Fin octobre, après son arrivée à Monaco au terme de l’Expédition OceanoScientific Contaminants Méditerranée 2020, Monaco Tribune a eu le privilège de rencontrer le navigateur français Yvan Griboval, pour le quatrième volet de sa série consacrée aux héros de la Méditerranée. Portrait d’un solitaire à l’engagement sans faille pour la protection de l’environnement.

Ne le privez surtout pas de sa liberté, au risque de le voir se consumer. « J’ai eu beaucoup de mal à respecter le confinement, souffle-t-il. J’essaye de ne pas être trop dans la réaction, de respecter les interdictions. Mais j’ai ce besoin d’être au contact de la mer, là où je me sens le plus chez moi. » La mer, cette étendue infinie, cet univers plein de mystères, qu’Yvan Griboval (63 ans) a appris chérir depuis sa tendre enfance, en Normandie, sa région natale, où il a trouvé refuge pendant le premier confinement en mars dernier.

Dans les pas d’un père artiste peintre passionné de pêche

« Elle m’a tout de suite tendue les bras, se remémore-t-il, dans une pensée soudaine pour son père défunt, artiste peintre, dernier maître impressionniste de l’école de Rouen. Je marchais à peine qu’il m’amenait avec lui peindre un peu partout. J’étais au contact permanent de la Seine et de la mer, sur les côtes normandes. Mon père était aussi un grand pêcheur en rivière, notamment de truites. Il pêchait même des saumons dans la Seine ! »

Sur terre, nous sommes en permanence en train de tricher, en passant notre temps à jongler entre les contraintes, en jouant des rôles. Celui de père de famille, de chef d’entreprise, de partenaire. On peut le faire avec beaucoup d’honnêteté, mais dans un contexte d’obligation. En mer, nous revenons à l’état sauvage, presque animal, avec beaucoup d’humilité et de respect pour l’environnement qui nous entoure  

Alors, dès l’âge de 10 ans, par passion et mimétisme, le petit Yvan écume les concours de pêches en raflant tous les titres possibles. « Plus grosse daurade, plus grosse morue, plus grande quantité de maquereaux. » De quoi attirer l’œil d’un client de son père, qui lui a offert à 13 ans sa première sortie en mer à bord d’un Requin (voilier de sport à quille).

« Il m’avait également donné un bouquin, en me disant que si je l’apprenais correctement, je pourrais être son équipier la saison d’après. Je ne foutais pas grand-chose à l’école, mais ce livre, je l’ai appris sur le bout des doigts. » L’aventure est lancée. « J’ai commencé la voile et la compétition comme ça. » Pour ne plus jamais la quitter, ou presque.

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Fils unique, « solitaire de fait », le natif de Mont-Saint-Aignan se voit embrasser une vie d’autodidacte, en alliant ses désirs pour la compétition, la voile et le journalisme, toujours dans cette quête absolue de liberté. Les courses s’enchaînent (Twostar, La Rochelle-La Nouvelle Orléans, Transat en Double, Route du Rhum), les victoires (Semaine de La Rochelle, Semaine de Marseille, Course Croisière Edhec) et les publications (L’Équipe, AFP, Voiles & Voiliers, Yachting à Voile/Voile Magazine) aussi.

De la compétition à la préservation de l’environnement

« J’aurais aimé participer au Vendée Globe, mais le train est parti trop tard pour moi, confie celui qui soutient cette année Boris Herrmann, embarqué sur la course en solitaire à bord du Seaexplorer-Yacht Club de Monaco. Il est le premier skipper professionnel à s’être intéressé à ce que je proposais, à savoir équiper les bateaux de course qui font le tour du monde avec du matériel qui peut aider les scientifiques à mieux connaître les océans. »  

Quand je suis revenu de mon tour du monde en solitaire, le 2 juin 2017 au Yacht Club de Monaco, je me suis engagé auprès du Prince à lui consacrer les années qu’ils me restaient pour l’aider dans sa démarche de préservation des océans

