisir de l’entrainer.

C’est dur pour tout le monde, dans le sens où l’on voyage beaucoup. C’est un sport qui demande beaucoup de travail, d’effort et de sacrifices. Après sur le plan financier, les 100-150 meilleurs gagnent beaucoup d’argent, plus qu’à un autre niveau. J’ai la chance d’être très soutenu par la Fédération et le Comité Olympique Monégasque aussi, et notamment par d’autres sponsors qui me suivent au quotidien. Sans eux, ça serait different. Mais c’est les sacrifices à faire pour arriver au plus au niveau.

Guillaume Couillard, entraîneur : Il a du Andy Murray dans le caractère, aussi pas toujours très content, pas toujours très satisfait de lui, assez perfectionniste, qui pose beaucoup de questions et qu’aime bien avoir du coup les réponses.

Des monégasques, on n’est pas beaucoup. Je suis toujours très fier d’avoir le drapeau sur les tableaux et faire le maximum, de montrer qu’on est petit, mais on a aussi du sport.

J’ai eu 2 années un peu compliquées, où mon classement s’est stabilisé. Le sport individuel encore plus, je pense, n’est pas toujours facile, les progressions sont des fois un peu ou pas toujours vers le haut. Mais je savais quand même que je progressais malgré tout et je vois que depuis le début de l’année mon travail paie. J’espère que ça va continuer dans cette lignée.

Le rêve c’est d’atteindre les Grands Chelems, d’être dans 200-250 meilleurs joueurs du monde. Il y a des points à travailler, j’en ai encore beaucoup. Je sais que j’ai encore une belle marge de progression. J’espère atteindre mon potentiel. Tout ce qui touche à Monaco de toute manière, c’était toujours très important pour moi. Que ce soit la Coupe Davis, Les Jeux Méditerranéens, Les Jeux des Petits États et évidemment les Jeux Olympiques. C’est un rêve depuis tout petit. Je vais faire le maximum pour y être. En tennis, c’est un peu différent par rapport à d’autres sports. Si ce n’est pas Tokyo, j’espère que ça sera Paris en 2024.

Vidéo : Andrei Vaitovich

Interview : Romain Boisaubert