Reportage

A Monaco le commerce reprend, mais pas de fièvre acheteuse

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Monaco Tribune

De Fontvieille à la Condamine, nous sommes allés à la rencontre des commerçants plutôt mitigés en ce mois d’octobre.

Sur le papier, les Monégasques auraient retrouvé le goût du shopping. D’après l’IMSEE, au premier semestre 2022, le commerce de détail a augmenté de 115,6 (+13,4%) par rapport à l’année dernière à la même période, grâce aux bijouteries, au commerce automobile et à celui de l’habillement. Sur le terrain, les commerçants sont partagés. Si tous ressentent bien la reprise, certains regrettent la désertification de la Principauté notamment le week-end.

« Dès notre réouverture on a beaucoup travaillé. On a cartonné même », confie Rossella Biundo dans la boutique Maje ouverte en 2018 rue Grimaldi. Entre deux clientes, la responsable du magasin explique ce boom de fréquentation notamment par le fait qu’en France, les commerces étaient encore fermés. « On travaille toujours bien malgré des périodes un peu plus calmes », affirme-t-elle après un été très convaincant durant lequel « Anglais, Allemands, et aussi pas mal de Chinois » étaient au rendez-vous.

Du côté de Fontvieille, Sabrina Zaoui a aussi le sourire. La gérante de la boutique d’habillement Texas située au fond du centre commercial retrouve doucement l’activité d’avant-crise. « On sent cette envie d’acheter pour sortir, prendre l’apéro le soir ou aller dîner. Il y a une certaine joie de la part des clients et nous avons le bonheur de les retrouver avec café, thé et petits chocolats. » La patronne tient aussi à souligner l’importance des bons d’achats distribués par le Gouvernement via l’application Carlo. Pour elle, cette idée « fabuleuse » a permis de maintenir le contact avec la clientèle.

© Monaco Tribune – Au centre, la gérante de Textas Sabrina Zaoui

Les gens ne consomment plus comme avant et privilégient l’épargne pour faire face aux imprévus et à la future hausse du prix de l’électricité.

Une commerçante monégasque

Un avis partagé par une commerçante du quartier de la Condamine qui a souhaité rester anonyme. « On a très bien travaillé après le Covid. Les gens avaient besoin de dépenser, de profiter. Aujourd’hui, avec la crise économique, c’est la classe moyenne qui est affectée, alors que le luxe va très bien. » Elle constate une certaine démoralisation. « Tout le monde ne roule pas sur l’or à Monaco. Avec les prix qui augmentent, les gens ne consomment plus comme avant et privilégient l’épargne pour faire face aux imprévus et à la future hausse du prix de l’électricité. »

« Nous avons eu une bonne fréquentation l’été dernier, mais aujourd’hui c’est plutôt aléatoire. On a connu de meilleures époques, il y a 15 ans, il y avait beaucoup plus de monde. Venez un samedi ou même un vendredi soir après 16 heures, il n’y a personne. Les gens sont habitués à aller dans les centres commerciaux comme Cap 3000 ». Se pose aussi la question des résidences secondaires qui ont été prises d’assaut après la crise sanitaire. « Les résidents partent le week-end », se désole la commerçante qui travaille dans la boutique depuis 30 ans.

Ce qui marche à Monaco, c’est le luxe

Commerçante monégasque anonyme

Une deuxième commerçante qui a souhaité rester anonyme, a une opinion plus tranchée, qui rejoint celle de la première commerçante. « Ce qui marche à Monaco, c’est le luxe. Le groupe LVMH, c’est lui le grand gagnant. Il n’y a qu’à voir les files d’attentes aux portes de Vuitton l’été dernier », affirme-t-elle avec amertume. « Je pense que le Covid a modifié les choses. Les petits commerces vont disparaitre. Ça me donne la chair de poule. » Pour cette vendeuse, il y a aussi l’effet internet qui pénalise les commerces de proximité, alors qu’il n’affecte pas le domaine du luxe qui communément, « ne s’achète pas en ligne ».

En témoignent les 800m2 de boutiques de luxe qui s’apprêtent à voir le jour sur la place du Casino. La SBM a décidé de transformer le célèbre bâtiment du Café de Paris et espère ouvrir en juin 2023.


Ce que dit l’IMSEE

De manière générale en Principauté, les chiffres sont bons. Au premier semestre 2022, la reprise économique post crise sanitaire initiée en 2021 se poursuit. C’est ce que dit l’IMSEE dans son dernier bulletin (septembre 2022) en précisant même que le chiffre d’affaires de la Principauté (hors activités financières et d’assurance) atteint un montant record de 8,7 milliards d’euros.

Il surpasse donc de 1,5 Milliard d’euros (+20,8%) son niveau de l’année précédente à la même période, ainsi et que ceux des années pré-pandémiques. Ce résultat s’explique par le commerce de détail, comme nous l’avons exposé précédemment, par l’hébergement et la restauration, la progression du secteur de la construction et du marché de l’immobilier qui a réalisé son meilleur premier semestre depuis 2006.