Allier savoir-faire traditionnel au modernisme. C’est le pari d’Adrien Gannac, 29 ans. À La Maison du Citron, l’entreprise familiale créée par son père Laurent Gannac en 1991, il sème des idées dans l’air du temps. Portrait d’un défenseur du terroir 2.0.

Officiellement, l’aventure commence en 2016. Officieusement, Adrien Gannac porte en lui un penchant pour l’agrumiculture depuis toujours. Signe des dieux des citrons ou pure coïncidence, c’est en 1991 – l’année de sa naissance – que son père plante son premier citronnier à Menton. Pourtant, l’adhésion à ce milieu ne s’est pas toujours présenté comme une évidence. Le baccalauréat en poche, le Mentonnais se destine à une carrière dans le commerce, d’où son diplôme obtenu suite à des cours entre l’IPAG de Nice et de Paris. En étudiant audacieux, Adrien ne s’est pas contenté de voguer entre le sud et le nord de la France. Il a pris le large. Après un stage Erasmus en Hollande, puis en Nouvelle-Zélande, les idées sont plus claires. Muni d’un bagage de connaissances, il rebrousse chemin : direction La Maison du Citron : « L’idée de travailler dans un grand groupe ne m’intéressait pas. J’avais à coeur de mener un projet qui me passionne. »

L’alliance professionnelle d’un père et son fils

Aussi délicates soient-elles, les collaborations familiales peuvent parfois se révéler bénéfiques. « Mon père et moi, on considère que l’on a le meilleur associé du monde. On se comprend parfaitement, on se respecte et on a besoin, l’un de l’autre » assure Adrien. Assurément, il est plus simple de collaborer lorsqu’on est animé par une détermination similaire : « C’est réconfortant d’être associé à quelqu’un qui a les mêmes aptitudes à sacrifier : son temps, sa vie personnelle, tout comme les difficultés financières. » Force est de constater que les deux membres de la famille Gannac partagent tout, il en va de même pour les tâches à effectuer. À ce sujet seulement, ce sont leurs différences qui s’avèrent être un atout : « Nous sommes complémentaires. Mon père débroussaille, défriche, met en place l’irrigation, plante les arbres et les cultive. Moi, je gère la partie entrepreneuriale » résume le jeune homme de 29 ans.

Un zeste de communication dans l’univers de l’agriculture

Au-delà d’être une entreprise citronnée, La Maison du Citron est un des trois lauréats du concours national Graine d’Agriculteurs, organisé depuis 2016 par le fonds de dotation de jeunes agriculteurs : Terres Innovantes. Pour rappel, la compétition met à l’honneur des professionnels du savoir-faire agricole à l’origine de projets innovants dans la préservation de l’environnement. La thématique de l’édition 2020 ? La communication et la pédagogie. Des axes qu’Adrien a voulu développer : « Mon idée est de faire connaître notre métier via une communication digitale au niveau national et international » S’ajoute à cela une pédagogie 2.0 : « On propose des tutoriels à nos abonnés sur les réseaux sociaux. » Un geste apprécié puisque la vidéo où Laurent Gannac, 56 ans, explique comment planter un citronnier a généré plus de 20 000 vues sur YouTube. À l’ère où la jeune génération est plus connectée que jamais, l’entrepreneur juge utile de rappeler : « Cet univers peut paraître évident pour un jeune, mais dans l’agriculture, ce n’est pas encore la norme. »

Mon père considère ses arbres comme des êtres vivants

L’exigence de qualité comme credo

L’échange est d’or, c’est pourquoi l’exploitation est ouverte au public, du lundi au vendredi. L’occasion pour Laurent Gannac, originaire de Figeac dans le Lot de faire part des valeurs de l’entreprise. En effet, la certification IGP obtenue en 2015 est la preuve d’un amour du terroir. Et la certification bio de 2016 une sensibilité évidente pour le développement durable. « Mon père considère ses arbres comme des êtres vivants. Il ne vendra jamais une plante à quelqu’un susceptible de ne pas s’en occuper » détaille Adrien, les yeux plein d’admiration. En outre, l’équipe composée de onze personnes garde en tête son objectif : passer de 300 à 1000 arbres d’ici deux ans. De plus, elle collabore avec des artisans pour dépasser ses limites « Dans nos boutiques à Nice et à Antibes, on vend de la pâte de fruit au citron, du limoncello ou encore du citron confit. » Si pour l’heure, La Maison du Citron ne s’est pas encore exportée à Monaco, anciennement terre de citrons, il y a fort à parier que les grands restaurants de la Principauté usent de ces joyaux culinaires avec brio.