David, entrepreneur coiffeur-barbier à Monaco : du CAP en confinement au salon qui ne désemplit pas
Chaque semaine Monaco Tribune part à la rencontre des jeunes entrepreneurs qui façonnent le tissu économique de la région. Dans notre série « Entreprendre sur la Côte d’Azur », David, jeune coiffeur barbier installé depuis fin 2023 dans le salon Art Coiffure, a su se frayer un chemin jusqu’aux cercles les plus fermés de la Principauté.
C’est en 2018, sans formation ni diplôme, que David commence à manier la tondeuse et les ciseaux. Quelques amis se prêtent au jeu, avec des résultats qu’il qualifie lui-même, dans un sourire, de « gentil charcutage ». Mais l’envie est là, tenace. Il achète un premier appareil bon marché, enchaîne les coupes sur son entourage, et confirme une intuition : ce métier pourrait être le sien. En 2019, il intègre un salon de coiffure à Beausoleil, où il se spécialise dans la coupe masculine et le travail de la barbe.
Survient le Covid-19. Confiné comme le reste du pays, David met à profit cette parenthèse forcée pour passer son CAP coiffure à distance, en formation accélérée sur un an. L’exercice est spartiate : pas de stage en salon (tous sont fermés), une perruque envoyée par correspondance pour tout de même s’exercer aux techniques, et aucun formateur pour guider le geste. Malgré cela, c’est une réussite. Diplôme en poche, l’avenir de David joue désormais sur le terrain.


Le domicile comme tremplin vers la Principauté
De 2022 à fin 2023, David se met à son compte, d’abord en France, à Beausoleil, et sillonne la région pour couper à domicile. C’est cette période itinérante qui lui ouvre les portes de Monaco. Un client fortuné, dont il préfère taire le nom, l’introduit dans un cercle très fermé de la Principauté. Le travail bien fait, son grand-sourire et le bouche-à-oreille font le reste. « Ce cercle m’a permis de rencontrer des gens très importants, qui m’ont fait évoluer et m’ont aidé à créer mon entreprise à Monaco », résume sobrement celui qui compte désormais comme clients quelques recrues de l’AS Monaco.
Fin 2023, il s’installe au salon Art Coiffure, géré par Sandrine Vergne, et devient le premier barbier indépendant de Monaco à louer un fauteuil dans un salon. Un modèle inédit qui, dans la Principauté, « n’avait jusqu’alors été pratiqué que par de rares coiffeuses », nous confie la gérante.

Des prix pensés pour une clientèle élargie
À Monaco, David a fait le choix de tarifs accessibles : 28 euros la coupe avec shampoing, 35 euros avec la barbe, 15 euros pour une barbe seule. Une stratégie délibérée dans un environnement où l’on imagine volontiers des prix prohibitifs. « Il n’y a pas que des riches à Monaco, souligne-t-il. Il y a des employés, des jeunes étudiants qui ne peuvent pas se permettre plus de 40 euros pour une coupe. »
Sa clientèle, justement, va du bambin d’un an et demi au septuagénaire du quartier. La diversité des profils lui permet de ne pas se cantonner aux dégradés et aux tapers en vogue chez les plus jeunes, même si la mode actuelle, comme la coupe « Richard Rios » inspirée du footballeur colombien, rythme les demandes. Chaque client se voit accorder trente minutes, parfois ponctuées d’un fond de whisky, d’un café ou d’un peigne à barbe offerts. L’expérience, à Monaco, compte autant que le coup de tondeuse.


Deux semaines d’attente, et un rêve de barbershop
Victime de son succès, David affiche aujourd’hui près de deux semaines d’attente pour un rendez-vous. Une situation qui, il le sait, risque de décourager certains clients. Son organisation actuelle « à domicile le lundi et le mardi, et au salon du mercredi au samedi », ne suffit plus à absorber la demande.
Son ambition est claire : ouvrir son propre barbershop dans la Principauté, embaucher un ou deux collaborateurs, et transmettre son savoir-faire à de jeunes apprentis. L’emplacement ? Il ne sera pas difficile, assure-t-il, pourvu qu’il y ait un parking à proximité. Quant à quitter Monaco, il n’en est pas question. Malgré les lourdeurs administratives, les avantages sociaux de la Principauté, comme la couverture santé, les cotisations retraite et sa clientèle bien établie l’ont convaincu de s’y ancrer durablement.
Dans un secteur où la concurrence entre barbiers de rue et coiffeurs diplômés fait régulièrement débat, David défend une ligne simple : la qualité du geste et l’attention au détail. « Un dégradé, tout le monde sait le faire, reconnaît-il. La différence entre un bon et un très bon coiffeur, c’est dans les détails qu’elle se joue. » Une philosophie d’artisan, portée par un entrepreneur qui n’a pas fini de tracer sa route.











