L’intérieur orné est sans doute parisien, mais l’ambiance reste profondément méditerranéenne. Le restaurant Le Quai des Artistes, situé à l’extrémité de la promenade du Port Hercule, est un acte d’imagination. Tout ici vous pose la même question : à quoi aurait ressemblé Paris si elle avait été construite sur la Côte d’Azur ?

Une jeune femme dîne seule sur une terrasse le long du port de Monaco. Lorsqu’elle se penche un peu sur sa gauche, elle aperçoit de loin la tour ouest du Casino de Monte-Carlo. Si quelqu’un lui demande pourquoi elle est seule sur cette terrasse, elle mentira car sa mission lui demande de rester incognito. Un film d’espionnage ? Non, tout simplement le dernier « J’ai testé pour vous » de Monaco Tribune.

Et qu’est-ce que l’art à avoir avec tout cela ? La clé du mystère se trouve dans le nom du restaurant, qui ne cache pas vraiment son inclination artistique. En effet, la brasserie monégasque accueille régulièrement des expositions. En ce moment, 11 tableaux de l’artiste Natalija Vincic sont à découvrir le long des murs du restaurant. En arrivant, je me rends compte que le déjeuner est sur la terrasse et que je ne pourrai donc pas manger parmi les œuvres d’art. Dommage, mais ce n’est pas la fin du monde. En effet, la vue sur Monaco depuis la terrasse est digne d’une carte postale.

Huîtres, sorbets et fruits de mer à emporter

La carte déjeuner établit un juste équilibre entre pragmatisme et sophistication. Pour 25 euros, vous pouvez choisir entre une entrée et un plat ou un plat et un dessert. Les boissons sont inclues, mais comptez deux euros en plus si vous voulez boire du vin. Cette fois-ci, le choix est entre un steak de jambon au coulis de choux et une truite à la sauce grenobloise sur un lit de brandade de cabillaud. Je choisis la truite. Bien sûr, le menu habituel est également disponible. Au programme, fruits de mer (huîtres, poisson, crabe, coquilles Saint-Jacques, homard…), viandes, ainsi qu’un long choix de desserts. Si vous préférez rester chez vous, le restaurant propose également des plats à emporter, dont « Le Grand royal du quai », une sélection de fruits de mer pour quatre personnes à 310 euros qui comprend, entre autres, 40 huîtres de variétés différentes, un homard entier et un crabe.

Arrivée à table, je m’installe sur la chaise de bistrot et j’admire la Principauté. Bientôt, le serveur vient avec du pain, servi dans un sac de boulangerie, et du beurre. Pour le dessert, j’opte pour un duo de sorbets verveine-abricot. Au choix, il y a aussi une mousse au chocolat et un trio de choux.

Je suis frappée par la rapidité du service. La truite arrive en moins de 5 minutes. La clientèle est variée : il y a bien sûr des repas d’affaires, mais aussi des couples et des groupes d’amis. Les serveurs sont d’une bonne humeur et d’une cordialité qui me frappe et qui me rappellent que nous sommes bien dans une brasserie monégasque, et non parisienne.

De votre grand-mère à Proust

La truite confirme que même si l’influence est parisienne, le restaurant garde ses racines bien dans la mer. Les câpres à la sauce grenobloise sont citronnés et la peau de la truite caramélisée. Sur le site internet, le restaurant explique qu’avec leurs plats du jour, ils ont voulu remonter « le temps jusqu’à l’enfance et nos souvenirs des repas chez nos grand-mères ». En effet, la brandade a le goût rassurant d’un repas en famille, mais la truite et sa peau caramélisée apportent au plat un charme tout à fait monégasque. La cuisine de votre grand-mère, certes, mais la cuisine du dimanche. Raffiné, sans non plus s’en prendre trop la tête.

Et puis il a le sorbet. Je ne sais quoi dire, il est excellent. Le mélange de la texture onctueuse de l’abricot, comme celle d’un sirop, et de la verveine, qui me rappelle presque une granita, est à rêver. C’est le goût d’un été en Provence. Il y a dans ce sorbet quelque chose de presque proustien ; des abricots, et non des madeleines, imbibés dans un thé à la saveur sucrée est florale.

Des tableaux revisitant la mythologie

Après la glace et un café, je paie et me dirige vers la brasserie qui se trouve à une dizaine de mètres de la terrasse. Après tout, c’est pour Natalija Vincic que je suis venue au Quai des Artistes. L’artiste, qui est basée à Nice, expose sa collection « Mystery of Love »  jusqu’au 1er octobre. Ses couleurs sont vives sans être criardes et elle a visiblement un faible pour le bleu et l’or. En particulier, un bleu cobalt qui revient souvent dans les œuvres me marque. La richesse de la nuance me rappelle un tissu de haute couture ou une robe du soir du 19e siècle.

La collection s’inspire du mythe d’Éros et de Psyché. Malgré la vivacité des peintures, l’art de Vincic dégage une certaine sérénité. Ses figures ont quelque chose d’onirique. Mon tableau préféré ? Peut-être inspirée par le poisson que je viens de manger, un tableau d’Éros au milieu de la mer à cheval sur un hippocampe, une corne d’abondance sous le bras.

Natalija Vincic, « Love with the Horn of Treasures »

Je quitte le Quai des Artistes avec le sentiment de satisfaction qui vient après un bon repas. C’est un lieu de joie de vivre, où l’art est vraiment partout, des peintures sur le mur, jusqu’au sorbet dans votre cuillère.

Le Quai des Artistes est ouvert pour le déjeuner de 12h à 14h30 et le soir de 19h30 à 23h. Le bar extérieur est ouvert de 18h à 1h du matin.

Les peintures de Natalija Vincic sont exposées jusqu’au 1er octobre.