Le détecteur Rhynchotrack au secours des palmiers azuréens

Le détecteur Rhynchotrack au secours des palmiers azuréens

Pour face aux désastres provoqués par le charançon rouge sur les palmiers de la Côte d’Azur, l’entreprise Biossays développe actuellement un procédé préventif qui commence à faire ses preuves.

Mais qui en veut aux palmiers de la Côte d’Azur ? Si on en trouve dès le XVIIIe siècle dans le paysage hyérois, ce monocotylédone n’est, certes, pas endémique à la région. Mais il n’en est pas moins devenu un emblème du littoral méditerranéen. Et donc, un patrimoine à protéger. Une tâche loin d’être aisée. Depuis une trentaine d’année, il est en effet régulièrement attaqué par des parasites exotiques, qu’il s’agisse du papillon paysandisia archon, appelé aussi « bombyx du palmier », ou, depuis 2006, du charançon rouge, dit aussi ryhnchophorus ferrugineus. Ce dernier inquiète particulièrement les experts. Introduit en 2006 par des cargaisons venues d’Egypte, ce coléoptère originaire du Mexique produit des larves qui dévorent les jeunes feuilles et détruisent la plante – le palmier n’est pas un arbre ! – de l’intérieur en creusant des galeries. Et s’il s’est d’abord attaqué au plus répandu des palmiers, le Phœnix canariensis, d’autres espèces sont aujourd’hui infestées, comme les Washingtonia ou les palmiers coco.

Des communes désarmées

Pour lutter contre cette invasion, différentes techniques ont été élaborées, du traitement chimique à des méthodes plus naturelles, voire à l’abattage pur et simple, comme à Nice où la mairie a commencé à remplacer les Phœnix canariensis pour éviter la propagation.  A dire vrai, les communes sont de plus en plus désarmées face à la multiplication de ces attaques et à la reproduction rapide et incontrôlée du ryhnchophorus ferrugineus. Au point qu’un récent rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), commandé par le ministère de l’Agriculture, a conclu à l’impossibilité de l’éradiquer dans les sept départements où il sévit. Pour l’organisme, « l’objectif réaliste le plus ambitieux serait de stabiliser la population du parasite ».

Un boiter révolutionnaire

Une bonne nouvelle est cependant venue éclaircir l’horizon de ce combat de longue haleine. En effet, l’entreprise azuréenne Bioassays, spécialisée dans la protection biologique des végétaux contre les insectes ravageurs, développe depuis peu un boîtier à capteurs sismiques révolutionnaire. Ce dernier, développé par la firme américaine Agrint, est capable de détecter la présence de prédateurs dès leur arrivée dans le végétal.

Le principe est simple. Concrètement, le détecteur, baptisé Rhynchotrack, est implanté sur le le tronc du végétal grâce à une visse conductrice. A l’intérieur de l’appareil, un détecteur sismique ultrasensible élimine dans un premier temps les vibrations dues à l’environnement pour se focaliser sur le palmier et détecter les mouvements de cisaillement des fibres internes par les larves. Il permet ainsi une identification précoce de leur présence. Les informations sont ensuite transmises en temps réel par Bluetooth, ce qui permet une intervention rapide et efficace. De son côté, la société peut également avoir accès à d’autres données, comme le niveau d’infestation, à savoir la taille et le nombre de parasites.

Qualité de dépistage inégalée

La ville de Mandelieu-la-Naplouse est en pleine phase de test de ce dispositif qu’elle a déployé sur 50 Phœnix Canariensis et Washingtonia. S’il est concluant, la commune envisage de le déployer sur l’ensemble de ses palmiers. Une méthode bien moins coûteuse qu’un traitement à l’aveugle généralisé.

« En plus de pièges de capture à base de phéromones (7 400 insectes ont été prélevés en l’espace de six mois), nous dépensons actuellement des dizaines de milliers d’euros par an pour des traitements préventifs sur l’ensemble des arbres, à l’aveugle », explique Sébastien Leroy, le maire de cette municipalité voisine de Cannes, interrogé dans 20 Minutes. « Ce nouveau système, qui ne coûterait que quelques dizaines d’euros par boîtier, pourrait nous permettre d’identifier les palmiers au tout début de l’infestation quand les larves ne sont pas encore développées et qu’elles peuvent encore être éliminées », ajoute-t-il.

La société propose d’ailleurs plusieurs niveaux d’équipements et de systèmes de relevés selon le nombre de palmiers concernés. Pour s’assurer que le dispositif offrira les meilleurs résultats, le capteur ne pourra être installé que par des professionnels agréés, formés par Bioassays. Une belle promesse, apportant une qualité de dépistage inégalée.