Confiné dans son appartement à Monaco, le pilote antibois s’est longuement exprimé pour Monaco Tribune. L’avenir du sport automobile, sa découverte de la catégorie reine du championnat du monde d’Endurance, son rôle de troisième pilote chez Venturi en Formule E, ses ambitions, Norman Nato (27 ans) a pris le temps de se confier. 

Fin mars, en Floride, Norman Nato devait prendre le départ des 12 Heures de Sebring. Mais la crise sanitaire liée au Covid-19 a eu raison de la légendaire course américaine. Depuis, c’est chez lui, dans son appartement à Monaco, que le pilote antibois guette l’actualité, avec l’espoir de remonter le plus rapidement possible dans un baquet. Pilote officiel au sein de l’écurie suisse Rebellion Racing cette saison aux côtés du Brésilien Bruno Senna et de l’américain Gustavo Menezes, l’ancien pilote de Formule 2 découvre la catégorie reine en Endurance, en parallèle de son rôle de troisième pilote en Formule E au sein de l’écurie Venturi, dont le siège social est basé à Monaco. Une carrière riche, pleine de promesses, pour celui qui a effectué ses premiers tours de piste dans la région grassoise, sur le circuit de la Sarrée. Alors que la Principauté s’approche de la fin du confinement, Norman Nato a pris le temps d’évoquer sa saison. Extraits.

Norman, les sensations au volant ne vous manquent-elles pas trop ? 

En tant que pilote, c’est forcément une situation inédite. Hormis la période hivernale où on ne touche pas le volant pendant près de deux mois, nous n’avons jamais de coupures aussi longues. Là, ça fait déjà trois mois, et le temps que ça reprenne, ça fera minimum cinq mois au total. Depuis que j’ai commencé le karting à l’âge de neuf ans, cela ne m’est jamais arrivé. Je pense que ça fera bizarre de remonter dans un baquet.

Beaucoup de pilotes comblent ce manque par de la simulation virtuelle. Est-ce votre cas ?

(Il sourit) Absolument. Même si à la base, je n’étais pas du tout équipé. C’est plutôt récent. Je n’avais qu’un volant basique pour jouer avec des amis, mais ce n’était pas de la simulation. Mais au vu de la tournure des évènements et la durée de la coupure, avoir un simulateur chez soi, c’est quelque chose d’unique, qui te permet de rester dans le bain, de ne pas perdre les sensations. C’est un bon entraînement, surtout pour le mental. Je vois la différence entre la première journée où j’ai joué. J’avais du mal à rester concentré. J’étais très fatigué à la fin. Mais au bout d’une semaine, j’ai pris le rythme, mon cerveau s’est habitué. C’est un plaisir de jouer avec des pilotes éparpillés un peu partout dans le monde. Cela ne remplace pas le réel, c’est sûr, notamment sur l’aspect physique, mais ça permet de garder les bons réflexes.

Comment faites-vous garder la forme ?

C’est assez limité, même si j’ai la chance d’avoir un grand balcon dans mon appartement. Cela me permet de faire du renforcement musculaire. J’ai une corde à sauter pour le cardio. J’essaye d’aller courir tous les jours aux heures où il y a le moins de monde possible. J’essaye de m’entraîner comme je peux, en faisant notamment attention à la nutrition, car quand la saison va reprendre, ce sera assez brutal. Les premiers roulages sont toujours un peu compliqués physiquement.

Norman Nato (Rebellion)

Norman Nato (Rebellion)

La suite de la saison semble compromise. Gardez-vous espoir ?

La Formule 1 a annoncé un retour en juillet, mais ça reste la F1. Pour l’Endurance ou la Formule E, on espère une reprise en août, mais nous n’avons aucune garantie. C’est pareil pour les essais. Les équipes ne veulent pas s’avancer, car aujourd’hui, il est impossible de prédire comment la situation va évoluer. Je ne pense pas pouvoir remonter dans une voiture d’ici juillet. Mais j’espère que d’ici-là, je pourrais avoir l’opportunité de rouler en karting, à la Sarrée ou à Brignoles, les deux pistes sur lesquelles j’ai l’habitude de m’entraîner.

Votre première course officielle pourrait être les 24 Heures du Mans…

 C’est possible. Septembre est à la fois loin, mais quand on voit où l’on en est aujourd’hui, nous ne sommes même pas encore sûr que la course aura lieu. Au calendrier du WEC (championnat du monde d’Endurance), nous avons une course normalement planifiée fin août, les 6 Heures de Spa-Francorchamps (Belgique), mais pour l’heure rien n’est encore confirmé.

Vous vivez cette année votre première expérience au volant d’une LMP1, la catégorie reine en Endurance, avec l’écurie suisse Rebellion Racing. Comment se passe cette première année d’apprentissage après une saison en LMP2 ?  

Depuis que j’ai abandonné l’objectif Formule 1 (Norman Nato a couru en Formule 2, aux portes de la F1) l’Endurance est clairement mon ambition. J’ai dû repartir presque à zéro, le fait de partager sa voiture avec ses coéquipiers, de ne pas être au centre mais sur le côté, dans un cockpit fermé, ce sont différentes choses qu’il a fallu appréhender au début. Il y a aussi le trafic, la gestion des freins, des pneus, de l’essence, plein d’éléments à apprendre et maîtriser. L’ascension s’est faite rapidement pour moi, grâce notamment à la monoplace qui m’a aidé à apprendre vite. J’ai fait une année en LMP2, puis j’ai signé en LMP1. Aujourd’hui, tout se passe très bien. Je ne me suis pas fixé d’objectifs de résultats pour ma première année en LMP1. Je dois d’abord gagner en expérience, face à des pilotes qui ont parfois vingt ans d’ancienneté dans la discipline. Mais pour une première saison, je suis satisfait. Nous avons remporté deux courses et signé trois pole position. J’espère maintenant que l’on va pouvoir terminer ce championnat, avec les 6 Heures de Spa-Francorchamps et les 24 Heures du Mans.

Norman Nato

Norman Nato (Rebellion)

S’installer dans la durée en Endurance, au volant d’une écurie de pointe, c’est l’ambition que vous vous êtes donné dans le futur ?

Mon avenir, c’est clairement l’Endurance. Avec le nouveau règlement (de nouvelles hypercars avec de nouvelles technologies arriveront en Endurance), j’espère que de nouveaux constructeurs vont arriver dans la discipline d’ici un ou deux ans. Mon objectif est d’être pilote professionnel avec un constructeur le plus longtemps possible. Et pareil pour la Formule E, où je suis impliqué comme troisième pilote chez Venturi depuis l’an dernier. Evidemment que l’objectif n’est pas de rester troisième pilote, mais bien de décrocher un baquet de titulaire. J’espère saisir rapidement une opportunité.

Quel regard portez-vous sur l’avenir du sport automobile ? La situation actuelle pourrait avoir des fâcheuses conséquences sur la discipline…

Sincèrement, je ne préfère pas trop m’avancer. Je n’en ai aucune idée. Ce qui est sûr, c’est que les nouvelles technologies sont le futur du sport automobile. Si autant de constructeurs prestigieux s’engagent en Formule E, ce n’est pas pour rien. Il y a l’hydrogène qui arrive aussi. Je suis pilote développeur de cette voiture. Cela arrivera un petit peu plus tard, mais c’est une technologie complémentaire à la Formule E. À mon sens, c’est l’étape d’après. Quand ? Je ne sais pas. J’espère déjà que tout va reprendre normalement, dans nos vies personnelles et dans nos vies professionnelles. Pouvoir vivre de ma passion est une réelle chance. J’en ai pleinement conscience.

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