De l’Hôtel de Paris à l’Opéra, en passant par les Jardins des Boulingrins, découvrez l’œuvre de Marie-Charlotte Blanc, née Hensel.

Si le nom « François Blanc » est bien connu en Principauté, plus rares sont ceux qui ont également entendu parler de son épouse Marie. Et pourtant, c’est à cette femme, née dans une modeste famille allemande, que nous devons aujourd’hui certains établissements iconiques de Monaco.

De l’ex Café Divan, aujourd’hui Café de Paris, à l’Hôtel du même nom et ses caves, Marie Blanc a laissé un fabuleux héritage, en initiant et menant d’une main de maître la décoration de ces lieux de prestige et ce à une époque où sa condition de femme aurait pu être un obstacle.

141 ans après sa mort, c’est à cette créatrice visionnaire que la Société des Bains de Mer a décidé de rendre hommage ce 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes. La SBM a organisé deux causeries, dont une à l’intention des employés du groupe, pour mettre en lumière « celle sans qui la Société des Bains de Mer ne serait sans doute pas là aujourd’hui. »

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Thierry Consigny, directeur de Marketing de la SBM, et Charlotte Luret, responsable du patrimoine, ont animé la causerie – © Monte-Carlo SBM

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De gouvernante à femme d’affaires

C’est en 1833, près de Francfort, que la petite Marie-Charlotte Hensel voit le jour. Fille d’un modeste cordonnier de Hombourg, elle quitte l’école à quinze ans. Bien que rien ne la prédestine à sa grande carrière, sa parfaite maîtrise de la langue française lui permet d’entrer au service d’un certain François Blanc, homme d’affaires et concessionnaire des jeux de Hombourg.

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Marie Blanc – © Archives Monte-Carlo SBM

Employée comme gouvernante pour les deux enfants de la maison, Camille et Charles, la jeune Marie séduit François Blanc par sa vivacité d’esprit et son intelligence. Pendant quatre ans, l’homme d’affaires lui permet de parfaire son éducation dans un pensionnat pour jeunes filles. De 27 ans son aîné, il finit par l’épouser en 1854, deux ans après le décès de sa première femme.

De ce mariage naîtront trois enfants : Marie-Louise, Edmond et Marie-Félix. Mais c’est aussi l’union de deux esprits visionnaires et créatifs : « François Blanc faisait les chiffres et Marie faisait tout ce qu’il y a autour. Elle était là en permanence avec son mari, pour ajouter la touche luxe, la touche qualité de la vie, la touche art de vivre », explique Jean-Luc Biamonti, Président Délégué de la SBM.

Devenue dans un premier temps patronne de la « Société anonyme des fermes réunies du Kurhaus et des sources minérales de Hombourg », Marie Blanc se découvre très vite une passion pour la décoration et aménage ses salons, notamment à Paris, où elle acquiert une très bonne réputation.

Mais en bon homme d’affaires, François Blanc repère une manne potentielle, à presque 1 000 kilomètres de la capitale : Monaco. Pourtant, à l’époque, la Principauté, qui vient de perdre Menton et ses agrumes, est loin d’être attractive. Mais à Hombourg, la loi sur les jeux est en train de changer. François, poussé par Marie, décide de transférer son activité à Monaco.

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Monte-Carlo, 1864 – © Archives Monte-Carlo SBM

Si vous êtes quelque chose, faites-vous voir au Café de Madame Blanc, et vous deviendrez quelqu’un

Le Figaro

La naissance de la SBM

Un pari en apparence risqué, finalement couvert de succès. En mars 1863, le couple Blanc se rend en Principauté et rencontre la Princesse Caroline, ainsi que son fils, le Prince Charles III. Pour Marie, Monaco est un coup de cœur. Le 2 avril de cette même année, François Blanc devient Administrateur et Directeur Général de la Société des Bains de Mer et du Cercle des Etrangers. La société obtient le privilège des jeux pour 50 ans par Ordonnance Souveraine.

Le premier établissement auquel s’attaque le couple Blanc est l’Hôtel de Paris, dont la construction avait déjà débuté mais été restée inachevée. Marie débourse pas moins de 200 000 francs pour l’ameublement : bois d’ébène incrusté de filets d’or et lustres de Venise viennent décorer l’hôtel et 30 000 francs sont également dépensés pour l’argenterie. « C’était invraisemblable ! Le commissaire de gouvernement de l’époque s’en étonne même en disant que pour un hôtel avec des voyageurs de passage, c’est un peu risqué de mettre de l’argenterie », explique Charlotte Lubert, responsable du patrimoine de la SBM.

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Hôtel de Paris, 1866 – © Archives Monte-Carlo SBM

Arrivent ensuite les caves, qui avaient été oubliées et que Marie Blanc finance avec ses fonds personnels. Une autre institution voit rapidement le jour en 1868 : le Café Divan, désormais connu sous le nom de Café de Paris. « Si vous êtes quelque chose, faites-vous voir au Café de Madame Blanc, et vous deviendrez quelqu’un », écrit Le Figaro.

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Café Divan, 1868 – © Archives Monte-Carlo SBM

« Elle n’était pas qu’une simple décoratrice, elle avait aussi ses salons. Elle était constructrice et, surtout, elle était très généreuse et faisait beaucoup de donations », raconte Charlotte Luret. Avec son époux, Marie finance, notamment, la construction du collège des Jésuites, aujourd’hui lycée Albert Ier, et de la Cathédrale de Monaco.

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Collège des Jésuites – © Archives Monte-Carlo SBM

Après le décès de François en 1877, Marie Blanc continue son œuvre. « Depuis très longtemps, elle rêve d’offrir à Monaco une salle de spectacle. Elle fait appel à Charles Garnier, architecte à la mode, qui vient de terminer l’Opéra Garnier à Paris. Marie lui ouvre tous les crédits, il n’y a pas de devis », ajoute Charlotte Luret. L’Opéra de Monte-Carlo voit le jour et Marie choisit une invitée de prestige pour l’inauguration : la très célèbre comédienne Sarah Bernhardt.

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Construction de l’Opéra de Monte-Carlo, 1878 – © Archives Monte-Carlo SBM

Décédée en 1881, Marie Blanc laisse un immense héritage derrière elle. Plus d’un siècle après sa mort, c’est son histoire extraordinaire que la SBM a voulu nous raconter, celle d’une femme créative et ambitieuse qui a vu en Monaco le lieu idéal pour exprimer tout son talent.