Car bien au-delà de la compétition, c’est bien la préservation de l’environnement qui anime Yvan Griboval au quotidien. « Ce n’est pas parce que nous avons des richesses matérielles que nous sommes différents. Si nous perdons ce lien avec la nature, nous perdons beaucoup. Nous avons énormément à apprendre des populations qui vivent en osmose avec la nature. Comme dirait Olivier De Kersauson, il faut savoir s’écarter de quelque chose qui ne nous ressemble pas. »

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Une idée est alors venue germer dans sa tête, lors des interminables journées d’enfermement liées au confinement. « J’ai considéré en début d’année, du fait du Covid et de cette pandémie qui touche la planète, que l’océan devait receler tout ce dont les humains ont besoin pour se soigner et préserver leur santé. C’est bien beau de se gaver de médicaments issus de processus chimiques, mais nous devons avant tout pouvoir trouver par biomimétisme ce que la nature est capable de produire sans avoir recours à des stratagèmes chimiques. »  

Une admiration profonde pour la Principauté et la Famille Princière

En guise de délivrance, Yvan Griboval, entouré d’une équipe de spécialistes à bord du maxi-catamaran Amaala Explorer, a réalisé une expédition en Méditerranée en octobre dernier, afin d’étudier de plus près le corail et ses ressources naturelles exceptionnelles. « Non pas pour piller les réserves coralliennes, mais au contraire copier ce que le corail sait faire pour l’appliquer aux êtres humains, à l’usage du bien-être et de la santé. » Le tout avec le soutien sans faille de la Principauté, port d’attache d’Yvan Griboval depuis 2019. « Quand je suis revenu de mon tour du monde en solitaire (le 2 juin 2017 au Yacht Club de Monaco), je me suis engagé auprès du Prince à lui consacrer les années qu’ils me restaient pour l’aider dans sa démarche de préservation des océans. »

Je me sens davantage chez moi sous les quarantièmes rugissantes ou les cinquantièmes hurlants. Plus les endroits sont hostiles, plus je me sens bien. Je n’ai pas peur, c’est là-bas que je me sens le plus serein. Je n’ai pas cette même sérénité sur la terre ferme.

Un honneur et une immense fierté pour celui qui considère le Prince Albert 1er comme son « guide », « un homme fantastique, comme on en rencontre peu sur cette planète. » Une admiration profonde et un attachement viscéral pour la famille princière que ce père de trois enfants évoque sans détournement. « Quand le Prince Albert II vient me larguer les amarres au début d’une expédition ou qu’il m’attend à l’arrivée sur le quai, nous n’avons pas besoin de nous parler, raconte-t-il. Il sait ce que j’ai vécu. La communication entre nous est établie. Ce n’est pas juste un souverain et un navigateur, mais un échange entre deux hommes. » 

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Une richesse intellectuelle qu’Yvan Griboval retrouve à Monaco. « Je rencontre souvent au Yacht Club des gens avec une immense fortune, mais qui savent avant tout se souvenir d’où ils viennent, évoque celui qui roule toujours avec son vétuste utilitaire Volkswagen Caddy, datant de 2006, qu’il gare au milieu des Lamborghini, Porsche, Ferrari, Rolls-Royce et autre Bentley. J’apprécie rencontrer ces personnes, qui ont conservé cette humilité de savoir que rien n’est jamais gagné et qu’il faut se battre tous les jours pour progresser et arriver là où l’on souhaite aller. Monaco est souvent à l’opposé de l’image renvoyée à l’extérieur. Le vrai Monaco est composé d’hommes et de femmes avec de grandes valeurs. »

*Yvan Griboval a toujours eu dans un coin de sa tête de faire un jour le tour du monde en solitaire. « Ça disparaissait, ça revenait, mais je me disais que de toute façon, je le ferai. »

Yvan Griboval et le Prince Albert II